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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300731

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300731

mercredi 8 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300731
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDENIZHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mars 2023, M. E B, représenté par Me Denizhan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision attaquée a été prise par une autorité non habilitée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- la décision attaquée a été prise par une autorité non habilitée ;

- elle méconnait l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à M. D les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 mars 2023, à 14h30 :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Denizhan représentant M. B, en présence de ce dernier, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soulève plusieurs moyens complémentaires tirés de l'insuffisance de motivation et de l'erreur de droit de l'arrêté attaqué dès lors qu'il dispose d'une adresse fixe, de l'erreur de fait du même arrêté, dès lors qu'il est entré régulièrement sur le territoire national muni d'un visa et de l'erreur de fait de l'interdiction de retour sur le territoire dès lors qu'il n'est pas connu défavorablement des services de police.

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant togolais né le 28 novembre 1970, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er mars 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions attaquées du 1er mars 2023 ont été signées par Mme A C, responsable de la section éloignement de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui a reçu délégation à cet effet par arrêté règlementaire du préfet des Bouches-du-Rhône du 7 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de ces décisions doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les mentions utiles de droit et de faits sur lesquels le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la vie privée et familiale en France de l'intéressé, s'est fondé pour prendre les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Si M. B soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il est entré en France régulièrement en 2008, muni d'un passeport assorti d'un visa, il ne se prévaut de la méconnaissance d'aucune disposition. Par ailleurs, cette circonstance, à la supposée établie, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que si M. B soutient être entré en France en 2008, il ne le démontre pas. Si l'intéressé a bénéficié d'un titre séjour valable à compter du 14 mai 2014 renouvelé jusqu'au 13 mai 2017, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national depuis cette date et qu'il ne s'est pas conformé à trois obligations de quitter le territoire, assorties d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans, délivrées à son encontre les 17 octobre 2017, 24 avril 2020 et 8 janvier 2022. Par ailleurs, M. B, célibataire et sans charge de famille, n'est pas dépourvu de liens dans son pays d'origine où vit sa mère. En outre, s'il se prévaut de ses fonctions de chef d'une entreprise de service de nettoyage, M. B ne démontre ni la réalité de cette activité ni le caractère suffisant des ressources qu'il peut en tirer. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que le requérant déclare résider 78 avenue Jean Giono à Manosque, il ne démontre pas y avoir établi sa résidence régulière. Dans ces circonstances, M. B n'est fondé à soutenir, ni que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, ni que la décision attaquée serait entachée d'erreur de fait.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

8. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit, que M. B ne démontre pas une résidence continuelle et régulière en France depuis 2008 comme il l'allègue et qu'il ne s'est pas conformé à trois obligations de quitter le territoire, assorties d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans, délivrées à son encontre les 17 octobre 2017, 24 avril 2020 et 8 janvier 2022. Ainsi, c'est sans méconnaitre l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans entacher la décision attaquée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet des Bouches-du-Rhône a pris la décision attaquée.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Denizhan.

Fait à Nîmes le 8 mars 2023.

Le magistrat désigné,

F. D

La greffière,

M.E. KREMERLa République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300731

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