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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300735

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300735

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantPION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mars 2023 sous le n° 2300735, et un mémoire enregistré le 22 mars 2023, M. B A, représenté par Me Pion Riccio, avocat, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision, la suspension de l'exécution de la décision du 5 septembre 2022 du centre hospitalier universitaire de Nîmes le plaçant en disponibilité d'office à titre conservatoire dans l'attente de sa mise à la retraite pour invalidité, avec octroi d'un demi-traitement jusqu'à la régularisation de la situation statutaire de l'intéressé ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Nîmes, à titre principal, de le réintégrer dans ses services dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de mettre en œuvre une procédure de reclassement dès la notification de la décision à intervenir sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nîmes la somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

*sa demande est recevable, dès lors qu'il attaque bien la décision explicite du 5 septembre 2022, non une décision tacite comme indiqué par erreur de plume dans la requête introductive d'instance ;

*l'urgence est caractérisée, en effet :

-il y a urgence lorsqu'un agent est privé de son traitement par placement en disponibilité d'office ;

-en l'espèce, ses revenus ne lui permettent plus d'assumer ses charges fixes ; il n'a perçu en décembre 2022 que 1062 euros alors que son traitement s'élevait à 1448 euros, soit une perte mensuelle de 385 euros ; ses charges fixes s'élèvent à 735 euros par mois ;

-en outre, sa situation administrative est une impasse juridique, puisqu'il est placé en disponibilité d'office pour raison de santé sans que le CHU démontre avoir aménagé son poste ou mis en œuvre une procédure de reclassement ;

*des doutes sérieux quant la légalité de la décision attaquée sont à relever, en effet :

-la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

-les articles L. 826-1 à 826-3 du code général de la fonction publique ont été méconnus ; il n'est pas inapte définitivement à toutes fonctions, comme le démontrent les certificats médicaux versés au dossier ; il en résulte que les refus de son employeur de le réintégrer sur un poste adapté ou, à tout le moins, d'engager une procédure de reclassement, sont illégaux ;

Par un mémoire enregistré le 21 mars 2023, le centre hospitalier universitaire de Nîmes, représenté par Me Hamidi et Me Moreau, avocats, conclut au rejet de la requête et réclame la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en soutenant que :

*la requête est irrecevable, M. A sollicitant l'annulation d'une décision implicite rejetant une demande qui n'a pas été formulée ;

*l'urgence n'est pas caractérisée, en effet :

-le requérant se trouve dans la même situation financière que celle qu'il connaît depuis mars 2022 ;

-le requérant a attendu six mois avant d'introduire son référé ;

-le requérant ne conteste pas sérieusement son inaptitude et le fait qu'il ne peut pas être reclassé ;

*aucun moyen soulevé par M. A n'est susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

-le moyen tiré d'une insuffisante motivation doit être écarté ;

-la décision attaquée n'est entachée d'aucun vice de légalité externe ou interne au regard de l'article L. 826-1 du code général de la fonction publique, dès lors que l'obligation de reclassement était impossible à mettre en œuvre ; la décision attaquée a été prise sur la base de l'avis du médecin agréé du 22 juillet 2022, qui a indiqué qu'une inaptitude définitive à toutes fonctions devait être envisagée, et face à l'impossibilité de reclasser l'intéressé, celui-ci a été placé en disponibilité d'office après épuisement de ses droits à congé de maladie ; les éléments médicaux qu'il produit pour contester cette inaptitude sont postérieurs à la décision attaquée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 14 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général de la fonction publique ;

-la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

-la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

-la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 29 décembre 2020 ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Brossier, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 28 mars 2023.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

*le rapport de M. Brossier, juge des référés ;

*les observations de Me Pion Riccio, représentant M. A, qui a développé oralement son argumentation écrite, en maintenant l'ensemble de ses conclusions et moyens, et en précisant que, s'agissant de la condition d'urgence, il ne peut lui être reproché d'avoir introduit de façon tardive sa requête en référé, alors que le centre hospitalier universitaire de Nîmes tarde au contraire à le réintégrer sur un poste adapté ou, à tout le moins, à engager une procédure de reclassement ;

*les observations de Me Hamidi, représentant le centre hospitalier universitaire de Nîmes, qui a développé oralement son argumentation écrite, en précisant que la fin de non-recevoir opposée dans ses écritures est abandonnée et que, s'agissant de la condition d'urgence, l'intéressé perçoit, à la suite de la décision attaquée, une rémunération supérieure à celle qu'il touchait avant la décision attaquée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.M. A, ouvrier professionnel spécialisé du centre hospitalier universitaire de Nîmes, demande l'annulation de la décision du 5 septembre 2022 du directeur dudit centre le plaçant en disponibilité d'office à titre conservatoire dans l'attente de sa mise à la retraite pour invalidité, avec octroi d'un demi-traitement jusqu'à la régularisation de la situation statutaire de l'intéressé.

Sur les conclusions formées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte-tenu des circonstances de l'espèce.

4. Il est exact, comme le soutient le requérant, que le défaut de versement à un fonctionnaire pendant plusieurs mois de son entier traitement révèle une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, sans que l'agent qui saisit le juge des référés soit alors tenu de fournir des précisions complémentaires quant à sa situation financière ou familiale.

5. Toutefois et en l'espèce, il résulte de l'instruction que par la décision attaquée du 5 septembre 2022, M. A ne perd pas son entier traitement, mais bénéficie d'un demi-traitement, de sorte qu'il a touché 1061,29 euros en octobre 2022, 951,05 euros en novembre 2022, 1062,98 euros en décembre 2022, 1062,05 euros en janvier 2023 et 1062,05 euros en février 2023, soit une moyenne mensuelle sur cinq mois de 1040 euros, pour faire face à des charges fixes qu'il évalue à 753,18 euros par mois (470,83 euros de loyer, 68,64 euros d'assurance, 89,91 euros de mutuelle, 23,80 euros de facture d'eau, et 100 euros de pension alimentaire).

6. En outre, si le requérant invoque une perte mensuelle de 385 euros par rapport au traitement de 1448 euros qu'il percevait en décembre 2017, il résulte de l'instruction qu'il avait déjà placé en position de disponibilité d'office en 2021 et qu'en 2022, avant la décision attaquée, il a touché 659,19 euros en avril 2022, 902,59 euros en mai 2022, 883,31 euros en juin 2022, 869,57 euros en juillet 2022, 947,20 euros en août 2022, soit une moyenne mensuelle sur cinq mois de 952 euros par mois légèrement inférieure à la moyenne susmentionnée de 1040 euros par mois.

7. Dans ces conditions, l'exécution de la décision contestée ne porte pas à la situation financière de M. A une atteinte suffisamment grave et immédiate pour caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

8. Enfin, si le requérant soutient que sa situation administrative est une impasse juridique en l'absence de toute tentative de son employeur de le réintégrer sur un poste adapté ou d'engager une procédure de reclassement, une telle circonstance, qui concerne à titre principal le fond du litige, ne caractérise pas par elle-même une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

9. Il résulte de ce qui précède que, dans les circonstances de l'espèce, M. A ne peut se prévaloir d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, ses conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Les conclusions à fin suspension de M. A étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que la présente ordonnance ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les conclusions formées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier universitaire de Nîmes, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens exposés par M. A. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme réclamée par le centre hospitalier universitaire de Nîmes au titre de ses frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête n° 2300735 de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Nîmes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au centre hospitalier universitaire de Nîmes et à Me Pion Riccio.

Fait à Nîmes le 30 mars 2023.

Le juge des référés,

J.B. BROSSIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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