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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300770

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300770

lundi 3 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300770
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFONTANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mars 2023, M. A B, représenté par Me Fontana, demande au tibunal:

- son admission juridictionnelle provisoire;

- l'annulation de l'arrêté n°84/2023/21 du 16 février 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;

- à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté n°84/2023/21 du 16 février 2023 pris par la préfète de Vaucluse dans l'attente de la décision définitive de la CNDA statuant sur sa demande d'asile;

- d'enjoindre à la préfecture de Vaucluse de réexaminer sa situation sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative;

- d'enjoindre à la préfecture de Vaucluse de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par de retard ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'acte est insuffisamment motivé ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit le préfet s'étant cru à tort tenu de prendre cette décision du fait du rejet par l'OFPRA ;

- l'acte est pris en violation de ses droits fondamentaux, protégés par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'acte est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en violation de ses droits fondamentaux et porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et au droit de ne pas être soumis à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradant, en violation des articles 3 et 8 de la convention et de l'article L. 721-4 du CESEDA ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

A été entendu au cours de l'audience publique du 3 avril 2023 le rapport de M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant albanais, né le 8 novembre 1996 à Pogradec (Albanie), entré en France selon ses déclarations fin octobre 2022, a présenté le 28 novembre 2022 une demande d'asile qui a été rejetée le 27 janvier 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, statuant en procédure accélérée, dont la décision a été notifiée le 8 février 2023. Il demande l'annulation de l'arrêté du 16 février 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a prononcé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

2. Par un arrêté du 1er septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, la préfète de Vaucluse a accordé à M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture, délégation à l'effet de signer les actes attaqués. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

3. L'arrêté contesté comporte dans ses visas et ses motifs les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen complet de la situation particulière de M. A B au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables. Il a pris en compte sa situation privée et familiale en mentionnant qu'il était originaire d'un pays sûr, qu'il n'avait pas demande de titre de séjour sur un autre fondement que l'asile, qu'il n'avait pas communiqué d'éléments d'information justifiant qu'il pourrait être admis au séjour à titre dérogatoire pour des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, et que les mesures attaquées ne contrevenaient pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les moyens tirés d'un défaut de motivation et d'examen complet de la situation du requérant ne peuvent être qu'écartés.

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, () et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

5. Aux termes de l'article L. 542-4 du même code " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ". M. A B a présenté une demande d'asile dont il a été débouté. Contrairement à ce qu'il soutient la préfète de Vaucluse ainsi qu'il ressort de l'acte, a procédé à un examen complet de sa situation et ne s'est pas crue liée par le rejet de la demande d'asile pour prendre les décisions attaquées. Le moyen tiré d'une erreur de droit ne peut être qu'écarté. Il ne ressort pas par ailleurs des pièces du dossier que les décisions concernant le requérant seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ". Les décisions attaquées n'ont eu ni pour objet ni pour effet de priver M. B d'être représenté par un conseil devant la Cour nationale du droit d'asile, et ne méconnaissent pas dès lors les stipulations de l'article 6 précité.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservé dans son pays d'origine. En l'espèce, le requérant est arrivé très récemment en France. Il n'avait pas vocation à rester sur le territoire français à la suite du rejet de sa demande d'asile et ne justifie pas d'une impossibilité de reconstituer sa vie privée et familiale en Albanie où il a vécu jusqu'à l'âge 26 ans. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention ne peut être qu'écarté.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". Ces stipulations font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de renvoi ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. Le requérant, dont la situation a été examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ne justifie par aucun nouvel élément ou document la réalité des risques auxquels il allègue être exposé en Albanie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 doit être écarté.

Sur les conclusions à fins de suspension :

9. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Selon l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

10. En l'espèce M. A B, en se bornant à faire valoir le caractère indispensable de sa présence à l'audience de la CNDA pour exposer la spécificité de son cas, n'invoque aucun élément sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français en application des dispositions précitées. Il suit de là que ces conclusions doivent être rejetées.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête tendant à l'annulation et à la suspension de l'arrêté du 16 février 2023 ne peut être que rejetée, y compris les conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1erer : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de Vaucluse et à Me Fontana.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2023.

Le magistrat désigné,

F. C

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2300770

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