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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300815

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300815

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300815
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLAURENT-NEYRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mars 2023Bdiane A, représenté par Me Laurent-Neyrat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le préfet de la Lozère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Lozère de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail en vue du réexamen de son dossier, sous astreinte de 100 euros par jour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;

- le principe du contradictoire a été méconnu ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée n'est pas motivée ; elle révèle un défaut d'examen personnalisé de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2023, le préfet de la Lozère conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Lozère soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas

fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2023.

Un mémoire de production de pièces présenté pour M. A a été enregistré le 5 juin 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue le 17 avril 2023, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier. Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- la convention franco-malienne sur la circulation et le séjour des personnes, signée à Bamako le 26 septembre 1994, publiée par décret n° 96-1088 du 9 décembre 1996 ;

- le code civil, notamment son article 47 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bala,

- et les observations de Me Laurent-Neyrat, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, né le 10 mars 2004, est entré en France en 2019. Il demande l'annulation de l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le préfet de la Lozère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.

1.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Thomas Odinot, secrétaire général de la préfecture de la Lozère, qui avait reçu délégation du préfet de la Lozère, par un arrêté du 5 avril 2022, régulièrement publié le même jour au recueil spécial n° 11 des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décision, correspondances, circulaires, requêtes juridictionnelles et mémoires en défense relevant des attributions de l'Etat " à l'exception de décisions au nombre desquelles ne figure pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Il résulte de ces dispositions que le préfet de la Lozère n'était pas tenu d'entendre M. A avant l'édiction de la décision attaquée prise en réponse à une demande de titre formulée par l'intéressé. Il appartenait à l'intéressé de faire connaître d'éventuels nouveaux éléments pour compléter sa demande au préfet de la Lozère s'il l'estimait nécessaire. Le requérant ne peut davantage soutenir qu'il aurait été privé de son droit à être entendu en violation du principe général du droit de l'Union européenne. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de débat contradictoire doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de code de de l'entrée de du séjour des étrangers et du droit d'asile

L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

5. D'autre part, l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Et selon l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

6. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état

1.

civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

7. Pour refuser un titre de séjour à M. A, le préfet de la Lozère s'est fondé sur la circonstance que les services spécialisés de la police aux frontières, saisis pour expertise, ont rendu le 23 février 2022 un avis défavorable quant à l'authenticité des justificatifs d'état civil produits, qualifiant l'extrait d'acte de naissance produit de faux document administratif et que du fait du caractère faux de cet extrait, M. A ne peut être regardé comme justifiant de son état civil au sens des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Le préfet de la Lozère a versé aux débats le rapport d'analyse technique d'un acte de naissance, d'un jugement supplétif d'acte de naissance, et de la copie littérale du jugement supplétif d'acte de naissance au noBdiane A établi le 23 février 2022 par les services de la police aux frontières (PAF). Ce rapport relève, s'agissant de l'acte de naissance, que les renseignements portés au niveau des lignes numérotées 17 à 21 concernant l'identité du déclarant ne correspondent pas à ceux qui auraient dû y être renseignés, que la date d'établissement de l'acte devrait être inscrite en toutes lettres en application de l'article 43 de la loi n°87-27/1N-RM du 16 mars 1987 régissant l'état civil au Mali, qu'une faute d'orthographe apparait en bas à gauche du document à l'intérieur du cartouche gris, que la rubrique pré- imprimée NINA est vierge de toute identification en méconnaissance de la loi malienne n°6-040 du 11 août 2006 portant institution d'identification nationale des personnes physiques ou morales. Il précise, en outre, s'agissant de l'extrait de jugement supplétif d'acte de naissance n°174 GK délivré le 31 août 2020 par les autorités maliennes que la date d'établissement de l'acte n'est pas inscrite en toutes lettres, en méconnaissance de l'article 43 de la loi n°87-27/1N- RM du 16 mars 1987 précitée, que le délai d'appel de 15 jours avant transcription n'a pas été respecté, en méconnaissance des articles 554 et 555 du décret n°99-254/P-RM du 15 septembre 1999 du code de procédure civile, commerciale et sociale du Mali, que le dossier ne comprend pas le dispositif énonçant les noms, prénoms des parties en cause ainsi que le lieu et la date des actes en marge desquels la transcription doit être mentionnée, et que le prénom du père est différent de celui figurant sur l'acte de naissance. Ces irrégularités ont conduit l'analyste en fraude documentaire de la PAF à conclure que l'extrait d'acte de naissance présenté par le requérant " présente les caractéristiques d'un faux document administratif ". M. A n'apporte pas d'éléments de nature à contrarier utilement l'appréciation portée par l'analyste en fraude documentaire, que s'est appropriée le préfet de la Lozère, sur le caractère contrefait de cet extrait d'acte de naissance. Si, enfin, M. A se prévaut de la force probante de sa carte consulaire, ce document, lui-même établi sur la base de l'acte de naissance estimé falsifié et qui ne constitue par ailleurs pas un document d'état civil, n'est pas suffisant pour établir son identité réelle.

9. Ainsi, eu égard au nombre, à la nature et à la gravité des anomalies entachant l'extrait d'acte de naissance en ce qui concerne l'exactitude de ce qu'il est censé reconnaître et transcrire, le préfet de la Lozère, qui n'était nullement tenu de faire procéder à des vérifications complémentaires auprès des autorités maliennes, était fondé à estimer qu'il ne pouvait délivrer un titre de séjour à M. A sur le fondement de l'articles L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, nonobstant la circonstance que celui-ci justifie suivre une formation qualifiante, à savoir, un CAP " peintre applicateur en revêtement ", dès lors que

1.

l'intéressé ne justifiait pas de son état civil. Dans ces circonstances, la décision attaquée, qui par ailleurs procède bien d'une appréciation globale combinant les différents critères fixés par l'article L. 422-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut être regardée comme faisant de ce texte une inexacte application.

10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A déclare être entré en France en 2019. Si le requérant, qui est célibataire et sans enfant, se prévaut de son apprentissage en cours ainsi que son intégration en France, l'intéressé ne démontre pas, par les pièces qu'il produit, avoir fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, ni être isolé au Mali où il a vécu la majeure partie de sa vie. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France du requérant, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, dès lors que le refus de titre de séjour est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent de l'assortir d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, la motivation de cette obligation, qui se confond avec celle de la décision portant refus de droit au séjour, n'implique pas de mention spécifique. En l'espèce, la décision portant refus de titre de séjour comporte les énoncés de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire serait entachée d'un défaut de motivation doit être écarté.

14. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Lozère n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation du requérant.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle de M. A et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. Les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français étant rejetées, le moyen soulevé à l'encontre de la décision attaquée et tiré de son défaut de base légale, en raison de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

19. Les conclusions à fin d'annulation de M. A étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911- 1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

20. Les conclusions de M. A tendant à l'application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifiéBidiane A, à Me Barbara Laurent- Neyrat et au préfet de la Lozère

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

La rapporteure,

K. BALA

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

F. BELKAID

La République mande et ordonne au préfet de la Lozère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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