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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300897

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300897

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300897
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPYXIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2023, Mme B D épouse A, représentée par la SELARL Pyxis Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir, et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation au titre des articles L. 423-23 et L. 435-1 du même code ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Elle soutient, outre que sa requête est recevable, que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi:

- elles doivent être annulées en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

La procédure a été communiquée à la préfète de Vaucluse, qui n'a pas présenté d'observations.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Aymard.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante marocaine née le 15 septembre 1993, s'est mariée le 24 novembre 2010 avec M. A, ressortissant marocain né le 16 octobre 1968. Par une demande reçue le 19 novembre 2021 par les services de la préfecture de Vaucluse, l'intéressée a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 décembre 2022, la préfète de Vaucluse a rejeté cette demande d'admission au séjour, a obligé l'intéressée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 13 décembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que la préfète de Vaucluse a procédé à un examen personnalisé au regard notamment des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de la demande de titre de séjour présentée par Mme D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen au regard de ces dispositions doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L 'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D s'est mariée le 24 novembre 2010 avec M. C A, ressortissant marocain né le 16 octobre 1968. De leur union sont nés deux enfants, à savoir Adam A né le 3 mai 2012 au Maroc, et Rijate née le 13 janvier 2019 en France. Selon les termes non contestés de l'arrêté en litige, l'intéressée a obtenu en mars 2108 un titre de séjour en Espagne valable jusqu'au 3 janvier 2020 au titre du regroupement familial. Si la requérante fait valoir qu'elle réside de manière habituelle depuis juin 2018 sur le territoire français, avec son époux et leurs deux enfants, et si elle établit que son mari travaille comme ouvrier au sein de la société Ismail Construction Métallique depuis le 1er décembre 2021, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A est titulaire d'un titre de séjour d'un an valable jusqu'au 1er juin 2023 en qualité de " travailleur temporaire ", de sorte que M. A n'a pas vocation à rester durablement sur le territoire français. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale composée de M. A, de Mme D et de leurs deux enfants ne pourraient pas se reconstituer au Maroc. Dans ces conditions, eu égard notamment à la situation de M. A en matière de droit au séjour et au caractère récent la résidence habituelle en France de la requérante, la décision attaquée n'a pas porté au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels cette mesure a été prise. Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. En l'espèce, la mesure contestée ne fait pas obstacle, ni à ce que la cellule familiale composée de Mme D, de son époux et de leurs deux enfants puisse se reconstituer hors de France, ni à ce que ces enfants poursuivent leurs scolarités en dehors de France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

8. Au regard de l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante tels qu'examinés au point 4, la préfète de Vaucluse a pu valablement considérer que l'intéressée ne justifiait pas de motif exceptionnel ou de considération humanitaire au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige méconnaîtrait les dispositions de cet article L. 435-1.

9. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à contester la décision portant refus d'admission au séjour dont elle a fait l'objet le 13 décembre 2022.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :

10. Les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus de séjour étant rejetées, Mme D ne saurait utilement se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour soutenir que les décisions attaquées seraient privées de base légale. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à contester les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi dont elle a fait l'objet le 13 décembre 2022.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté pris à son encontre le 13 décembre 2022 par la préfète de Vaucluse.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Les conclusions à fin d'annulation de Mme D étant rejetées, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme D au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse A, à la préfète de Vaucluse et à la SELARL Pyxis Avocats.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

Le rapporteur,

F. AYMARD

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

F. BELKAÏD

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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