mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2300904 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CHAMBARET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mars 2023 au tribunal administratif de Toulouse et reçue au tribunal administratif de Nîmes le 13 mars 2023 après une ordonnance de renvoi du même jour et des mémoires, enregistrés le 13 mars 2023, 16 mars 2023 et 17 mars 2023, M. C B, assigné à résidence et représenté par Me Chambaret, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît son droit à être entendu et par conséquent l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de droit eu égard au défaut d'examen particulier de sa situation ; elle est fondée sur la mesure de garde à vue diligentée à son encontre le 8 mars 2023 mais ne prend pas en considération l'absence de poursuites pénales.
S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de droit eu égard au défaut d'examen particulier de sa situation ; elle est fondée sur la mesure de garde à vue diligentée à son encontre mais ne prend pas en considération l'absence de poursuites pénales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ; le 9 mars 2023, à l'issue de sa garde à vue, il s'est vu signifier l'obligation de déférer à toute convocation de justice ou de police ultérieure ; en outre, elle est fondée sur la circonstance qu'il n'aurait pas cherché à régulariser son séjour en France depuis le rejet de sa demande d'asile alors qu'il a demandé son admission exceptionnelle au séjour auprès des services préfectoraux du Gard le 16 mai 2018.
S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît son droit à être entendu et par conséquent l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit de sa vie privée et familiale et méconnaît ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'à l'issue de sa garde à vue, il s'est vu notifier l'obligation de déférer à toute convocation de justice ou de police ultérieure ; l'autorité préfectorale n'a pas pris en considération le classement sans suite s'agissant des faits délictueux ayant motivé sa garde à vue
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; en cas de retour dans son pays d'origine, il se trouve exposé à la vengeance au titre de la règle de Kanum ;
La requête a été communiquée au préfet de l'Hérault qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A ;
- et les observations de Me Chambaret, représentant M. B, présent à l'audience, qui maintient ses conclusions et moyens qu'il précise ; il insiste, en outre, sur le fait que l'arrêté attaqué est imprégné de considérations d'ordre public alors qu'il ne représente en aucune manière une menace à celui-ci ; il a d'ailleurs ouvert sa porte à la police à 6h du matin alors qu'il n'y était pas contraint ; il rappelle que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation dès lors qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en 2018/2019 contrairement aux allégations du préfet ; l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation sur les contours de sa situation.
- le préfet de l'Hérault n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 19 janvier 1990, de nationalité albanaise, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 mars 2023 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
2. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré, comme en l'espèce, de la violation de l'article 41 de la charte, par une autorité d'un Etat membre est inopérant. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été effectivement privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce M. B, qui ne pouvait ignorer le caractère irrégulier de son maintien sur le territoire français et ses conséquences, ne fait valoir aucun fait ou argument qu'il aurait été privé de porter à la connaissance de l'administration et qui aurait pu influer sur les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie en raison de la méconnaissance du principe général du droit d'être entendu doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail.() ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui déclare être arrivé en France pour la première fois en 2015 puis être reparti en Albanie et être revenu en France plusieurs fois entre 2015 et 2018, muni de son passeport albanais, se maintient de manière irrégulière sur le territoire français depuis l'expiration de son visa. En outre, il est constant que sa demande d'asile a été refusée par décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 11 septembre 2015, confirmée par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 22 octobre 2015 régulièrement notifiée. M. B entrait ainsi notamment dans le champ d'application des dispositions précitées du 2° et du 4° l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, visées par l'autorité préfectorale.
5. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations utiles de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle vise les textes applicables et indique notamment que M. B est de nationalité albanaise, qu'il a été placé en garde à vue pour des faits d' " aide à l'entrée et au séjour irrégulier d'un étranger en France, détention et usage de faux documents administratifs ", qu'il se maintient de manière irrégulière sur le territoire français depuis l'expiration de son visa, qu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour le 28 avril 2021, que sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 11 septembre 2015, confirmée par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 22 octobre 2015 et qu'il est défavorablement connu des services de police. Dans ces conditions, et nonobstant l'erreur de fait relative à la mention selon laquelle M. B n'aurait " effectué aucune démarche afin de régulariser sa situation administrative sur le territoire français depuis le rejet de sa demande d'asile ", pour regrettable qu'elle soit, la décision attaquée ne peut être regardée comme révélant un défaut d'examen particulier du dossier. A cet égard, il ressort de l'examen de la décision attaquée que l'autorité préfectorale aurait pris la même décision si elle n'avait retenu que les autres motifs précités. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité du motif fondé sur l'absence de démarche de régularisation, qui présente un caractère surabondant, doit également, à le supposer soulevé, être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. M. B, qui déclare, sans en apporter la preuve, être entré en France pour la première fois en 2015 et pour la dernière fois en 2018, a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans au moins dans son pays d'origine, où il n'établit pas être isolé. La circonstance que le requérant ait deux frères et une sœur ainsi que des neveux et nièces en situation régulière sur le territoire français n'est par ailleurs pas de nature à lui ouvrir un droit au séjour en France. Ainsi, et alors que M. B ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire français, l'arrêté du préfet de l'Hérault n'a donc pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Hérault n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressé.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.". L'article L. 612-3 de ce code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement / () 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B est défavorablement connu des services de police pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance (17 novembre 2022 et 24 janvier 2011), de voyage habituel dans une voiture de transport en commun sans titre de transport valable (8 août 2015) et d'escroquerie et vol (13 juin 2020 au 20 août 2020). Il a par ailleurs déclaré, lors de son audition par les services de police ne pas vouloir retourner en Albanie. En outre, il ne justifie pas avoir exécuté les deux mesures d'éloignement prononcées à son encontre le 5 octobre 2015 et le 13 mai 2019 et s'y est ainsi soustrait. Par ailleurs, il n'est pas contesté qu'il a présenté aux services de police, lors de son interpellation, trois faux documents d'identité slovènes établis à son nom et qu'il a ainsi fait usage de documents contrefaits, falsifiés ou établis sous un autre nom que le sien. M. B entrait dans le champ d'application des dispositions précitées du 1° et du 3° de l'article L. 612-2 visées par l'autorité préfectorale ainsi que du 4°, du 5°, du 7° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter sans délai le territoire français. A cet égard, si la décision attaquée est entachée d'une inexactitude matérielle des faits s'agissant des démarches effectuées par M. B afin de régulariser sa situation administrative, l'autorité préfectorale qui s'est ainsi à tort fondée notamment sur le 1° du L. 612-3 aurait pris la même décision si elle n'avait retenu que les motifs précités.
11. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la décision en litige comporte l'ensemble des considérations utiles de fait et de droit qui en constituent le fondement, le préfet de l'Hérault ayant notamment examiné l'incidence de cette décision sur la vie privée et familiale de M. B et n'étant pas tenu de mentionner l'ensemble des circonstances relatives à la vie de ce dernier. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que l'absence de poursuites pénales pour les faits ayant justifiés la garde à vue de M. B ne soit pas mentionnée, la décision est suffisamment motivée et ne révèle pas un défaut d'examen particulier et circonstancié de la situation du requérant.
12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux rappelés s'agissant de la décision portant refus de séjour, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de la vie privée et familiale de M. B. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En quatrième et dernier lieu, le requérant soutient que la décision attaquée ferait obstacle à ce qu'il satisfasse à l'obligation de déférer à toute convocation de justice ou de police ultérieure. Toutefois, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de le priver du droit de se défendre ou d'être entendu, dès lors qu'il pourra, le cas échéant, s'adresser au tribunal, en vertu de l'article 410 du code de procédure pénale, pour faire valoir qu'il est dans l'impossibilité de comparaître pour une cause indépendante de sa volonté. En outre, la décision attaquée ne le prive pas d'être représenté par un conseil.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision attaquée refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
16. M. B a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Il entre ainsi dans les cas prévus à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour lesquels le préfet doit assortir son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire. C'est dès lors à bon droit et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de l'Hérault a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.
17. En deuxième lieu, M. B soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, la situation personnelle du requérant telle que précédemment examinée n'est pas constitutive de circonstances humanitaires avérées, et ne font pas obstacle au prononcé d'une interdiction de retour.
18. En troisième et dernier lieu, d'une part, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 13, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur d'appréciation. D'autre part, le classement sans suite des faits délictueux ayant motivé la garde à vue de M. B est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision attaquée portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
20. En premier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
21. En visant les article L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en indiquant que M. B ne prouve pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine ou dans un autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible, le préfet de l'Hérault a suffisamment motivé sa décision en droit et en fait.
22. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". Ces stipulations font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de renvoi ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. M. B, dont la situation a été examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, ne justifie par aucun nouvel élément ou document la réalité des risques auxquels ils allèguent être exposés en Albanie et notamment de son exposition à la vengeance au titre de la règle de Kanum. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision attaquée fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.
24. Il y a lieu, dès lors, de rejeter la requête de M. B, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Hérault.
La magistrate désignée,
K. ALa greffière,
E. PAQUIER
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026