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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301140

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301140

lundi 3 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantLE SAGERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 31 mars et 1er avril 2023, M. C A, retenu au centre de rétention administrative de Nîmes et représenté par Me Le Sagère, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entaché d'incompétence ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la procédure pénale en cours ;

La décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

La décision portant interdiction de retour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la procédure pénale en cours d'instruction.

La direction départementale de la police aux frontières a produit des pièces, enregistrées le 31 mars 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Le Sagère, représentant M. A, et de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, déclare être entré en France en 2018. Il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français en 2019, et d'une seconde le 16 mai 2021, à laquelle il s'est soustrait. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté du 9 décembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de Vaucluse a donné délégation à M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture, aux fins de signer les arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces arrêtés doit être écarté.

3. En second lieu, la circonstance que M. A soit partie civile dans une procédure pénale en cours est sans effet sur la légalité de l'arrêté contesté dès lors que sa présence en France n'est pas impérative et qu'il a la possibilité de se faire représenter par un conseil.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

4. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que la préfète de Vaucluse, après avoir visé les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indique que M. A ne justifie pas être exposé à des peines ou traitements inhumains contraire à cette convention dans la mesure où il ne fait pas état de risques en cas de retour dans son pays. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

5. En second lieu, il résulte de ce qui a été indiqué aux points 2 et 3 du présent jugement, que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre serait illégale, ce qui entacherait d'illégalité la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour pour deux ans :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

7. En premier lieu, il ressort des mentions de l'arrêté litigieux que la préfète a cité les textes sur lesquels elle s'est fondé, en particulier les articles L. 612-6 à L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a pris en compte l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 de ce code, en mentionnant l'entrée en France récente de l'intéressé, l'absence de liens et de membres de sa famille nucléaire sur le territoire, l'existence de deux précédentes mesures d'éloignement et le fait qu'il représente une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été interpellé le 28 mars 2023 dans le cadre de faits " d'offre, cession et détention de stupéfiants ". Ainsi, contrairement à ce que soutient M. A, et dès lors que l'autorité administrative n'était pas tenue d'indiquer pourquoi elle ne faisait pas application des circonstances humanitaires pour s'abstenir de prendre une telle décision, la décision interdisant à M. A de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans est suffisamment motivée.

8. En deuxième lieu, si M. A soutient que sa présence en France est indispensable dès lors qu'il est partie civile dans une procédure pénale en cours, il résulte de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement que cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision portant interdiction de retour pour deux ans, celle-ci n'ayant pas pour effet de le priver de défendre ses intérêts dès lors qu'il peut toujours se faire représenter. De plus, il n'établit pas qu'une expertise soit encore en cours à la date de la décision attaquée, et que l'ordonnance de commission d'expert pour la réalisation d'une expertise médicale qu'il produit au dossier indique que l'expert devait rendre un rapport détaillé avant le 30 janvier 2023, soit il y a deux mois. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 29 mars 2023 par lesquelles la préfète de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire à destination du pays dont il a la nationalité ou tout pays où il établit être légalement admissible et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, ainsi que celle à fin d'injonction et d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de Vaucluse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2022.

Le juge des référés,

P. BLa greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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