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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301226

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301226

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantTEISSIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2023, Mme A, représentée par Me Coque, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 9 février 2023 par laquelle le maire de la commune de la Bastidonne lui a infligé une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux ans avec effet au 21 mars 2023, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de l'acte ;

2°) d'enjoindre la commune de la Bastidonne de la réintégrer dans ses fonctions, rétroactivement à compter du 9 février 2023 avec ses droits à avancement, droit à la retraite et traitement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition relative à l'urgence est présumée remplie, eu égard à la nature de la décision attaquée et à la circonstance qu'elle se trouve privée de rémunération ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte les moyens tirés de ce que :

o la décision est entachée d'une irrégularité dès lors que ni elle ni son conseil n'ont été invités à présenter d'ultimes observations ;

o la procédure est irrégulière dès lors que, d'une part, les membres du conseil de discipline n'ont pas pu prendre connaissance de ses observations écrites et d'autre part, qu'elle n'a pas eu connaissance du rapport de saisine du conseil de discipline ;

o la sanction d'exclusion temporaire des fonctions durant deux ans est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 avril 2023, la commune de la Bastidonne, représenté par Me Teissier, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 3 000 euros en application de l'article L.721-1 du code justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que la requérante ne produit aucune pièces justificatives qui permet d'apprécier sa situation financière ;

- aucun moyen soulevé par Mme A n'est susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- il ressort du compte rendu du conseil de discipline que Mme A a eu la parole en dernier ;

- la procédure n'est entachée d'aucune irrégularité dès lors qu'il est établi que les membres du conseil de discipline ont eu accès à l'intégralité du dossier de la requérante le 13 décembre 2022 et que la requérante a eu connaissance de son dossier et des faits qui lui étaient reprochés ;

- la sanction ne peut être regardée comme excessive ou disproportionnée dès lors que le conseil de discipline a décidé à l'unanimité que les actes de l'intéressée justifier une sanction, qu'il a mesurée par rapport à la requête de la commune de la Bastidonne, sollicitant une révocation.

Vu la note en délibéré enregistrée le 25 avril 2023 présentée pour Mme A.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 5 avril 2023 sous le numéro 2301227 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le décret n°89-677 du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 avril 2023 à 10 heures 30 :

- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés,

- les observations de Me Coque, représentant Mme A, qui a développé oralement son argumentation écrite, en maintenant l'ensemble de ses conclusions et moyens,

- les observations de Me Teissier, représentant la commune de la Bastidonne, qui a développé oralement son argumentation écrite, en maintenant l'ensemble de ses conclusions et moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcé à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est fonctionnaire territoriale auprès de la commune de la Bastidonne. Par un arrêté du 9 février 2023, le maire de la commune de la Bastidonne a prononcé une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de deux ans à l'encontre de Mme A, prenant effet le 21 mars 2023. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté et d'enjoindre à la commune de la réintégrer dans ses fonctions.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. La commune de la Bastidonne soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que Mme A ne justifie pas de la nécessité pour elle de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision qu'elle conteste, en ne fournissant pas de précision sur les ressources et les charges de son foyer. Toutefois, la décision dont la suspension est demandée a pour effet de priver, pendant une durée de deux ans, l'intéressée de son traitement de fonctionnaire territoriale. Ainsi l'exécution de la décision contestée est de nature à entraîner d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation. Dans ces conditions, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie

5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure tirés de l'absence de connaissance par Mme A du rapport de saisine du conseil de discipline et de ce que les membres du conseil de discipline n'ont pas pu prendre connaissance de ses observations écrites sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette décision. La requérante est dès lors fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision attaquée, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond enregistrée sous le n°2301227.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. La présente ordonnance implique que la commune de la Bastidonne réintègre juridiquement Mme A dans ses fonctions avec ses droits à avancement, droits à la retraite et traitement à compter du 21 mars 2023 (date de prise d'effet de la décision du 9 février 2023) à titre provisoire, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond enregistrée sous le n° 2301227. Il y a lieu d'enjoindre à ladite commune d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chaque partie la charge de ses frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 9 février 2023 de la commune de la Bastidonne est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de la Bastidonne de procéder à la réintégration juridique de Mme A dans ses fonctions avec ses droits à avancement, droits à la retraite et traitement à compter du 21 mars 2023, à titre provisoire, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond enregistrée sous le n° 2301227, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A et à la commune de la Bastidonne.

Fait à Nîmes, le 26 avril 2023.

La juge des référés,

F. B

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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