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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301264

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301264

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPYXIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mars 2023, M. C A B, représenté par la SELARL Pyxis Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation au regard des dispositions des articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient, outre que sa requête est recevable, que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle est entachée d'erreur dans ses visas ;

- elle est entachée d'erreurs de fait, d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen sérieux au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une absence d'examen au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît ces stipulations ;

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

- elles doivent être annulées par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour.

La procédure a été communiquée à la préfète de Vaucluse, qui n'a pas présenté d'observations.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Aymard.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant camerounais né le 27 octobre 1999, est entré en France le 7 septembre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant, valable du 31 août 2018 au 31 août 2019. L'intéressé s'est ensuite vu délivrer successivement trois titres de séjour portant la mention " étudiant ", dont le dernier était valable du 11 décembre 2021 au 10 décembre 2022. Le 7 décembre 2022, M. A B a sollicité auprès de la préfecture de Vaucluse le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ". Par un arrêté du 26 janvier 2023, la préfète de Vaucluse a rejeté cette demande, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 26 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour " étudiant " :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète de Vaucluse a mentionné dans les visas de l'arrêté en litige l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Toutefois, une telle mention doit être regardée comme une erreur matérielle alors qu'il ressort des termes de l'arrêté en litige que les décisions qu'il renferme ne sont pas fondées sur les stipulations de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et que ces stipulations sont inapplicables en l'espèce compte tenu de la nationalité camerounaise de M. A B. Dans ces conditions, l'erreur de visa dont se prévaut le requérant n'ayant eu aucune incidence sur le contenu et le fondement des décisions prises par la préfète de Vaucluse, le moyen tiré de cette erreur doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la préfète de Vaucluse a procédé à l'examen de la situation de M. A B au regard tant des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen au regard de ces textes doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Il résulte de ces dispositions que le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare suivre.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A B, qui a intégré en septembre 2018 un cursus de licence Sciences, Technologie, Santé mention Sciences, Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS) à l'université d'Avignon, a échoué sa première année lors de l'année universitaire 2018-2019, avant de la réussir lors de l'année universitaire 2019-2020. Puis, au cours des deux années universitaires 2020-2021 et 2021-2022, l'intéressé a échoué à deux reprises sa deuxième année. Eu égard à ses échecs répétés, et en dépit des attestations favorables de ses professeurs que M. A B a versées à l'instance, la préfète de Vaucluse n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que M. A B ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études, étant précisé que les circonstances dont se prévaut le requérant relatives à la crise sanitaire due au covid-19 et à la fracture de la jambe qu'il aurait subie en 2020 ne sont pas de nature à expliquer ces échecs répétés. Il suit de là que le moyen tiré des erreurs de fait et de l'erreur de droit au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. S'il ressort des pièces du dossier que M. A B a résidé de manière habituelle en France de septembre 2018 à la date de la décision attaquée pour y suivre des études supérieures et a exercé une activité professionnelle d'août 2019 à août 2020 et de juillet 2021 à la décision attaquée, l'intéressé est toutefois célibataire et dépourvu de charges de famille et ne justifie pas d'une insertion socio-professionnelle notable en France. En outre, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale de M. A B une atteinte disproportionnée au regard des buts d'intérêt public en vue desquels cette décision a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour " étudiant " en date du 26 janvier 2023 dont il a fait l'objet.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

9. Les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour " étudiant " étant rejetées, M. A B ne saurait utilement se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi seraient privées de base légale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à contester les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi dont il a fait l'objet.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

10. Dès lors que les conclusions à fin d'annulation du requérant sont rejetées, les conclusions de la requête à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées. Doivent également être rejetées les conclusions formées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Marcel et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

Le rapporteur,

F. AYMARD

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

F. BELKAID

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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