vendredi 15 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2301280 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ALLOUCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 avril 2023, M. A D, représenté par Me Allouch, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel la préfète de Vaucluse lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant retrait de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation, et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect d'une vie privée et familiale, tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant retrait de titre de séjour ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que la préfète s'est crue en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La préfète de Vaucluse a communiqué des pièces, lesquelles ont été enregistrées le 5 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Peretti.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant marocain né le 3 juin 1997, est entré en France le 22 juillet 2022 sous couvert d'un visa D délivré le 7 juillet 2022 par les autorités françaises de Casablanca, valable du 8 juillet 2022 au 6 octobre 2022. Il s'est ensuite vu délivrer un titre de séjour mention " travailleur saisonnier " valable du 19 octobre 2022 au 18 octobre 2025. Le 6 avril 2023, M. D a été interpellé alors qu'il exerçait une activité professionnelle sans autorisation dans le département de Vaucluse, en méconnaissance de l'article L. 5221-5 du code du travail. Par un arrêté du 6 avril 2023, la préfète de Vaucluse lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination. M. D demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme B C, sous-préfète, en vertu d'une délégation de signature consentie par arrêté du 1er septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque dès lors en fait et doit être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté du 6 avril 2023 comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de M. D au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables à chacune des décisions attaquées. Dès lors, la préfète, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, a suffisamment motivé sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant retrait de titre de séjour :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. / () / Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 432-5 du même code : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " et aux termes du premier alinéa de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. " Les décisions qui retirent ou abrogent une décision créatrice de droits sont au nombre de celles mentionnées à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, lors de son placement en retenue le 6 avril 2023, M. D a été informé de ce qu'il était envisagé de procéder au retrait de son titre de séjour, et qu'il avait la possibilité de présenter des observations à ce sujet. Dès lors que M. D a refusé d'émettre des observations, il n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas disposé d'un délai suffisant pour émettre ses observations et qu'ainsi, la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'aurait pas été respectée. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. D ne justifie pas d'une ancienneté significative sur le territoire français à la date de la décision attaquée. La seule circonstance qu'il ait travaillé en qualité de tailleur de vigne sous un contrat à durée déterminée de six mois durant l'année 2022, n'est pas de nature à lui conférer un droit au séjour, alors même qu'il ne conteste pas ne pas avoir respecté les conditions réglementaires du titre de séjour portant la mention " saisonnier " qu'il détenait. Si M. D soutient que la décision de retrait porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, il ressort toutefois des pièces du dossier que ce dernier est célibataire et sans charge de famille, que l'ensemble de sa famille nucléaire, à l'exception de son frère, ne résident pas sur le territoire national, et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, en retirant la carte de séjour pluriannuelle d'une durée de trois ans dont M. D bénéficiait, la préfète de Vaucluse n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen soulevé en ce sens doit ainsi être écarté.
8. Pour les mêmes motifs que précédemment, la préfète de Vaucluse n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. D. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans./ () /Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an./ () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 432-5 du même code : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, () la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. "
10. Il résulte des termes de la décision de la préfète de Vaucluse que celle-ci s'est notamment fondée, pour retirer à M. D son titre de séjour, sur le fait que ce dernier ne peut justifier ne pas s'être maintenu sur le territoire français au-delà de la durée maximum de six mois autorisée dans le cadre de son droit au séjour. M. D soutient justifier, dans le cadre de l'instance, et par la production de son passeport, ne pas s'être maintenu sur le territoire français au-delà de la durée maximum de six mois autorisée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté par le requérant, que celui-ci a été contrôlé alors qu'il exerçait une activité professionnelle sans autorisation dans le département de Vaucluse. Ainsi, si le moyen tiré de ce que contrairement à ce qu'a indiqué la préfète de Vaucluse dans son arrêté du 6 avril 2023, M. D justifie ne pas s'être maintenu au-delà de la durée maximum de six mois autorisée dans le cadre de son droit au séjour, apparaît fondé, il résulte toutefois de l'instruction que la préfète de Vaucluse aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur les motifs tirés de l'absence de nouveau contrat de travail visé par l'autorité préfectorale compétente et de l'exercice d'une activité professionnelle sans autorisation dans le département du Vaucluse. Si, sur ce point, M. D fait valoir qu'il revenait à son employeur de réaliser les formalités déclaratives nécessaires à l'exercice de sa profession, cet argument ne saurait remettre utilement en cause la légalité des motifs sur lesquels la préfète s'est fondée pour prendre la décision contestée. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'erreur d'appréciation ne peut être retenu.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit, l'arrêté portant retrait d'un titre de séjour n'est entaché d'aucune des illégalités invoquées. Par suite, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire par M. D doit être écartée.
12. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de la décision susvisée, qu'elle serait entachée d'une erreur de droit en ce que la préfète se serait crue en situation de compétence liée pour ne pas exercer son pouvoir d'appréciation. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
13. En troisième lieu, dans les circonstances de l'espèce, rappelées au point 7 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de Vaucluse a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Par suite, le moyen doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative doivent l'être également.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Baccati, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.
Le président-rapporteur,
P. PERETTI
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
P. PARISIEN
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026