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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301311

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301311

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantPERRIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2023, M. B A, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761- 1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre, les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du séjour des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 avril 2023 à 15 heures :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Perrien, représentant M. A, et de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien, né le 8 octobre 1972, déclare être entré régulièrement sur le territoire français le 27 janvier 2003 et n'avoir jamais quitté le territoire depuis. Par arrêté du 11 avril 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la Tunisie comme pays de destination de sa reconduite à la frontière, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 11 avril 2023 a été signé pour le préfet des Bouches-du-Rhône par Mme D C, attachée principale d'administration de l'Etat et cheffe du bureau de l'éloignement du contentieux et de l'asile de la préfecture du Bouches-du-Rhône. Par un arrêté du 7 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Bouches-du-Rhône, le préfet de ce département a donné délégation à Mme D C à l'effet de signer toutes décisions relevant, notamment, de la gestion de tout dossier ayant trait à l'éloignement, au contentieux et aux demandes d'asile, en particulier la signature des obligations de quitter le territoire et des décisions d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. A soutient qu'il réside en France depuis janvier 2003. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A ne justifie pas d'une résidence continue en France depuis cette date, les pièces produites par lui, constitués pour l'essentiel de quelques quittances de loyers, de relevés de comptes bancaires, de documents médicaux, d'une attestation de domiciliation administrative délivrée par un CCAS, ne justifient pas d'une telle présence continue sur le territoire. En outre, il ne produit aucun document pour les années 2017, 2018, 2019, 2020, 2021 et 2022. Il ne justifie par ailleurs d'aucun lien familial ou social particulier en France, hormis la relation qu'il entretenait avec sa concubine avec laquelle il est séparé et pour lequel il était recherché pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours. Célibataire et sans enfant, le requérant, qui a vécu au moins jusqu'à l'âge de 31 ans en Tunisie, ne justifie pas être isolé dans son pays d'origine où réside encore sa famille. Dans ces conditions, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le pays de destination :

5. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir pour soutenir que la décision désignant le pays de destination serait elle-même illégale.

6. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments retenus par le préfet des Bouches-du-Rhône pour fixer le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ".

8. En premier lieu, la décision contestée, qui mentionne notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les éléments de fait propres à la situation de M. A comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-10 " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ". Pour fixer à deux ans la durée de l'interdiction de retour, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris en compte l'entrée de l'intéressé sur le territoire français, l'absence de résidence habituelle, l'absence de justification de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, sa situation de célibataire sans enfant et dont les membres de sa famille résident en Tunisie. Les dispositions prévues par l'article précité ont dès lors été respectées et alors que le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire, la décision fixant la durée de l'interdiction à deux ans n'est ni disproportionnée ni entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, ainsi que celle à fin d'injonction et d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

Le magistrat désigné,

F. ELa greffière,

A. NOGUERO

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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