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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301329

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301329

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantARMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 13 avril 2023 et le 20 avril 2023, M. C A, représenté par Me Armand, demande au juge des référés dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution la décision implicite par laquelle la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cet acte ;

2°) d'ordonner à la préfète du Gard de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler renouvelable jusqu'à l'issue du litige principal sous astreinte de 100 euros par jour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il va se retrouver privé de logement à l'échéance de son contrat d'Aide Jeunes B qui expire le 3 mai 2023 et que la situation d'un renouvellement trimestriel de récépissé de demande de titre de séjour installe des tensions et difficulté d'agenda avec son employeur ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision les moyens tirés de ce que :

* elle est entachée d'un défaut de motivation ;

* elle est entachée d'une erreur de fait ;

* elle est entachée d'une erreur de droit ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* elle porte atteinte au principe de proportionnalité et à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 avril 2023, la préfète du Gard conclut à l'irrecevabilité de requête, au non-lieu à statuer et conclut au rejet de la requête.

Elle informe le tribunal qu'elle a, par une décision du 20 avril 2023 qui abroge la décision implicite de refus de titre de séjour dont il est demandé la suspension, décider de délivrer le titre de séjour sollicité par M. A.

Par un mémoire en réplique enregistré le 21 avril 2023, M. A maintient l'ensemble de ses conclusions.

Il soutient que la décision du 20 avril 2023 de la préfète ne lui a pas encore été adressée et ne lui est donc pas opposable, et qu'il n'y a pas non-lieu.

Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu la note en délibéré enregistrée le 26 avril 2023 présentée par la préfète du Gard.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 12 avril 2023 sous le numéro n°2301323 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 avril 2023 à 10h :

- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés,

- les observations de Me Armand, représentant M. A, qui reprend les conclusions de sa requête par les mêmes moyens. Il soutient qu'il n'a pas la garantie d'obtenir son titre de séjour, que la préfète peut toujours retirer sa décision de délivrance, qu'il n'y a pas non-lieu puisque la décision ne lui a pas été notifiée. L'urgence existe toujours. Sans document officiel, il ne peut pas se loger et prétendre à l'APL. M. A demande au tribunal d'enjoindre à la préfecture de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour couvrant la durée de l'instance, ainsi que de lui délivrer immédiatement et sous astreinte la carte " papier " de séjour provisoire,

- la préfète du Gard n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il n'est pas contesté que M. A, de nationalité malienne, né le 4 novembre 2003, pris en charge par le Département de l'Hérault en tant que mineur non accompagné à compter du 3 juillet 2019, a déposé le 15 novembre 2021 à sa majorité une demande de délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans la boite aux lettres de la préfecture du Gard. Il demande la suspension de la décision implicite de rejet de titre de séjour de la préfète du Gard dont l'existence n'est pas contestée.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision.

3. Par la décision du 20 avril 2023, la préfète du Gard informe le tribunal qu'elle a décidé de faire droit à la demande de titre de séjour présentée par M. A, laquelle s'est substituée à sa décision implicite de refus. Ainsi, contrairement à ce que soutient la préfète du Gard, la décision expresse n'a pas abrogé mais retiré la décision implicite de refus de titre de séjour.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision expresse favorable à la demande de M. A lui a été notifiée. Le retrait de la décision implicite de refus de titre de séjour n'a donc pas acquis un caractère définitif. Il y a donc lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale qui n'a pas perdu son objet. Dès lors, la préfète du Gard n'est pas fondée à soutenir que la requête serait irrecevable et de demander au tribunal de prononcer un non-lieu à statuer sur la requête tendant à la suspension de la décision implicite de refus de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

6. M. A demande la suspension de la décision par laquelle la préfète du Gard a rejeté implicitement sa demande de titre de séjour.

7. Il résulte de l'instruction que M. A est entré en France en mai 2019 alors qu'il était mineur. Il a intégré un CFA et conclu un contrat d'apprentissage. Il a obtenu un CAP Spécialité menuisier aluminium-verre le 5 juillet 2021, et est inscrit pour l'année 2022-2023 en BP Menuisier aluminium-verre. Il a conclu deux contrats jeune majeur du 4 novembre 2021 au 3 novembre 2022, et du 4 novembre 2022 au 3 mai 2023. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de titre de séjour M. A ne pourra pas remplir les obligations souscrites dans le cadre de son contrat jeune majeur et va se retrouver privé de logement d'une part, et que sa situation sous récépissé de demande de titre de séjour consécutifs l'expose à la perte de son contrat d'apprentissage dès lors qu'elle provoque des difficultés dans l'organisation de l'entreprise d'autre part. Dès lors, la condition tenant à l'urgence doit être regardée comme remplie.

8. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision implicite de refus de titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté. Par suite, il y a lieu de suspendre les effets de cet acte jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Pour assurer l'exécution de la suspension décidée au point 8, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce d'enjoindre à la préfète du Gard de délivrer à M. A, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance une autorisation provisoire de séjour, assortie d'une autorisation de travail, sans assortir cette injonction d'une astreinte, valable jusqu'à la réception du titre de séjour accordé par la préfète du Gard par décision du 20 avril 2023, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision implicite de refus de titre de séjour.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Armand, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de faire application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Armand de la somme de 1 000 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Gard a refusé l'admission au séjour de M. A est suspendue jusqu'à ce que la formation collégiale statue sur la légalité de cet acte.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Gard de délivrer à M. A dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance une autorisation provisoire de séjour, assortie d'une autorisation de travail, valable jusqu'à la réception du titre de séjour accordé par la préfète du Gard par décision du 20 avril 2023.

Article 3 : Sous réserve que Me Armand renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive, l'Etat versera à Me Armand la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Armand et à la préfète du Gard.

Fait à Nîmes, le 26 avril 2023.

La juge des référés,

F. CORNELOUP

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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