mercredi 19 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2301354 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | LAURENT-NEYRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 avril 2023, M. A B, actuellement assigné à résidence, représenté par Me Laurent-Neyrat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre les décisions du 13 avril 2023 portant obligation de quitter le territoire assignation à résidence et à défaut d'annuler les décisions du 13 avril 2023 par lequel la préfète du Gard a refusé sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire, a prononcé une interdiction de retour de un an et a prononcé une assignation à résidence, l'a obligé à se présenter au commissariat de police d'Alès, l'a obligé à remettre son passeport, l'a obligé à demeurer à son domicile de 18 à 21 heures chaque jour et l'a interdit de sortir du département du Gard sans autorisation ;
3°) d'enjoindre à l'administration, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour " salarié ", et à titre subsidiaire de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour portant autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- Les décisions ont été prises par une autorité incompétente ;
- Le principe du contradictoire a été méconnu quand à la décision de refus de séjour ;
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- la décision sont entachée d'une erreur de droit, de détournement de procédure, d'erreur manifeste d'appréciation, méconnaissent l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des articles L. 731-1 et R. 731-1 suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et violent le droit au respect de la vie privée et familiale.
Par un mémoire enregistré le 19 avril 2023, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a délégué à Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre, les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 avril 2023, à 15 heures 30 :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Laurent-Neyrat, représentant M. B, qui soutient que c'est à tort que la préfète du Gard a estimé que M. B n'était pas mineur lors de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance, que c'est à tort que la préfète a estimé que les documents produits par M. B étaient frauduleux. Elle soutient que la carte d'identité de M. B n'a pas été falsifié, que les papiers obtenus pour M. B par sa mère au Mali postérieurement à son entrée en France sont réguliers ; que la minorité de M. B a été reconnue deux fois, une première fois à Besançon et une seconde fois à Nîmes ; que les documents d'état civil produits par M. B font foi jusqu'à preuve du contraire ; que M. B est désormais un majeur intégré.
- la préfète du Gard n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant malien né le 18 mai 2003, demande au tribunal de suspendre et à défaut d'annuler les arrêtés du 13 avril 2023 par lesquels la préfète du Gard l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de un an ainsi que spécifié dans l'article 4 de l'arrêté et a prononcé une assignation à résidence.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. En raison de l'urgence à statuer sur la présente requête, résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur l'étendue du litige soumis au magistrat désigné :
4. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-8 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence d'un étranger en situation irrégulière, les requêtes dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire, fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi, et interdisant le retour sur le territoire français, prises à son encontre, ainsi que les décisions d'assignation à résidence en procédant, doivent être instruites et jugées selon les dispositions de l'article L. 614-9 du même code. Toutefois, ces dispositions et celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative font obstacle à ce que le magistrat désigné en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi de la situation d'un étranger placé en centre de rétention administrative ou assigné à résidence à la suite d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, examine la décision de refus de séjour qui relève de la compétence d'une formation collégiale.
5. M. B a été assigné à résidence par une décision de la préfète du Gard du 13 avril 2023. Dès lors, il appartient au magistrat désigné de statuer sur la légalité des décisions du même jour par lesquelles cette autorité l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de un an. En revanche, il appartient seulement à une formation collégiale du tribunal administratif de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 13 février 2023 par laquelle la préfète du Gard a refusé au requérant la délivrance d'un titre de séjour. Il y a lieu, par suite, de renvoyer en formation collégiale les conclusions de M. B tendant à l'annulation de cette décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, ainsi que les conclusions accessoires afférentes à cette décision.
6. Par ailleurs, le recours en annulation contre l'obligation de quitter le territoire ayant un effet suspensif, les conclusions aux fins de suspension présentées contre les décisions du 13 avril 2023 de la préfète du Gard portant obligation de quitter le territoire et assignation à résidence devront être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. La préfète du Gard a obligé M. B à quitter le territoire français au motif que la demande de titre de séjour de ce dernier est manifestement frauduleuse dans la mesure où les documents d'état civil produits présentent des irrégularités et du fait qu'il ait possiblement déposé sa demande de titre de séjour sous une fausse identité (fraude à l'identité).
8. Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".
9. L'article 47 précité du code civil pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Cependant, cette circonstance n'interdit pas aux autorités françaises de s'assurer de l'identité de la personne qui se prévaut de cet acte. Il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. Cette preuve peut être apportée par tous moyens. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence former sa conviction au vu de tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
10. Pour obliger M. B à quitter le territoire français, la préfète du Gard indique qu'une enquête est actuellement diligentée par la PAF de Nîmes depuis la saisine au titre de l'article 40 par le Référent Fraude Départemental de la préfecture du Gard le 21 janvier 2020, enquête donnant lieu à l'interpellation et à la garde à vue de M. B le 12 avril 2023. La préfète soutient que les documents civils et d'identité transmis par M. B présentent des irrégularités, qu'en outre sa carte d'identité a été probablement falsifiée et que M. B ne démontre pas sa minorité lors de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les services de la préfecture ont saisi les autorités consulaires maliennes et ne produisent aucun rapport de la fraude documentaire établissant que les documents d'état civil produits par M. B sont des faux et qu'il n'était pas mineur lors de son entrée en France alors que M. B produit une ordonnance du Procureur de la République de Nîmes du 2 mars 2020 confiant M. B comme mineur et le confiant à l'Aide Sociale à l'enfance du Gard. Dans ces conditions, l'administration n'a pas renversé la présomption d'authenticité des documents produits par M. B, aux fins de justifier de sa minorité lors de son entrée en France. La demande de titre de séjour de M. B n'est donc pas manifestement frauduleuse.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation des décisions du 14 avril 2023 par lesquelles la préfète du Gard l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de un an, et a ordonné son assignation à résidence.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. L'exécution de la présente ordonnance n'implique pas qu'il soit enjoint à l'administration de délivrer, à titre principal, à M. B un titre de séjour " salarié ", et à titre subsidiaire, un récépissé de demande de titre de séjour portant autorisation de travail mais seulement à ce que M. B soit muni d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 7 jours à compter de la notification de le présente ordonnance sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte, jusqu'à ce que la préfète du Gard ait statué sur son cas et ce qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance, conformément à ce que prévoit l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande M. B au titre des frais exposé par lui et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 avril 2023 de la préfète du Gard en tant qu'il porte refus de séjour et les conclusions accessoires à cette décision sont renvoyées à la formation collégiale.
Article 3 : Les décisions de la préfète du Gard du 13 avril 2023 obligeant M. B à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de un an, et ordonnant son assignation à résidence, sont annulées.
Article 4 : Il est enjoint à la préfète du Gard de mettre fin aux mesures de surveillance et de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué sur son cas dans un délai de 7 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète du Gard et à Me Laurent-Neyrat.
La magistrate désignée,
F. C
La greffière,
M-E. KREMERLa République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2301354
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026