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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301578

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301578

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301578
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantLAURENT-NEYRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 2 mai 2023, M. A C, représenté par Me Laurent-Neyrat, demande au tribunal :

- son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

- d'annuler l'arrêté n° 2023-30-034-BCE du 6 avril 2023 par lequel la préfète du Gard l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;

- d'enjoindre à la préfecture du Gard de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité d'étranger malade, sous astreinte de 50 euros par jour de retard;

- subsidiairement, d'enjoindre la préfecture du Gard de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour aux fins de réexaminer son dossier de demande de titre pour raison de santé, sous astreinte de 50 euros par jour ;

- de suspendre la décision portant obligation de quitter le territoire jusqu'au prononcé de la décision de la CNDA.

Il soutient que :

Sur le refus de séjour :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la motivation est irrégulière ;

- la décision a été prise en violation des articles R.425-11, R.425-12 et R.425-13 du CESEDA ;

- la décision a été prise en violation des dispositions de l'article L.425-9 ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est prise en violation des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- l'acte est entaché d'incompétence ;

- la motivation est insuffisante ;

- il y a absence de débat contradictoire

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est prise en violation des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- il peut être excipé de l'illégalité de la décision portant OQTF contenue dans l'arrêté querellé pour contester la légalité interne de la décision fixant le pays de renvoi.

Par un mémoire enregistré le 16 mai 2023 la préfète du Gard conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 mai 2023 :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Laurent-Neyrat, pour M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, de prononcer l'admission du requérant à l'aide juridictionnelle provisoire.

2. Par une décision du 25 août 2022 l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté en procédure accélérée la demande d'asile présentée par M. A C, ressortissant géorgien né le 14 janvier 1986 à Koutaissi et refusé de lui reconnaître la qualité de réfugié. A la suite de ce refus la préfète du Gard a, par arrêté du 6 avril 2023, qui est l'acte attaqué, rejeté la demande de titre de séjour présenté le 16 août 2022 en qualité d'étranger malade par le requérant, a ordonné à l'intéressé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

3. L'obligation de quitter le territoire est fondée sur l'article L ; 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) aux termes duquel " I. ' L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ;() ". L'article L. 611-1 précité ne fait pas obstacle, dans l'hypothèse où un étranger, à qui a été refusée la reconnaissance de la qualité de réfugié ou la protection subsidiaire et qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF) fondée sur le 4° de cet article, a présenté une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour, à ce que l'autorité administrative assortisse le refus qu'elle est susceptible d'opposer à cette demande d'une OQTF fondée sur le 4° de cet article. Dans une telle hypothèse, la décision relative au séjour et l'OQTF dont elle est assortie doivent être regardées comme intervenues concomitamment au sens du dernier alinéa de l'article L. 614-5 du CESEDA et la contestation de la décision relative au séjour à l'occasion d'un recours contre l'OQTF suit le régime contentieux applicable à l'obligation de quitter le territoire prévu par cet article alors même que cette dernière a pu être prise également sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code.

4. L'arrêté attaqué a été signé, pour la préfète du Gard, par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture qui disposait, en vertu d'un arrêté du 11 juillet 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Gard, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.

5. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la préfète du Gard, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière du requérant au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, en particulier en examinant les conséquences de ses décisions sur la situation personnelle, notamment en ce qui concerne la santé, de M. C.

Sur la décision de refus d'un titre de séjour :

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes mêmes de l'arrêté en litige, que la préfète, qui n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments qu'elle a pris en compte mais seulement ceux sur lesquels elle fonde sa décision, a procédé à un examen particulier de la situation de M. C.

7. M. C n'établit pas qu'à la suite de sa demande de titre de séjour présentée en tant qu'étranger malade, il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'il n'aurait pas été en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'un refus de titre de séjour, notamment en ce qui concerne son état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

8. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ", ux termes de l'article R. 425-11 du même code " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. " et aux termes de l'article R. 425-13 " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle./ L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical./ Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate./L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office.

9. Il ressort des pièces du dossier qu'un rapport médical a bien été établi le 2 février 2023 pour être transmis au collège des médecins de l'OFII le même jour. En se bornant à faire valoir la nécessité du respect de la procédure et du contenu de l'avis prévus par les dispositions réglementaires précitées, notamment de savoir si l'état de santé du requérant pourrait lui permettre de voyager sans risque, M. C n'apporte aucune précision tendant à remettre en cause le caractère régulier de l'avis émis le 2 février 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur sa demande de titre de séjour, ni si des irrégularités alléguées ont pu influencer le sens de la décision ou priver le requérant d'une garantie. Le moyen tiré du non-respect de la procédure d'avis ne peut être qu'écarté.

10. L'avis des médecins de l'OFII précise que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Géorgie l'intéressé peut y bénéficier effectivement de soins appropriés et voyager sans risque vers son pays d'origine. La préfète du Gard, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C, a considéré, au vu notamment de cet avis et des éléments produits par l'intéressé, que celui-ci ne remplissait pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 précité.

11. L'administration produit en défense des pièces attestant que le requérant peut être pris effectivement en charge en Géorgie et que des traitements appropriés peuvent y être dispensés. M. C justifie pas ne pas pouvoir bénéficier de ces traitements. Le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 425-9 ne peut être qu'écarté. Doit également être écarté le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation médicale du requérant.

12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. En l'espèce le requérant est entré en France en mai 2022, soit très récemment, et en sa qualité de demandeur d'asile débouté, il n'avait pas vocation à rester sur le territoire français. Il ne justifie pas d'une impossibilité de reconstituer sa vie privée et familiale en Géorgie, où demeurent sa nouvelle épouse, ses enfants nés d'une première union et sa mère. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention ne peut être qu'écarté. Il ne ressort pas par ailleurs des pièces du dossier que la mesure d'éloignement soit entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

13. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, selon lesquelles " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ", au motif que le requérant se trouve en fauteuil roulant poussé par un tiers et exprime de grandes souffrances physiques ne peut être utilement invoqué à l'encontre d'un refus de titre de séjour présenté en qualité d'étranger malade, un tel refus n'ayant ni pour objet ni pour effet d'exposer le requérant à subir des traitements inhumains ou dégradants.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

14. La mesure d'éloignement a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ".

15. Lorsqu'un étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'asile, il ne saurait ignorer, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, qu'en cas de refus de titre de séjour, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un tel titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter toutes les précisions qu'il juge utile et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, de faire valoir toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne leurs décisions, n'impose pas à l'autorité préfectorale de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui fait suite au refus de titre de séjour au titre de l'asile. En l'espèce, le requérant n'établit pas qu'à la suite de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'il n'aurait pas été en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement, notamment pour des motifs de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus les moyens tirés de la violation des articles 3 et 8 de la convention européenne ne peuvent être qu'écartés. Il en est de même du moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation, qu'il s'agisse de l'état de santé de M. C ou de sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

17. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. C ne peut exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

18. Il résulte de tout ce qui précède, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 6 avril 2023. Par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et de condamnation de l'État sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent elles-aussi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la préfète du Gard et à Me Laurent-Neyrat.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

Le magistrat désigné,

F. B

La greffière,

A. NOGUERO

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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