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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301664

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301664

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantANEGAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête enregistrée le 6 mai 2023 sous le n° 2301664, M. E C, représenté par Me Anegay, demande au tribunal

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de supprimer l'inscription de l'interdiction de circulation prononcée à son encontre au système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il a été adopté au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'aucune procédure contradictoire n'a été mise en œuvre, en violation de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il est présumé innocent des faits qui lui sont reprochés ;

- il méconnaît son droit au respect à sa vie privée et familiale dès lors qu'il dispose d'attaches stables et intenses en France ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

II - Par une requête enregistrée le 4 mai 2023 sous le n° 2301666, Mme D B, représentée par Me Anegay, demande au tribunal

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de supprimer l'inscription de l'interdiction de circulation prononcée à son encontre au système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il a été adopté au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'aucune procédure contradictoire n'a été mise en œuvre, en violation de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'une erreur de droit en ce qu'elle est présumée innocente des faits qui lui sont reprochés ;

- il méconnaît son droit au respect à sa vie privée et familiale dès lors qu'elle dispose d'attaches stables et intenses en France ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lahmar.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et sa compagne, Mme B, sont ressortissants roumains et résident en France depuis une date que les pièces du dossier ne permettent pas de déterminer. Par arrêtés des 5 et 6 avril 2023, la préfète de Vaucluse a respectivement obligé M. A C et Mme D B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Ils demandent tous deux l'annulation de l'arrêté les concernant dans les instances 2301664 et 2301666.

2. Les requêtes n°s 2301664 et 2301666 concernent les membres d'une même famille, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

3. En premier lieu, les deux arrêtés attaqués mentionnent de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ils indiquent que les requérants ont, tous deux, été placés en garde à vue pour détention et usage de faux document et escroquerie, qu'ils ont en commun un enfant né en 2021 sur le territoire français, et qu'ils doivent être regardés comme représentant une charge pour le système d'assistance sociale français dès lors qu'ils ne disposent d'aucuns revenus et qu'ils sont redevables d'indus auprès de la mutualité sociale agricole et de Pôle emploi en raison de fausses déclarations. En outre, il ne résulte d'aucun des deux arrêtés litigieux que la préfète de Vaucluse n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation des deux requérants. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation révélant un défaut d'examen particulier doit donc être écarté dans les deux instances.

4. En deuxième lieu, il résulte de l'ensemble des dispositions du livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédures administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger citoyen de l'Union européenne l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, ainsi que les décisions par lesquelles l'administration octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il sera reconduit et l'interdit de circuler sur le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, de même que les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient que les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 de ce code n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations, ne peuvent être utilement invoquées par les requérants à l'encontre des décisions les obligeant à quitter de quitter le territoire français. Au surplus, s'ils soutiennent qu'ils disposaient d'éléments pertinents à faire valoir auprès des services préfectoraux, ils n'indiquent nullement quels seraient ces éléments, et ne démontrent pas qu'ils auraient cherché à les faire connaître spontanément. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté dans les deux instances.

5. En troisième lieu, si les requérants font valoir que les arrêtés dont ils sollicitent l'annulation sont entachés d'erreurs de droit, dès lors qu'ils sont présumés innocents des faits qui leur sont reprochés, il résulte de ces arrêtés que les décisions obligeant M. C et Mme B à quitter le territoire français ne sont pas fondées sur le fait qu'ils représenteraient une menace à l'ordre public, mais qu'ils constitueraient une charge pour le système social français. Le moyen est donc inopérant et ne peut qu'être écarté dans les deux instances.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Ainsi qu'il l'a été dit précédemment, M. C et Mme B sont ressortissants roumains et sont arrivés en France à une date inconnue. Ils résident en France avec la mère et le frère de M. C, ainsi qu'avec leur fille, née en 2021. Les requérants produisent pour seules pièces les fiches de paie de la mère de M. C pour les mois de mai et juillet 2021, et celles de son frère pour les mois de juillet 2021 à février 2022. Il n'est pas démontré que la famille disposerait d'autres ressources, depuis février 2022, que les allocations chômage versées au frère de M. C, les requérants ne produisant notamment pas le contrat de travail dont ils affirment bénéficier. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que M. C et Mme B sont redevables d'un indu envers la mutualité sociale agricole, auprès de laquelle ils avaient déclaré à tort le rattachement de la fille aînée de M. E C, née d'une précédente union et qui ne réside pas avec eux, ni même en France de manière habituelle. Ils sont également redevables d'un indu auprès de Pôle emploi, et font l'objet d'une procédure d'expulsion de leur logement en raison du non-paiement des loyers correspondants. Les requérants ne produisent aucune preuve d'insertion au sein de la société française, tant d'un point de vue personnel que professionnel, alors qu'ils ont tous vécu la majorité de leur existence en-dehors du territoire français et que rien ne fait obstacle à ce qu'ils s'installent de nouveau en Roumanie, pays dont ils sont ressortissants. Dans ces conditions, ils ne démontrent pas avoir déplacé en France le centre de leurs intérêts privés et familiaux et ne sont pas fondés à soutenir que la préfète de Vaucluse aurait méconnu leur droit au respect de leur vie privée et familiale en les obligeant à quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, ils ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués seraient entachés d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des deux requêtes doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles présentées à fin d'injonction et relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1 er : Les requêtes n°s 2301664 et 2301666 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Mme D B et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Chevillard, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

La rapporteure,

L. LAHMAR

Le président,

G. ROUXLa greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°s 2301664, 2301666

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