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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301702

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301702

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantHAMZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2023, complétée par un mémoire enregistré le 9 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Hamza, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° SEJ/84/2022/063 du 17 octobre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise", l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi,

2°) d'enjoindre la délivrance d'un titre de séjour, subsidiairement le réexamen de sa situation à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai d'un mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard,

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte.

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la préfète de Vaucluse a procédé à une mauvaise appréciation des dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lui refuser sa demande de titre de séjour ; les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposent nullement, comme condition à la délivrance de la carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " que le diplôme de master ait été obtenu dans l'année de la demande de titre de séjour ; la liste des pièces définie par arrêté ne saurait s'interpréter comme ajoutant une condition à la loi ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; compte tenu de ses conséquences sur sa situation personnelle ; elle méconnaît, par ailleurs, les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

-elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'erreur d'appréciation, la préfète ayant méconnu son pouvoir de régularisation au vu de sa situation personnelle et familiale.

S'agissant de la fixation du pays de destination

-elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2023.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Parisien a été entendu, au cours de l'audience publique, ainsi que les observations de Me Hamza pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, de nationalité marocaine, est née le 2 mars 1997 à Setat Ben Ahmed (Maroc). Elle est arrivée en France le 30 août 2018, munie d'un visa de long séjour valant titre de séjour valable du 29 août 2018 au 29 août 2019. Ce dernier a été prolongé par un titre de séjour temporaire mention " étudiant " valable du 11 septembre 2019 au 10 septembre 2020. Ce titre est à son tour renouvelé par une carte de séjour pluriannuelle portant la même mention et valable jusqu'au 21 septembre 2022. Dans le cadre de l'année universitaire 2019/2020, Mme A a obtenu un diplôme universitaire de Master en " Arts, lettres, langues, mention "théâtre" ". Le 14 septembre 2022, Mme A a sollicité la délivrance d'une carte de séjour mention " recherche d'emploi/création d'entreprise " sur le fondement de l'article L 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 17 octobre 2022, la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande, a assorti ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours suivant la notification de cet arrêté à destination du pays dont elle a la nationalité. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : /()/ 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches. ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Le point 26 de l'annexe 10 à ce code précisant la liste des pièces justificatives à produire pour la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi/création d'entreprise " mentionne le " /()/ - diplôme de grade au moins équivalent au master ou diplômes de niveau I labellisés par la Conférence des grandes écoles ou diplôme de licence professionnelle obtenu dans l'année dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national ou attestation de réussite définitive au diplôme () ". Il résulte de ces dispositions que cette demande doit être présentée dans l'année qui suit la délivrance matérielle du diplôme, lequel figure au nombre des pièces devant être produites par la demandeuse.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est vue délivrer le 25 novembre 2021 son diplôme de Master au titre de l'année universitaire 2019-2020. Par conséquent, au jour de la présentation de sa demande de titre de séjour " recherche d'emploi/création d'entreprise ", soit le 14 septembre 2022, la préfète de Vaucluse ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit ou d'appréciation, estimer qu'une durée supérieure à une année s'était écoulée. Mme A est fondée à soutenir que la préfète de Vaucluse a méconnu les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi création d'entreprise " alors qu'elle en remplissait les conditions de délivrance.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour du 17 octobre 2022 ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions subséquentes portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique que la préfète de Vaucluse réexamine la situation de Mme A. Il y a dès lors lieu d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à Me Hamza, avocat de Mme A, d'une somme de 1 000 euros au titre des frais liés au litige, sur le fondement de ces dispositions, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 octobre 2022 de la préfète de Vaucluse est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Vaucluse de réexaminer la situation de Mme A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Hamza une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Maud Hamza et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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