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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301790

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301790

mercredi 14 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301790
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2023 et un mémoire du 12 juin 2023, M. D A, représenté par Me Berry, demande au tribunal :

- son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

- l'annulation de l'arrêté n° 23/84/281G du 15 mai 2023, par lequel la préfète de Vaucluse prononce une interdiction de retour complémentaire pour une durée de 1 an ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la motivation est insuffisante ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; sa situation personnelle et notamment son statut de demandeur d'asile, la durée de résidence sur le territoire français, les efforts faits par lui en termes d'insertion sociale et d'insertion professionnelle, constituent des éléments suffisants pour ne pas assortir l'arrêté entrepris d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'autant plus qu'il ne présente pas de menace pour l'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

A été entendu au cours de l'audience publique du 14 juin 2023 le rapport de M. Abauzit.

.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". En l'espèce, en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

2. M. D A, ressortissant guinéen né en 1986 à Conakry, est entré selon ses déclarations sur le territoire français en juin 2021. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 mars 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 15 juillet 2022. Par arrêté du 28 septembre 2022 le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de quatre mois. Le recours contre cet acte a été rejeté par le tribunal administratif de Montpellier par un jugement en date du 22 décembre 2023. Par arrêté du 15 mai 2023, qui est l'acte attaqué en l'instance, la préfète de Vaucluse a prolongé l'interdiction pour une année, portant la durée totale à 16 mois.

3. L'arrêté en litige a été signé par Mme B C, sous-préfète chargée de mission, en vertu d'une délégation de signature du 9 décembre 2022 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du 14 décembre 2022. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque dès lors en fait et doit être écarté.

4. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la préfète, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière du requérant au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, en particulier en examinant les conditions de son entrée sur le territoire français, sa situation familiale actuelle, à savoir qu'il ne justifie d'aucun lien ni d'aucun membre de sa famille nucléaire en France, ni avoir quitté la France à la suite de la mesure d'éloignement prise le 28 septembre 2022.

5. Aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; ". M. A disposait d'un délai de quatre mois à compter de la notification du jugement du tribunal administratif de Montpellier du 22 décembre 2023. Il est constant qu'un délai de plus de quatre mois s'était écoulé lorsque M. A a été interpellé le 15 mai 2023 par la gendarmerie. La préfète de Vaucluse était dès lors fondée à faire application des dispositions précitées.

6. En l'espèce, le requérant n'est présent en France que depuis deux ans environ, et ne s'y est maintenu légalement qu'au temps nécessaire à l'instruction de sa demande d'asile et au fait qu'il n'a pas déféré à la mesure d'éloignement prise à son encontre le 28 septembre 2022. M. A ne fait mention d'aucun motif humanitaire et d'aucune relation intense, ancienne et stable en France. Ainsi, le préfet pouvait, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, décider de prolonger pour une durée d'un an l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre du requérant, et ce bien qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1erer : M. D A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. D A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à la préfète de Vaucluse et à Me Berry.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2301790

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