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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301805

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301805

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301805
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMOURA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mai 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 26 mai 2023, Mme A B demande au tribunal :

1) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2) d'annuler l'arrêté en date du 16 mai 2023 par lequel la préfète de Vaucluse lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

3) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4) d'enjoindre à l'administration de procéder au retrait de son inscription du système d'information Schengen ;

5) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

- le principe général du droit au respect du contradictoire a été méconnu dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de présenter ses observations préalablement à la décision d'interdiction de retour sur le territoire dont elle fait l'objet ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation ;

- les décisions contestées sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée de plusieurs erreurs de fait dès lors qu'elle a entrepris des démarches de régularisation ; elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'alinéa 2 de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle justifie d'un droit au séjour en qualité de conjoint de français, circonstance faisant obstacle au prononcé d'une obligation de quitter le territoire français à son encontre ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est dépourvue de base légale ; elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît le principe de proportionnalité ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de base légale ; elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lellig pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Lellig ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante tunisienne née en 1985, est entrée en France le 25 mai 2022 afin d'y rejoindre son époux, de nationalité française. Par un arrêté du 16 mai 2023 dont elle demande l'annulation, la préfète de Vaucluse lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou une convention bilatérale prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.

3. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". L'article L. 412-1 du même code prévoit que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France le 25 mai 2022 afin d'y rejoindre son époux de nationalité française, suite à la transcription de leur mariage sur les registres de l'état civil français, sous couvert d'un visa long séjour valable du 11 mars 2022 au 11 mars 2023. Elle justifie d'un rendez-vous en préfecture le 1er août 2023 pour le dépôt de sa demande de titre de séjour. Si le préfet fait valoir que la rupture de la communauté de vie entre les époux résulte de l'intention de divorcer exprimée par M. B lors de son audition par les services de police, la réalité de cette communauté de vie n'est toutefois pas contestée et ressort par ailleurs des pièces du dossier. Dans ces conditions, une déclaration d'intention, sur laquelle M. B est au demeurant revenu dans le cadre de la présente instance, ne saurait, à elle seule, suffire à établir une rupture avérée de la communauté de vie à la date de la décision litigieuse. Par suite, la préfète de Vaucluse ne pouvait légalement prononcer à l'encontre de Mme B, qui relève des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, une obligation de quitter le territoire français.

5. Par ailleurs, l'interpellation de Mme B et son placement en garde à vue, pour des faits de violences sur son conjoint, sans incapacité, ne sauraient, à eux seuls, faire regarder sa présence en France comme constitutive d'une menace à l'ordre public de nature à faire obstacle à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Par suite, il y a lieu d'annuler la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français opposée à Mme B par la préfète de Vaucluse le 16 mai 2023, ainsi que les décisions prises sur son fondement portant fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

8. L'annulation des décisions contestées n'implique pas d'autres mesures que celles expressément prescrites par les dispositions citées au point précédent. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par Mme B ne peuvent dès lors être accueillies.

9. De même, l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Il incombera donc à la préfète de Vaucluse de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non admission dont Mme B fait l'objet.

Sur les frais d'instance :

10. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme B présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté en date du 16 mai 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a fait obligation à Mme B de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être renvoyée et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la préfète de Vaucluse et à Me Stéphanie Moura.

Lu en audience publique le 30 mai 2023.

La magistrate désignée,

W. LELLIG

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2301805

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