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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301826

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301826

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301826
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantEKAIZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mai 2023, complétée les 20 et 21 juin 2023, M. B A, représenté par Me Ekaizer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°SEJ/84/2023/008 du 8 février 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours,

2°) d'enjoindre le réexamen de sa situation,

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence et d'insuffisance de motivation,

- la préfète de Vaucluse a méconnu son droit à être entendu,

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ; en effet, il a construit sa vie privée et familiale en France ; l'arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2023.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Parisien a été entendu, au cours de l'audience publique ainsi que les observations de Me Ekaizer pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité vénézuélienne, né le 21 juin 1984 à Rubio Ven (Venezuela), est entré sur le territoire français le 19 juillet 2009, sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant, valable du 19 juin 2009 au 19 juin 2010. A l'expiration de celui-ci, il a bénéficié de 7 cartes de séjour temporaire d'un an en cette qualité. Au terme de ses études, il a obtenu au titre de l'année 2018-2019 un diplôme de doctorant en informatique et a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi / création d'entreprise " valable jusqu'au 26 janvier 2021, puis s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " entrepreneur / profession libérale " qui était valable du 13 avril 2021 au 12 avril 2022. Le 27 avril 2022, l'intéressé a sollicité un titre de séjour en qualité de " salarié " et a été placé sous récépissé. Par un arrêté en date du 8 février 2023, la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande, a assorti ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours suivant la notification de cet arrêté à destination du pays dont il a la nationalité. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 9 décembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de Vaucluse a donné délégation à M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture, aux fins de signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.

3. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la préfète de Vaucluse, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière du requérant au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, qu'il s'agisse du refus de séjour, de l'obligation de quitter le territoire français ou de la décision fixant le pays de destination. Les moyens tirés d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant ne peuvent être qu'écartés.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Il résulte de ces dispositions que la préfète de Vaucluse n'était pas tenue d'entendre M. A avant l'édiction de la décision attaquée prise en réponse à une demande de titre formulée par l'intéressé. Il appartenait à l'intéressé de faire connaître d'éventuels nouveaux éléments pour compléter sa demande à la préfète de Vaucluse s'il l'estimait nécessaire. Le requérant ne peut davantage soutenir qu'il aurait été privé de son droit à être entendu en violation du principe général du droit de l'Union européenne. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de débat contradictoire doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Ces stipulations sont par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'administration des justifications de la qualité de " salarié " apportées par M. A, lesquelles ne sont d'ailleurs pas contestées. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces stipulations et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation pour ce motif est inopérant. Il appartient à M. A, s'il s'y estime fondé, de solliciter de l'administration une autorisation de séjour en invoquant lesdites stipulations. Conseil d'Etat du 7 décembre 1993 n° 117478

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, entré sur le territoire national sous couvert d'un visa étudiant, réside de manière continue en France depuis l'année 2009, soit depuis 14 ans. Il y a suivi des études scientifiques jusqu'à l'obtention, malgré des problèmes de santé survenus pour la première fois en 2018, d'un doctorat en informatique en 2019. M. A produit ses relevés de notes obtenues en Master et des attestations d'enseignants, notamment de son directeur de thèse, attestant du sérieux de son investissement universitaire. Reconnu travailleur handicapé en 2022, il a débuté une activité d'auto-entrepreneur en prestations de services informatiques et produit des attestations justifiant de son investissement associatif dans son domaine d'activité et de ses efforts d'intégration professionnelle. Par conséquent, dans ces circonstances très particulières, au vu de son ancienneté de séjour en France et du sérieux de ses efforts d'intégration, il est fondé à soutenir que la préfète de Vaucluse a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et méconnu les stipulations précitées.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé, à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire qui lui a été notifiée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions correspondantes doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à Me Ekaizer, avocat de M. A, d'une somme de 1 000 euros au titre des frais liés au litige, sur le fondement de ces dispositions, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de Vaucluse du 8 février 2023 est annulé en tant qu'il porte pour M. A obligation de quitter le territoire national.

Article 2 : L'Etat versera à Me Ekaizer une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Ekaizer et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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