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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301884

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301884

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPYXIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2023, M. A... B..., représenté par la SELARL VMAE, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 6 février 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande d’autorisation de travail, a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d’enjoindre à la préfète de Vaucluse, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour « travailleur temporaire » dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de le munir, dans l’attente de la délivrance de ce titre de séjour, d’un récépissé l’autorisant à travailler sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du 5ème jour à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation au regard de l’article L. 421-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’article L. 435-1 du même code et de lui délivrer un récépissé l’autorisant à travailler pendant la durée du réexamen, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du 5ème jour à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Il soutient, outre que sa requête est recevable, que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux au regard de l’article 421-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et méconnaît les dispositions de cet article dès lors qu’il remplit les conditions prévues par ce texte ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen au regard des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et a méconnu ces stipulations ;
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
elles doivent être annulées en raison de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.


La procédure a été communiquée à la préfète de Vaucluse, qui n’a pas produit de mémoire en défense.


M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2023.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Aymard,
les observations de Me Marcel représentant M. B....


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant malien né le 17 juin 1998, déclare être entré en France en décembre 2020. Par un dossier reçu le 31 mai 2021 par la préfecture de Vaucluse, l’intéressé a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de travailleur temporaire. Par un arrêté du 6 février 2023, la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande d’autorisation de travail, a rejeté sa demande de titre de séjour, a obligé l’intéressé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi. L’intéressé demande au tribunal d’annuler cet arrêté du 6 février 2023.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles la préfète de Vaucluse s’est fondée pour refuser de délivrer à M. B... un titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (…) ». En vertu de cet article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention salarié ou travailleur temporaire est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour. Les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-3 prévoient les conditions de délivrance des cartes de séjour temporaire portant les mentions « salarié » ou « travailleur temporaire », l’article L. 421-3 prévoyant que : « L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. / Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement. ».

D’une part, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la préfète de Vaucluse a procédé à un examen sérieux et personnalisé de la demande de M. B... au regard des dispositions précitées de l’article L. 421-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

D’autre part, il est constant que M. B... est entré irrégulièrement en France, sans avoir obtenu de visa de long séjour auquel l’article L. 412-1 subordonne la délivrance du titre de séjour temporaire mention « salarié » ou « travailleur temporaire » prévus par les articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la préfète de Vaucluse n’a pas méconnu les dispositions de l’article L. 421-3 du code précité en opposant à M. B... le défaut de visa de long séjour.

Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés du défaut d’examen sérieux au regard de l’article L. 421-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de la méconnaissance des dispositions de cet article doivent être écartés.

En troisième lieu, à l’appui de son moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le requérant se prévaut de sa situation familiale, de la situation sécuritaire au Mali et de ses efforts d’insertion au sein de la société française. Toutefois, si le requérant allègue qu’il est originaire de la commune de Mondoro au Mali et que sa famille a été décimée lors d’une attaque terroriste, les pièces produites à l’instance, notamment l’attestation établie le 8 mars 2023 par Isamaïli Yiri Diarra, sont insuffisamment probantes pour étayer les affirmations de M. B.... Par ailleurs, s’agissant de la situation sécuritaire au Mali, le requérant, qui se prévaut de documents généraux émanant de l’organisation des nations unies sur la situation actuelle au Mali, n’établit pas qu’il serait personnellement soumis à un risque avéré pour sa vie en cas de retour dans son pays d’origine. Enfin, il ressort des pièces du dossier que, à la date de la décision attaquée, M. B... a effectué un stage de deux semaines au sein de l’EURL Claude Melquior en mai 2021 et que l’intéressé dispose dans cette entreprise d’une promesse d’embauche en tant qu’apprenti. Au regard de ces éléments, pris ensemble ou isolément, la préfète de Vaucluse n’a pas fait une inexacte application de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en estimant que la situation de M. B... ne relevait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de cet article.

En quatrième et dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

D’une part, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la préfète de Vaucluse a procédé à un examen sérieux et personnalisé de la situation de M. B... au regard des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

D’autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B..., qui déclare être entré en France en décembre 2020, est célibataire et dépourvu de charges de famille. Si l’intéressé se prévaut de ses efforts d’intégration par le travail et produit à l’instance quelques attestations de proches, il ne justifie pas du caractère habituel de sa présence en France depuis décembre 2020, cette présence étant, en tout état de cause, très récente, alors que son expérience professionnelle s’avère très limitée. Enfin, le requérant n’établit pas être dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine. Compte tenu de ce qui précède, la décision en litige n’a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B... une atteinte disproportionnée aux buts d’intérêt public en vue desquels elle a été prise.

Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés du défaut d’examen sérieux au regard de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance des stipulations de cet article doivent être écartés.

Il résulte de ce qui précède que le requérant n’est pas fondé à contester la décision portant refus de titre de séjour « salarié » dont il a fait l’objet le 6 février 2023.




En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

Les conclusions à fin d’annulation dirigées contre la décision portant refus de séjour étant rejetées, M. B... ne saurait utilement se prévaloir, par la voie de l’exception, de l’illégalité de cette décision pour soutenir que l’obligation qui lui est faite de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi seraient privées de base légale. Dès lors, le requérant n’est pas fondé à contester les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi dont il a fait l’objet le 6 février 2023.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B... doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

Dès lors que les conclusions à fin d’annulation du requérant sont rejetées, les conclusions de la requête à fin d’injonction sous astreinte ne peuvent qu’être rejetées. Doivent également être rejetées les conclusions formées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l’Etat n’étant pas la partie perdante dans la présente instance.




D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la préfète de Vaucluse.




Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Achour, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.


Le rapporteur,




F. AYMARD

La présidente,




C. CHAMOT

La greffière,




F. DESMOULIÈRES



La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.





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