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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301898

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301898

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301898
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGIRONDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mai 2023, Mme A D, représentée par Me Girondon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2023 par lequel la préfète du Gard lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et prononcé une interdiction de retour d'une durée de trois ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel la préfète du Gard l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées, ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent le principe du respect des droits de la défense ;

- elles méconnaissent l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- elles méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré 30 mai 2023, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lahmar, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 mai 2023 :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les observations de Me Girondon, représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins que la requête et soutient en outre que le droit d'être entendu de la requérante a été méconnu, la préfète du Gard ne produisant ni le courrier par lequel Mme D a été invitée à présenter des observations, ni celui par lequel elle aurait fait valoir de telles observations, et que la situation de la requérante répond à des considérations humanitaires faisant obstacle à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit prononcée à son encontre ;

- la préfète du Gard n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante serbe, demande l'annulation de l'arrêté du 22 mai 2023 par lequel la préfète du Gard l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans. Elle demande également l'annulation de l'arrêté du même jour par lequel la préfète du Gard l'a assignée à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. En raison de l'urgence à statuer sur la présente requête, résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 22 mai 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

Sur l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 22 mai 2023 a été signé pour la préfète du Gard par Mme C B, attachée d'administration de l'Etat et cheffe du bureau de l'éloignement et de l'asile de la préfecture du Gard. Par un arrêté du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Gard, la préfète de ce département a donné délégation à Mme C B à l'effet de signer toutes décisions relevant, notamment, de la gestion de tout dossier ayant trait à l'éloignement, au contentieux et aux demandes d'asile, en particulier la signature des obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il mentionne notamment que Mme D est de nationalité serbe, qu'elle a fait l'objet de deux condamnations judiciaires en 2012 et 2023, de telle sorte qu'elle représente une menace pour l'ordre public, et que la cellule familiale dont elle fait partie ainsi que son conjoint et ses quatre enfants pourra se reconstituer dans son pays d'origine. De plus, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que la situation de Mme D a fait l'objet d'un examen particulier par la préfète du Gard. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation révélant un défaut d'examen particulier doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des mentions de l'arrêté litigieux, que Mme D, ressortissante serbe, est née le 11 décembre 1987 en Italie. Elle ne précise pas la date et les conditions de son entrée en France. Mme D a été condamnée par le tribunal judiciaire de Carpentras par jugement du 1er février 2023 pour des faits de vol, et mise en détention, alors qu'elle avait déjà fait l'objet d'une première mesure de détention en 2012. Si elle fait valoir qu'elle n'a jamais vécu en Serbie et que l'intégralité de sa famille réside en France de manière régulière, elle ne produit aucun élément à l'appui de ces allégations. En tout état de cause, compte tenu des deux mesures de détention précitées dont elle a fait l'objet, la préfète du Gard était fondée à considérer que Mme D représentait une menace pour l'ordre public, justifiant qu'elle soit éloignée. Enfin, s'il résulte de la décision attaquée et des écritures de la requérante qu'elle est en couple et mère de quatre enfants, elle ne fait état d'aucun élément qui impliquerait que sa cellule familiale ne puisse se reconstruire dans son pays d'origine. Au regard de ces éléments, la requérante n'établit ni qu'elle aurait déplacé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, ni que l'arrêté attaqué porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Elle n'apporte, de la même manière, aucun élément qui laisserait penser qu'elle serait exposée à un risque réel pour sa personne ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Les moyens tirés de la violation des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Il résulte par ailleurs de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union et qu'il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré, lequel se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative en cause aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.

9. Il résulte des mentions de l'arrêté attaqué que par courrier du 31 mars 2023, la préfète du Gard a invité Mme D à présenter des observations sur la mesure d'éloignement qu'elle envisageait de prononcer à son encontre, et que Mme D y a répondu par courrier du 10 mai 2023. Le simple fait que la préfète du Gard n'ait pas produit à l'instance ces deux courriers n'est pas de nature à démontrer que Mme D n'aurait en réalité pas été invitée à présenter ses observations. En tout état de cause, la requérante n'invoque aucune circonstance sur sa situation personnelle permettant d'établir que l'autorité préfectorale aurait pris une décision différente de celle finalement édictée. Dès lors, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu doit être écarté. Aucun autre élément n'étant soulevé à l'appui du moyen tiré de la violation du principe de respect des droits de la défense, celui-ci doit également être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. - Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

11. Si Mme D fait valoir à l'audience qu'elle souffre de problèmes de santé nécessitant un traitement à long terme et justifiant qu'elle demeure en France, elle ne produit aucun élément à l'appui de ces allégations. Elle n'établit donc pas que sa situation serait constitutive de circonstances humanitaires impliquant qu'elle ne puisse faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français.

En ce qui concerne l'arrêté du 22 mai 2023 portant assignation à résidence :

12. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 22 mai 2023 a été signé pour la préfète du Gard par Mme C B, attachée d'administration de l'Etat et cheffe du bureau de l'éloignement et de l'asile de la préfecture du Gard. Par un arrêté du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Gard, la préfète de ce département a donné délégation à Mme C B à l'effet de signer toutes décisions relevant, notamment, de la gestion de tout dossier ayant trait à l'éloignement, au contentieux et aux demande d'asile, en particulier la signature des assignations à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (). ". Selon l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

14. La décision attaquée, vise les textes dont elle fait application et notamment l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose par ailleurs les éléments relatifs à la situation personnelle de Mme D en mentionnant que cette dernière fait l'objet d'une obligation de quitter sans délai le territoire français prise à son encontre le 22 mai 2023. Dès lors, cette décision, qui n'est pas stéréotypée, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et ne peut donc qu'être écarté. En outre, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la préfète du Gard n'aurait pas réalisé un examen particulier de la situation de Mme D avant de l'assigner à résidence.

15. En troisième lieu, dès lors que l'arrêté attaqué ne constitue pas une mesure d'éloignement, les moyens tirés de la violation des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du principe tenant la protection de l'intérêt supérieur de l'enfant sont inopérants et doivent être écartés.

16. En quatrième lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas assortis des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé et doivent, par suite, être écartés.

17. En dernier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Il résulte par ailleurs de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union et qu'il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré, lequel se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative en cause aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.

18. Mme D n'invoque aucune circonstance sur sa situation personnelle permettant d'établir que l'autorité préfectorale aurait pris une décision différente de l'assignation à résidence contestée si elle en avait été informée. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que son droit d'être entendu aurait été méconnu. Aucun autre élément n'étant soulevé à l'appui du moyen tiré de la violation du principe de respect des droits de la défense, celui-ci doit également être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1 er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à la préfète du Gard et à Me Girondon.

Une copie en sera adressée, pour information, au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nîmes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

La magistrate désignée,

L. LAHMAR

La greffière,

A. NOGUERO

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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