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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301925

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301925

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301925
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantESSAKHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mai 2023, Mme A B, représentée par Me Essakhi demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n° ASI/84/2023/38 du 11 mai 2023, par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi,

- d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour "vie privée et familiale" et de réexaminer sa situation,

- d'enjoindre à la préfète de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen,

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision n'est pas légalement motivée ;

- la décision ne respecte pas le droit d'être entendu ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen ; elle ne fait état ni de l'existence de son fils ni de son état de grossesse avancée ;

- la décision est prise en violation des droits de l'enfant ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 8 de la CEDH.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention europé

enne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 juin 2023 :

- le rapport de M. Abauzit,

- les observations de Me Essakhi, pour Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante de Côte d'Ivoire, née le 7 octobre 1990 a présenté le 16 novembre 2022 une demande d'asile qui a été rejetée le 29 avril 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 juin 2022, notifiée le 24 juin. Son recours contre cette décision de refus a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile le 6 avril 2023. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

2. L'arrêté en litige a été signé par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse. Ce dernier dispose, aux termes de l'arrêté réglementaire du 9 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°84-2022-127, d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés, requêtes et mémoires présentés dans le cadre de recours contentieux, décisions, circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. L'arrêté contesté comporte dans ses visas et ses motifs les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen complet de la situation particulière de Mme B au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables. Mme B n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur un autre fondement que l'asile, elle ne justifie pas avoir informé les services préfectoraux de l'existence de son fils et de son état de grossesse, et les services de la préfecture n'avaient dès lors pas à motiver l'acte en considération de faits qui lui étaient inconnus. Les moyens tirés d'un défaut de motivation et d'examen complet de la situation de la requérante ne peuvent être qu'écartés.

4. En l'espèce, la requérante n'établit pas qu'à la suite de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis de la Cour nationale du droit d'asile, elle aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'elle n'aurait pas été en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, () et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". La demande d'asile ayant été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, Mme B n'avait plus droit au séjour et c'est à bon droit que la préfète de Vaucluse a pu ordonner son éloignement sur le fondement du 4° précité.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservé dans son pays d'origine. En l'espèce, la requérant est entrée en France récemment, après avoir vécu plusieurs années en Italie. Elle n'avait pas vocation à rester sur le territoire français à la suite du rejet de la demande d'asile et ne justifie ni que son état de grossesse l'empêche de quitter le territoire français ni d'une impossibilité de reconstituer sa vie privée et familiale en Côte d'Ivoire avec son fils né en 2016 en Italie. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention ne peut être qu'écarté. Il ne ressort pas par ailleurs des pièces du dossier que la mesure d'éloignement soit entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. L'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ainsi qu'il est dit au point précédent, Mme B peut reconstituer sa vie privée et familiale en Côte d'Ivoire avec son enfant. Celui-ci pourra y être scolarisé et rien au dossier ne permet d'établir que l'intérêt supérieur de cet enfant ne serait pas respecté par la décision d'éloignement.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 mai 2023 ne peut être que rejetée, y compris les conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la préfète de Vaucluse et à Me Essakhi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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