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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301976

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301976

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLAURENT-NEYRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 mai et 17 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Laurent-Neyrat, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 24 avril 2023 par lesquelles la préfète du Gard lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui délivrer une carte de séjour vie privée et familiale, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- il est entaché de vice d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'examen personnalisé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article L.423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

S'agissant de l'obligation de quitter de territoire français :

- elle est entachée de vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen personnalisé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

S'agissant de l'interdiction de retour :

- elle est entachée de vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen personnalisé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale par suite de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2023, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Achour a été entendu au cours de l'audience publique.

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 5 décembre 2002, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 avril 2023, la préfète du Gard a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office et a prononcé une interdiction de retour de deux ans. M. A conteste ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture du Gard, qui disposait, aux termes de l'arrêté du 11 juillet 2022 de la préfète du Gard, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département du Gard, en toutes matières, à l'exception des réquisitions prises en application du code de la défense, de la réquisition des comptables publics régie par le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et qui permettent de vérifier que l'autorité préfectorale a procédé à un examen complet de la situation particulière de M. A au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables. Les moyens tirés d'un défaut de motivation et d'examen complet de la situation du requérant doivent, dès lors, être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de code de de l'entrée de du séjour des étrangers et du droit d'asile L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

5. Il ressort des motifs de la décision attaquée que pour refuser un titre de séjour à M. A, la préfète du Gard a retenu que le parcours de M. A ne permettait pas de retenir le caractère réel et sérieux de ses études.

6. M. A se prévaut de l'obtention de son CAP cuisine en 2021 et de sa motivation à poursuivre ses études. Il ressort cependant des pièces du dossier que son contrat d'apprentissage avait été rompu l'année précédente pour insuffisance professionnelle de l'intéressé et que, si le requérant poursuit sa formation dans le cadre d'un bac professionnel arts de la cuisine, il est relevé un manque de sérieux dans le suivi de cette formation depuis septembre 2021. Les relevés de notes de la première année mentionnent ainsi des difficultés, un manque de travail et un nombre trop important d'absences avec 64 heures d'absences dont 57 non justifiées au premier semestre et 150 heures d'absences dont 53 non justifiées au second. Le relevé de notes du premier semestre 2022-2023 mentionne un manque de travail, d'implication, et de nombreuses absences avec 167 heures relevées dont 118 heures injustifiées, et annonce un conseil de discipline à suivre. L'attestation de son employeur mentionnant avoir accompagné l'intéressé dans ses échanges avec le CFA concernant ses absences et indiquant avoir pu lui-même cautionner certaines absences auprès de l'établissement en demandant la présence de l'intéressé en entreprise, ne saurait suffire à infirmer le nombre d'absences injustifiées ni le manque de travail ressortant de ses relevés de notes. Dans ces conditions, la préfète n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en retenant que M. A ne justifiait pas du caractère sérieux des études poursuivies.

7. Compte tenu des éléments exposés au point 6, et alors que M. A n'apporte aucune précision ni élément propre à démontrer qu'il serait dépourvu de liens dans son pays d'origine, où il a grandi au moins jusqu'à l'âge de quinze ans, la préfète du Gard n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer à M. A un titre de séjour dans l'année suivant son dix-huitième anniversaire quand bien même il avait été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance avant d'avoir atteint l'âge de seize ans.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui déclare être entré en France en 2017 sans en justifier, a fait l'objet d'une ordonnance de placement provisoire auprès des services de l'aide sociale à l'enfance le 7 mars 2018. Si le requérant, qui est célibataire et sans enfant, se prévaut de son apprentissage en cours ainsi que son intégration professionnelle en France, l'intéressé ne démontre pas, par les pièces qu'il produit, avoir fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, ni être isolé en Guinée où il a vécu la majeure partie de sa vie. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France du requérant, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. Pour les motifs exposés aux points 7 et 9, les moyens soulevés par le requérant, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'il conteste.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. Les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus de séjour étant rejetées, M. A ne saurait se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour soutenir que la décision attaquée serait privée de base légale.

14. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi qu'il conteste.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

15. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

16. Il ressort des motifs de la décision attaquée que pour justifier la décision d'interdire M. A de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, la préfète du Gard a pris en compte les circonstances qu'il ne justifie pas de la date alléguée de son entrée en France et ne justifie pas de liens personnels et familiaux intenses et stables sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces dossier que M. A a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance en France par ordonnance de placement provisoire du 15 mars 2018 et justifiait d'un séjour sur le territoire de plus de cinq ans à la date de la décision attaquée. Il a obtenu son CAP en France où il a entrepris par la suite une formation diplômante supérieure sans que puisse lui être reproché ni de constituer une menace pour l'ordre public ni de s'être soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France, M. A est fondé à soutenir que l'interdiction de retour de deux ans fixée par la décision attaquée présente un caractère disproportionné.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour doivent être accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement n'implique aucune mesure particulière d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions du requérant à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

19. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Me Laurent-Neyrat, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Gard du 24 avril 2023 est annulé en tant qu'il fixe une interdiction de retour de deux ans.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Laurent-Neyrat et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Achour, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

P. ACHOUR

La présidente,

C. CHAMOTLa greffière,

L. GALAUP

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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