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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301979

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301979

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301979
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCANETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2023, M. A B, représenté par Me Canetti, demande au tribunal :

1) d'annuler les décisions en date du 30 mai 2023 par lesquelles la préfète de Vaucluse lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an et a prononcé son assignation à résidence pour une durée de 45 jours ;

2) d'enjoindre à l'administration de lui restituer son passeport dans un délai de huit jours, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; la préfète n'a pas examiné sa demande de titre de séjour ; il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour ; il réside habituellement en France depuis 2001 ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'incompétence ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; il vit en concubinage depuis 2009 avec une ressortissante française ;

- la décision portant assignation à résidence est entachée d'incompétence ; elle est insuffisamment motivée ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'incompétence.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2023, et communiqué ce même jour à 7h53, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lellig pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, le 7 juin 2023 à 10h00.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Lellig ;

-les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né en 1983, demande au tribunal d'annuler les décisions en date du 30 mai 2023 par lesquelles la préfète de Vaucluse lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an et a prononcé son assignation à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'acte :

2. Les arrêtés en litige ont été signés par Mme C D, sous-préfète, en vertu d'une délégation de signature consentie par arrêté du 1er septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque dès lors en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté litigieux que la préfète de Vaucluse a, contrairement à ce qui est soutenu, pris en compte, lors de l'examen de la situation de M. B, l'existence d'une demande d'admission au séjour déposée le 16 mai 2023. Le moyen tiré d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation doit en conséquence être écarté.

4. Par ailleurs, si le requérant produit l'accusé de réception de cette demande auprès des services de la préfecture, ce seul document, non accompagné d'un récépissé de demande de titre de séjour, ne justifie pas que M. B aurait déposé auprès des services de la préfecture de police un dossier complet à l'appui de sa demande. Dans ces conditions, il ne peut pas être regardé comme établi qu'une demande de titre de séjour aurait été en cours d'instruction à la date de l'arrêté contesté, faisant obstacle à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. B.

5. En deuxième lieu, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou une convention bilatérale prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont M. B entend se prévaloir : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

7. Si M. B soutient résider en France depuis plus de dix ans, et y être installé depuis l'année 2001, les pièces versées au dossier, de l'année 2014 à l'année 2020, ne témoignent que d'une présence ponctuelle sur le territoire. De plus, si M. B soutient être marié religieusement à une ressortissante française depuis la fin de l'année 2021, il ne produit aucune pièce de nature à établir l'antériorité de la relation de concubinage qu'il invoque entretenir depuis plus de dix ans. Par ailleurs, M. B, qui se maintient irrégulièrement sur le territoire français, a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date du 4 décembre 2019 et n'est pas isolé dans son pays d'origine dans lequel réside encore ses parents ainsi que plusieurs membres de sa fratrie. Dans ces conditions, alors même qu'il travaille effectivement depuis le début de l'année 2020 au sein d'un commerce et que son employeur a déposé une demande d'autorisation de travail au mois de mai 2023, M. B ne justifie, dans le cadre de la présente instance, d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel susceptible de justifier une admission exceptionnelle au séjour qui ferait obstacle au prononcé de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

10. Ainsi qu'il a été exposé au point 7, M. B ne justifie pas, par les pièces versées au dossier, d'une présence habituelle en France antérieure à l'année 2020 ni d'une relation de concubinage antérieure à l'année 2021. Il a par ailleurs fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré. Dans ces conditions, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour contestée, la préfète de Vaucluse n'a entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

11. La décision contestée mentionne de manière suffisamment précise les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut dès lors qu'être écarté.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions contestées.

Sur les autres conclusions :

13. Les conclusions aux fins d'annulation étant rejetées, celles présentées à fin d'injonction comme celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent également, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de Vaucluse et à Me Vanessa Canetti.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La magistrate désignée,

W. LELLIG

La greffière,

A. NOGUERO

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301979

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