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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302043

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302043

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBELAÏCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 5 juin 2023, M. A B, représenté par Me Belaïche, demande au tribunal :

- son admission à l'aide juridictionnelle provisoire,

- d'annuler l'arrêté n°2023-146-002 du 26 mai 2023 par lequel le préfet de la Lozère l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi,

- d'enjoindre à la préfecture de la Lozère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour en application des articles L. 911-1 et s. du code de justice administrative,

- de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- le droit d'être entendu n'a pas été respecté ;

- les dispositions de l'article L. 611-1 4° sont violées ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et viole l'article 8 de la CEDH .

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- il peut être excipé de l'illégalité de la décision portant OQTF contenue dans l'arrêté querellé pour contester la légalité interne de la décision fixant le pays de renvoi ;

- la décision est contraire à l'article 3 de la CEDH.

Par un mémoire reçu le 15 juin 2023 le préfet de la Lozère conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 juillet 2023 :

- le rapport de M. Abauzit,

- les observations de Me Belaïche, pour M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". En l'espèce, en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

3. M. A B, né le 26 septembre 1990 à Douala (Cameroun), de nationalité camerounaise, est entré irrégulièrement en France en novembre 2021 selon ses déclarations. Il a présenté le 14 mars une demande d'asile qui a été rejetée le 31 mai 2022, et le recours contre cette décision a été rejeté le 26 avril 2023 par la Cour nationale du droit d'asile. A la suite de ce rejet le préfet de la Lozère a, par arrêté du 26 mai 2023, qui est l'acte attaqué, ordonné à l'intéressé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination.

4. L'arrêté attaqué du 26 mai 2023 a été signé par Jérôme Portal, chef du bureau des étrangers, de la lutte contre la fraude et de l'accueil, en vertu d'un arrêté préfectoral de délégation de signature du 30 mars 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte litigieux manque en fait et doit être écarté.

5. L'acte attaqué mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, qu'il s'agisse de l'obligation de quitter le territoire ou de la décision fixant le pays de destination. L'obligation de motivation n'impose par ailleurs pas au préfet de mentionner l'ensemble des éléments qu'il a pris en compte mais seulement ceux sur lesquels il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

6. En l'espèce, le requérant n'établit pas qu'à la suite de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis de la Cour nationale du droit d'asile, il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'il n'aurait pas été en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

7. L'arrêté du 26 mai 2023 a été pris sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". Aux termes de l'article L. 542-1 alinéa 2 du même code : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". La décision de la Cour nationale du droit d'asile concernant M. B ayant été lue le 26 avril 2023 l'intéressé n'avait plus le droit de se maintenir à compter de cette date sur le territoire français. Le moyen tiré de la violation du 4° précité ne peut être qu'écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. En l'espèce, le requérant, entré récemment en France, fait valoir qu'il s'est installé à Marvejols en 2022, et qu'il s'est intégré dans les associations sportives, culturelles et cultuelles de cette commune, qu'il participe à des ateliers d'art-thérapie et a été apprécié lors d'un stage en EHPAD. Il ne justifie par là d'aucune atteinte à sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention ne peut être qu'écarté. De même les circonstances invoquées ne présentent rien d'exceptionnel et ne permettent pas de regarder la décision d'éloignement comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. B ne peut exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". Ce texte fait obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de renvoi ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. En l'espèce le requérant, dont la situation a été examinée très récemment par la Cour nationale du droit d'asile, ne justifie pas qu'il serait exposé au Cameroun, à des traitements inhumains ou dégradants.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 mai 2023 du préfet de la Lozère. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent elles-aussi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : La requête de M. A B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Lozère et à Me Belaïche.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet de la Lozère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2302043

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