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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302090

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302090

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL FAVRE DE THIERRENS BARNOUIN VRIGNAUD MAZARS DRIMARACCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2023 sous le n° 2302090, et des mémoires enregistrés les 22 et 27 juin 2023, M. A B, représenté par Me Joseph, avocat, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision, la suspension de l'exécution du point 5 de la délibération du 23 mai 2023 par lequel le conseil municipal de la commune de Pompignan, suite au courrier de la préfète du Gard du 11 mai 2023, a abaissé à 12,38 % le taux de la taxe d'habitation qui avait été fixé à 12,45 % par la précédente délibération du 11 avril 2023 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Pompignan de produire le courrier de la préfète du Gard du 11 mai 2023 sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pompignan la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

*sa requête est recevable, dès lors que son recours n'est pas prématuré et qu'un recours au fond a bien été déposé ;

*l'urgence est caractérisée compte tenu de l'augmentation significative de la pression fiscale sur les ménages de Pompignan ; à cet égard, la jurisprudence citée par la défense concerne la matière budgétaire, alors que la portée de la délibération attaquée est de nature fiscale et que l'urgence est soulevée à ce titre ;

*des doutes sérieux quant la légalité de la délibération attaquée sont à relever, dès lors qu'elle méconnait les articles L. 2121-10, L. 2121-13, L. 2121-25 L. 2313-1, L. 2313-1-1 du code général des collectivités territoriales, que les motifs du courrier de la préfète du Gard du 11 mai 2023 ont été dissimulés aux conseillers municipaux lors de la séance en litige, que ce manque d'informations a déjà concerné la précédente délibération du conseil municipal qui a voté le budget et les taux d'imposition, que l'article 1636 B sexies du code général des impôts définit les modalités du taux d'imposition des taxes foncières et d'habitation et que c'est l'état 1259 qui aurait dû être discuté par une régularisation homogène intégrale, non les seuls taux d'imposition.

Par des mémoires enregistrés les 16 et 26 juin 2023, la commune de Pompignan, représentée par Me B, avocat, conclut au rejet de la requête et réclame la somme de 2500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en soutenant que :

*la requête est irrecevable, en l'absence de recours au fond et dès lors qu'elle est prématurée car concernant un acte préparatoire ;

*l'urgence n'est caractérisée, ni par le requérant, ni objectivement ; aucune atteinte substantielle sur les finances de la commune n'est établie ; la délibération attaquée abaisse le taux d'imposition en litige de 12,45 % à 12,38 %, en se bornant à tirer les conséquences de la remarque des services de contrôle de la légalité de la préfecture du Gard ;

*aucun moyen soulevé par M. B n'est susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des collectivités territoriales ;

-le code général des impôts ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Brossier, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 27 juin 2023.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

*le rapport de M. Brossier, juge des référés ;

*les observations de Me Joseph, représentant M. B, qui a développé oralement son argumentation écrite, en précisant que :

-il n'entend demander la suspension de l'exécution que du point 5 de la délibération du 23 mai 2023, non des autres points ;

-il abandonne ses conclusions à fin d'injonction, dès lors que la lettre de la préfète du Gard du 11 mai 2023 a été produite ;

-l'urgence est caractérisée par le fait que le taux d'imposition en cause est le taux maximum légalement autorisé ;

*les observations de Me Vrignaud, représentant la commune de Pompignan, qui a développé oralement son argumentation écrite, en précisant que :

-elle abandonne sa fin de non-recevoir tirée de l'absence de recours au fond ;

-lors de la précédente séance du 11 avril 2023, M. B s'était simplement abstenu ; la lettre de la préfète du Gard du 11 mai 2023 étant intervenue après l'envoi des convocations de la séance du 23 mai 2023, tous les conseillers municipaux lors de cette dernière séance, à l'exception de M. B, ont été d'accord pour ne pas reporter le vote à la séance suivante du conseil municipal.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions formées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Il résulte de l'instruction que par délibération du 11 avril 2023, le conseil municipal de Pompignan a fixé à 12,45 % le taux de la taxe d'habitation au titre de l'année 2023. La préfète du Gard, dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle de légalité, ayant indiqué le 11 mai 2023 que ce taux de 12,45 % était illégal car supérieur au taux maximum de 12,38 % et ayant invité le conseil municipal de Pompignan à délibérer à nouveau dans les meilleurs délais, ledit conseil municipal, par le point 5 de sa délibération du 23 mai 2023, a abaissé le taux en cause à 12,38 %. M. B demande la suspension de l'exécution de ce point 5.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte-tenu des circonstances de l'espèce.

4. En invoquant la pression fiscale sur les ménages habitant Pompignan du fait que le taux de 12,38 % de la taxe d'habitation est le taux maximum possible, alors, d'une part, que le taux initial de 12,45 % correspondait à une hausse de 2,5 % seulement, d'autre part, que la réforme de la taxe d'habitation a supprimé ladite taxe pour les résidences principales, M. B ne démontre pas une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, laquelle ne résulte pas davantage de la nature et de la portée de la décision attaquée.

5. Il résulte de ce qui précède que, dans les circonstances de l'espèce, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée du caractère prématuré de la requête.

Sur les conclusions formées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Pompignan, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens exposés par M. B. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 1000 euros au titre des frais non compris dans les dépens exposés par la commune de Pompignan.

ORDONNE :

Article 1er : La requête n° 2302090 de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Pompignan la somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la commune de Pompignan.

Fait à Nîmes le 29 juin 2023.

Le juge des référés,

J.B. BROSSIER

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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