jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2302165 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | TEISSONNIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juin 2023, M. C A, actuellement retenu au centre de rétention de Nîmes, représenté par Me Teissonnière, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et prononcé une interdiction de retour de trois ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
* Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît le principe de non-refoulement consacré par l'article 33 de la convention de Genève ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* sur le pays de destination :
- cette décision est insuffisamment motivée ; le préfet relève par une formule stéréotypée qu'il n'allègue pas encourir de risques contraires à l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'Homme en cas de retour dans son pays d'origine ;
- elle a été prise en violation de l'article L. 721-4 du CESEDA compte tenu des menaces pour sa vie qu'il encourt en cas de retour en Syrie ;
Un mémoire en défense et des pièces complémentaires ont été enregistrés pour le préfet du Var le 15 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Galtier, première conseillère, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience, le 15 juin 2023 à 15h00.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Galtier, magistrate désignée,
- les observations de Me Teissonniere, avocate commis d'office, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens, et les observations complémentaires de M. A, assisté de M. B, interprète en langue arabe, qui s'engage à retourner en Espagne, où sa famille a obtenu la protection subsidiaire en 2017, et alors qu'il justifie de convocations pour lui et sa fille, en juin et juillet 2023, afin de se voir renouveler cette protection par les autorités espagnoles ; il fait valoir que son placement en rétention fait obstacle à ce départ ; il explique que l'incident qui s'est produit le 12 juin 2023 aux abord de l'école de ses filles est justifié par son souhait légitime de les récupérer, compte tenu de ce qu'elles ont été placées à l'aide sociale à l'enfance et qu'il ignore où elles se trouvent ; il indique aussi refuser de retourner en Syrie, pays en guerre où lui et sa famille sont exposés à des risques d'assassinat ;
- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.
Des pièces complémentaires ont été enregistrées le 15 juin 2023 pour M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant syrien né le 1er juillet 1982, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, il résulte tant des termes de la décision litigieuse, dont la motivation comporte les mentions de droit et de fait qui en constituent le fondement, que des pièces du dossier, que le préfet du Var a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A, qui n'a pas indiqué lors de son audition être détenteur de la protection subsidiaire en Espagne, avant d'édicter à son encontre l'obligation de quitter le territoire français contestée.
3. En second lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet de fixer le pays vers lequel l'étranger pourra être reconduit. Par suite, le moyen tiré de la violation du principe de non-refoulement consacré par l'article 33 de la convention de Genève est inopérant.
Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
4. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A, le préfet du Var a estimé qu'il existe un risque de soustraction à la mesure d'éloignement prise à son encontre dès lors que l'intéressé, entré irrégulièrement sur le territoire, n'a pas sollicité de titre de séjour, a manifesté son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français, et ne présentait ni de document d'identité, ni de garanties de représentations suffisante.
5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, ainsi que de l'audition de M. A, que celui-ci a indiqué avoir effectué une demande d'asile dès son arrivée en France, l'arrêté préfectoral mentionnant par ailleurs l'instruction de cette demande par l'OFRPA le 28 avril 2021, puis par la CNDA le 27 septembre 2021, instances qui ont rejeté sa demande sans que les autorités préfectorales n'édictent par la suite un refus de séjour ou une mesure d'éloignement. Pareillement, il ressort des procès-verbaux d'audition que lors de son interpellation à son domicile par les agents de police judiciaire, à la suite d'un signalement pour menaces proférées devant l'école de ses filles le 12 juin au matin, M. A a présenté un passeport syrien valide et attestant de son identité. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. A, connu des services de police pour les seuls faits de violation de domicile et squatte sur la commune de Fréjus par lui et sa famille, à un domicile où les forces de l'ordre n'ont eu aucune difficulté à l'interpeller, a fait l'objet de la présente mesure d'éloignement en raison de menaces et outrages sur personne chargée d'une mission de service public dont il se serait rendu coupable à l'encontre de la directrice de l'école maternelle de Fréjus. Cependant, ce comportement s'inscrit dans un contexte qui s'explique par le placement de ses filles auprès de l'aide sociale à l'enfance le 6 juin dernier, et dont il semble ignorer le déroulé de la procédure ainsi que le lieu où elles sont désormais gardées. Dans ces conditions, eu égard à la situation très particulière de M. A, qui s'est engagé auprès du tribunal à quitter le territoire français afin de renouveler, pour lui et l'ensemble de sa famille, la protection subsidiaire dont ils ont bénéficié en Espagne de juillet 2017 à juillet 2022, le préfet du Var a commis une erreur d'appréciation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire. Il en résulte que M. A est fondé à demander l'annulation de cette décision.
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
7. En l'espèce, l'annulation de la décision privant l'intéressé d'un délai de départ volontaire emporte l'annulation par voie de conséquence de l'interdiction de retour sur le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : : L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ces stipulations et dispositions font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un Etat pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de renvoi ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.
9. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, ainsi que les membres de sa famille, ont bénéficié de la protection subsidiaire accordée par les autorités espagnoles de juillet 2017 à juillet 2022 en raison des risques qu'ils ont exposé courir en cas de retour en Syrie. Dans ces conditions, et compte tenu de ce que le renouvellement de cette protection subsidiaire est en cours d'instruction auprès des autorités espagnoles, et nonobstant la circonstance que le requérant se soit vu définitivement refuser l'asile en France, M. A est fondé à soutenir que, en l'état de l'instruction, la décision qui fixe la Syrie comme pays de destination méconnaît les stipulations de de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner d'autre moyen de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de cette décision.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Var en date du 12 juin 2023 en tant seulement qu'il a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, et a fixé le pays de destination.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 12 juin 2023 par lesquelles le préfet du Var a refusé à M. C A un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans sont annulées.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet du Var, et à Me Teissonnière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
La magistrate désignée,
F. GALTIERLa greffière,
A. NOGUERO
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026