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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302191

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302191

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302191
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantITINERAIRES DROIT PUBLIC CADOZ LACROIX REY VERNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 16 juin 2023, sous le n°2302191, M. B D, représenté par Me C, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a retiré son agrément en qualité d'agent de police municipale et les arrêtés l'autorisant à porter une arme, jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui restituer son agrément et son autorisation de port d'armes ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite ; il est dans l'impossibilité d'obtenir la mutation acceptée par la commune de Beausoleil à compter du 1er juillet 2023 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* la procédure contradictoire n'a pas été respectée dès lors qu'il n'a pas été mis à même de s'expliquer sur plusieurs griefs retenus par la préfète dans sa décision ;

* les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

* les griefs retenus sont entachés d'erreur d'appréciation quant à leur portée fautive ;

* le retrait d'agrément est disproportionné dans le contexte d'une possible mutation dans une autre collectivité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la procédure contradictoire a été respectée ;

- les faits reprochés à M. D sont établis ;

- les faits reprochés à M. D sont bien de nature à remettre en cause la confiance qu'il peut inspirer en qu'agent de police municipale et sont de nature à justifier la décision de retrait de son agrément ;

- la décision n'est pas entachée de détournement de pouvoir.

Par un mémoire en intervention enregistré le 5 juillet 2023, la commune d'Apt, représentée par Me Verne de la SELARL Itinéraires Avocats, demande au tribunal de déclarer recevable son intervention volontaire et à la mise à la charge de M. D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son intervention est recevable ; elle justifie d'un intérêt pour intervenir au soutien de la préfecture dans le cadre de la décision pour laquelle elle a émis un avis favorable au retrait de l'agrément de M. D ;

- l'arrêté a été pris au terme d'une procédure régulière ; le principe du contradictoire a été respecté ;

- les comportements fautifs de M. D sont établis ; M. D ne remplit plus les conditions d'honorabilité exigées par son agrément.

II. Par une requête enregistrée le 21 juin 2023 sous le numéro 2302273, M. B D, représenté par Me C, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 19 juin 2023 par lequel la maire d'Apt l'a radié des cadres, jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Apt de le réintégrer sans délai en qualité de policier municipal ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Apt la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite ; l'urgence est présumée en cas d'exclusion de fonction ;

- sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué les moyens suivants :

* la décision attaquée est entachée de détournement de procédure ;

* par la voie de l'exception, la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision du 12 mai 2023 de la préfète de Vaucluse lui retirant son agrément de policier municipal et ses autorisations de port d'armes en ce que :

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée dès lors qu'il n'a pas été mis à même de s'expliquer sur plusieurs griefs retenus dans la décision ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- les griefs retenus sont entachés d'erreur d'appréciation quant à leur portée fautive ;

- le retrait d'agrément est disproportionné dans le contexte d'une possible mutation dans une autre collectivité.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2023, la commune d'Apt, représentée par Me Verne de la SELARL Itinéraires Avocats, demande au tribunal de rejeter la requête et de mettre à la charge de M. D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ;

- la décision préfectorale de retrait d'agrément de M. D est légale ; la procédure contradictoire a été régulièrement suivie ; les comportements fautifs de M. D sont établis ; M. D ne remplit plus les conditions d'honorabilité exigées par son agrément ;

- la décision n'est pas entachée de détournement de procédure ; l'arrêté prend acte de son retrait d'agrément sur sa situation administrative et statutaire.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- la requête enregistrée le 16 juin 2023 sous le numéro 2302218 tendant à l'annulation de la décision préfectorale du 12 mai 2023 ;

- la requête enregistrée le 21 juin 2023 sous le numéro 2302276 tendant à l'annulation de la décision de la commune d'Apt du 19 juin 2023 ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chamot, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juillet 2023 à 9 heures :

- le rapport de Mme Chamot, juge des référés,

- les observations de Mme C, pour M. D, en présence de M. D, qui a développé oralement son argumentation écrite, en maintenant l'ensemble de ses conclusions et moyens,

- les observations de M. A, représentant la préfète de Vaucluse, qui a développé oralement son argumentation écrite,

- les observations de Me Verne, pour la commune d'Apt, qui a développé oralement son argumentation écrite, en maintenant l'ensemble de ses conclusions et moyens, et intervient au soutien de la préfète de Vaucluse.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 heures 10.

Considérant ce qui suit :

1. Le 16 juin 2008, M. D a été recruté par la commune d'Apt en qualité de gardien de police municipale stagiaire, avant d'être titularisé sur ce même grade le 16 juin 2009. Par arrêté préfectoral du 28 septembre 2009, M. D a été agréé en qualité d'agent de police municipale. Par arrêtés préfectoraux des 16 février 2017 et 29 novembre 2019, M. D a été autorisé à porter une arme. Par courrier du 9 mai 2022, le maire de la commune d'Apt a communiqué au préfet de Vaucluse des informations relatives au comportement de M. D, en estimant que ce dernier ne semblait plus en mesure de présenter les garanties d'honorabilité nécessaires au maintien de son agrément préfectoral d'agent de police municipale dans la mesure où une procédure disciplinaire était engagée à son encontre. Le 4 juillet 2022, la maire a prononcé à l'encontre de M. D une sanction d'exclusion temporaire de fonctions de six mois avec effet au 15 juillet 2022. Par arrêtés des 6 septembre et 30 décembre 2022, la préfète de Vaucluse a retiré l'agrément de M. D en qualité d'agent de police municipale et ses deux autorisations de port d'armes. Par ordonnance du 8 novembre 2022, l'arrêté du 6 septembre 2022 a été suspendu pour insuffisance de motivation jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité. Par un nouvel arrêté du 30 décembre 2022, la préfète de Vaucluse a retiré l'agrément de M. D en qualité d'agent de police municipale et ses deux autorisations de port d'armes. Par voie de conséquence du retrait de son agrément, la maire de la commune d'Apt a décidé de radier des cadres M. D par un arrêté en date du 11 janvier 2023. L'exécution de ces deux arrêtés des 30 décembre 2022 et 11 janvier 2023 a été suspendue par une ordonnance n° 2300044-2300161 du juge des référés du tribunal rendue le 8 février 2023. Par un jugement n° 2202174 du 16 février 2023, le tribunal a rejeté le recours en annulation formé par M. D contre l'arrêté du 4 juillet 2022 portant exclusion temporaire de fonctions pour une durée de six mois.

2. Par un arrêté du 12 mai 2023 prenant effet à compter de sa notification, la préfète de Vaucluse a retiré ses précédents arrêtés des 6 septembre et 30 décembre 2022 et retiré l'agrément de M. D en qualité d'agent de police municipale et les deux arrêtés l'autorisant à porter une arme. Par un arrêté du 19 juin 2023, la maire d'Apt a en conséquence radié M. D des cadres à compter du 1er juillet 2023.

3. Par les requêtes n° 2302191 et 2302273, M. D demande au juge des référés la suspension, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, desdits arrêtés des 12 mai et 19 juin 2023, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité. Ces requêtes présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.

Sur l'intervention de la commune d'Apt dans la requête 2302191 :

4. La commune d'Apt dispose d'un intérêt au maintien de l'arrêté du 12 mai 2023 de la préfète de Vaucluse retirant à M. D son agrément en qualité d'agent de police municipale et de ses deux autorisations de port d'armes, arrêté qui fonde son arrêté de radiation des cadres du 19 juin 2023. Ainsi, son intervention est recevable.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

S'agissant du retrait d'agrément d'agent de police municipale :

6. Aux termes de l'article L. 511-2 du code de la sécurité intérieure : " Les fonctions d'agent de police municipale ne peuvent être exercées que par des fonctionnaires territoriaux recrutés à cet effet dans les conditions fixées par les statuts particuliers prévus à l'article 6 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale (). Ils sont nommés par le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale, agréés par le représentant de l'Etat dans le département et le procureur de la République, puis assermentés. () L'agrément peut être retiré ou suspendu par le représentant de l'Etat ou le procureur de la République après consultation du maire ou du président de l'établissement public de coopération intercommunale. () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 dudit code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. (). ".

7. L'agrément accordé à un policier municipal sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 511-2 du code de la sécurité intérieure peut légalement être retiré lorsque l'agent ne présente plus les garanties d'honorabilité auxquelles est subordonnée la délivrance de l'agrément. L'honorabilité d'un agent de police municipale, nécessaire à l'exercice de ses fonctions, dépend notamment de la confiance qu'il peut inspirer, de sa fiabilité et de son crédit.

8. L'arrêté de la préfète de Vaucluse du 12 mai 2023 a été pris, après réception des observations formulées par le conseil de M. D sur le courrier de communication des griefs du 24 mars 2023 auquel étaient joints le rapport de saisine du conseil de discipline du 23 mars 2022 et ses pièces annexes, ainsi que le rapport du chef de la police municipale du 27 février 2023, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 511-2 du code de la sécurité intérieure. En l'état de l'instruction, aucun des moyens susvisés invoqués par M. D n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité tant externe qu'interne de l'arrêté attaqué.

S'agissant de la décision de radiation des cadres :

9. L'arrêté de la maire d'Apt du 19 juin 2023 radiant M. D des cadres à compter du 1er juillet 2023 a été pris en raison du retrait de son agrément de policier municipal. En l'état de l'instruction, aucun des moyens susvisés invoqués par M. D n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de rechercher si la condition d'urgence est remplie, que les conclusions du requérant fondées sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance:

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à la condamnation de l'Etat et de la commune d'Apt, qui ne sont pas les parties perdantes à la présente instance. Par suite, les conclusions de M. D fondées sur ces dispositions doivent être rejetées.

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées pour la commune d'Apt sur le même fondement dans l'instance n°2302273, ni, en tout état de cause dans l'instance n°2302191 où elle n'a pas la qualité de partie au sens et pour l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'intervention de la commune d'Apt présentée dans l'instance n°2302191 est admise.

Article 2 : Les requêtes n° 2302191 et 2302273 présentées pour M. D sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées pour la commune d'Apt au titre des frais d'instance sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, à la commune d'Apt et à la préfète de Vaucluse.

Fait à Nîmes, le 6 juillet 2023.

La juge des référés,

C. CHAMOT

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2- 2302273

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