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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302233

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302233

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302233
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCHEVENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 16 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Chevenier, demande au tribunal :

- de lui accorder l'aide juridictionnelle ;

- l'annulation de l'arrêté n°84/2023/55 du 12 juin 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi.

Elle soutient que

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision n'est pas légalement motivée ; il n'a pas été procédé à un examen attentif et personnalisé de sa situation ; elle est décrite comme seule ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle est mère d'une enfant née en France ;

- la préf a méconnu le principe des droits de la défense ;

- la décision est prise en violation de d'appréciation et viole l'article 8 de la CEDH, alors que la naissance hors mariage d'un enfant stigmatise l'enfant, sa mère et toute la famille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 juillet 2023 :

- le rapport de M. Abauzit,

- les observations de Me Chevenier pour Mme A B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme A B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

2. Mme A B, ressortissants ivoirienne, née le 12 novembre 1991 à Abobo (Côte d'Ivoire) a déposé le 9 août 2022 une demande d'admission au séjour en qualité de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée le 13 décembre 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par décision du 1er juin 2023. La requérante demande l'annulation de l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel la préfète de Vaucluse refuse son admission au séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixe le pays de renvoi.

3. Par un arrêté du 9 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, la préfète de Vaucluse a accordé à M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture, délégation à l'effet de signer l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

4. Les décisions attaquées mentionnent de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droits qui en constituent le fondement. L'obligation de motivation n'impose par ailleurs pas au préfet de mentionner l'ensemble des éléments qu'il a pris en compte mais seulement ceux sur lesquels il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. Ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision le plaçant en rétention dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

6. Lorsqu'un étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'asile, il ne saurait ignorer, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un tel titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter toutes les précisions qu'il juge utile et il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, de faire valoir toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne leurs décisions, n'impose pas à l'autorité préfectorale de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui fait suite au refus de titre de séjour au titre de l'asile. En l'espèce, la requérante n'établit pas qu'à la suite de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis de la Cour nationale du droit d'asile, elle aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'elle n'aurait pas été en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

7. La mesure d'éloignement a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". En l'espèce Mme B, dont le refus de demande d'asile a été jugé légal par la Cour nationale du droit d'asile, n'avait plus droit au maintien à ce titre sur le territoire français. La décision n'est dès lors pas entachée d'une erreur de droit. Il ne ressort pas par ailleurs des pièces dossier que la préfète de Vaucluse se serait crue liée par la décision de la cour pour prendre la décision d'éloignement, prise à la suite d'un examen particulier et complet de sa situation.

8. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui "

9. Mme B se prévaut de la présence à ses côtés de son enfant née à Paris le 24 août 2021, née hors mariage, ce qui devrait selon elle entraîner la stigmatisation de l'enfant, de la mère et de sa famille. Toutefois l'intéressée, qui en sa qualité de demandeur d'asile déboutée n'a pas vocation à demeurer sur le territoire français ne justifie pas ne pas pouvoir poursuivre sa vie familiale avec sa fille en Côte d'Ivoire, et dans ces conditions le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 doit être écarté. Pour les mêmes motifs soit être écarté le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

10. Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". La décision d'éloignement n'a ni pour objet ni pour effet de séparer l'enfant de sa mère, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 juin 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sur l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : r Mme A B est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la préfète de Vaucluse et à Me Chevenier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2302233

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