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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302264

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302264

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 et 22 juin 2023, M. B A, représenté par Me Carbonnier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 25 mai 2023 par lesquelles la préfète du Gard l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, a prononcé une interdiction de retour d'un an et l'a assigné à résidence ;

2°) d'ordonner le réexamen de sa situation dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à toutes les décisions :

- les décisions attaquées sont entachées de vice d'incompétence ;

- elles ont été prises en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait ;

Sur l'interdiction de retour et l'assignation à résidence :

- ces décisions sont privées de base légale par suite de l'illégalité du refus de délai de départ volontaire, résultant d'une erreur de fait ;

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juin 2023, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Achour, première conseillère.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Achour,

- les observations de Me Carbonnier, représentant M. A,

- la préfète du Gard n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant gambien né le 5 mars 2003, demande l'annulation des décisions du 25 mai 2023 par lesquelles la préfète du Gard l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi, a prononcé une interdiction de retour d'un an et l'a assigné à résidence ;

Sur les conclusions à fins d'annulation :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. Les décisions attaquées ont été signées, pour la préfète du Gard, par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture qui disposait, en vertu d'un arrêté du 11 juillet 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Gard, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit dès lors être écarté.

3. Aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. Pour demander l'annulation des décisions attaquées, qui portent selon lui une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, M. A se prévaut essentiellement de son entrée en France en 2019 et de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance comme mineur isolé. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que des examens médicaux ont remis en cause l'âge allégué en décembre 2019 et que M. A a été reconnu coupable et condamné à raison de faits d'usage de faux documents et d'obtention indue de documents administratifs par jugement du tribunal judiciaire de Perpignan le 2 juillet 2020. M. A a, entretemps, été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du Gard sous réserve de remise en cause de sa minorité le 15 janvier 2020, après s'être soustrait à la mesure d'assignation à résidence prononcée à son encontre par le préfet des Pyrénées-Orientales le 16 décembre 2019. Le procureur de la République a été saisi d'un nouvel usage de faux et d'escroquerie sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale. S'il soutient avoir fait l'objet d'une usurpation d'identité et conteste être l'auteur des délits à l'origine de la condamnation pénale le concernant, aucune des pièces versées au dossier ne permet de l'établir. Il est constant que M. A, qui se prévaut d'un séjour de moins de quatre ans en France, est célibataire sans charge de famille et ne démontre ni son intégration dans la société française ni son absence de liens dans son pays d'origine. Dans les circonstances de l'espèce, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur de fait s'agissant de la fraude mentionnée ni qu'elles auraient été prises en violation de son droit au respect de sa vie privée et familiale.

5. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile est quant à lui inopérant à l'encontre d'une mesure d'éloignement. A supposer que M. A ait ici entendu se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité du refus de séjour qui lui a été opposé, il ne démontre pas avoir sollicité un titre sur ce fondement. Ce moyen doit, dès lors, en tout état de cause, être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour et l'assignation à résidence :

6. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. A n'est pas fondé à soutenir que le refus de délai de départ volontaire qui lui a été opposé est entaché d'illégalité par suite d'une erreur de fait. Dans ces conditions, le requérant ne peut invoquer l'illégalité de cette décision pour soutenir que l'interdiction de retour et l'assignation à résidence qu'il conteste seraient privées de base légale.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète du Gard et à Me Carbonnier.

Lu en audience publique le 27 juin 2023.

La magistrate désignée,

P. ACHOUR

La greffière,

A. NOGUERO

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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