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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302327

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302327

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantPYXIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juin 2023, M. A B, représenté par Me Marcel, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'annulation de l'arrêté du 16 mai 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " dans le délai de 15 jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, subsidiairement, d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de réexaminer sa situation au regard des stipulations de l'accord franco-marocain et au regard des disposition de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du 8ème jour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence, faute d'une justification d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- il n'a pas été procédé à un examen réel et complet de sa demande ;

- en lui opposant le motif qu'il aurait dû formuler sa demande de titre de séjour dans les trois mois suivant son entrée en France, alors qu'il n'a pas demandé son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète a commis une erreur de droit ;

- en ne lui faisant pas application des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain, elle a commis une autre erreur de droit ;

- en lui opposant qu'il n'établit pas sa présence durable depuis la signature de son premier contrat de travail, alors qu'il justifie de la continuité de son séjour hormis de courtes absences, la préfète a commis une erreur de fait ;

- elle a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, dès lors qu'elle a été prise sur le fondement d'une décision de refus de séjour elle-même illégale.

La préfète de Vaucluse n'a pas produit d'écritures en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baccati a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 2 février 1982, a présenté le 18 décembre 2017 une demande d'admission au séjour qui a été classée sans suite le 30 juillet 2019. Le 24 avril 2023, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Il demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 16 mai 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse, qui disposait, aux termes d'un arrêté de la préfète de Vaucluse du 9 décembre 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 14 décembre 2022 accessible tant au juge qu'aux parties, d'une délégation à l'effet de signer, notamment, tous arrêtés ou décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception des arrêtés et décisions de désaffectation des lieux cultuels et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'aurait pas été procédé à un examen réel et complet de sa demande de M. B.

4. En troisième lieu, il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que la préfète de Vaucluse a relevé que M. B était titulaire d'une carte de résident de longue durée-UE délivré par les autorités italiennes. Elle a ensuite examiné d'office la possibilité de l'admettre au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vertu desquelles les étrangers titulaires de cette carte de résident de longue durée-UE peuvent être admis au séjour en France. En se bornant à soutenir que la préfète " n'aurait pas dû appliquer cet article ", M. B n'établit pas qu'en réalisant cet examen, la préfète aurait entaché sa décision d'une erreur de droit.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' () ".

6. M. B fait valoir que la préfète ne lui a pas fait application des stipulations précitées de l'accord franco-marocain. Toutefois, pour le seul motif, en tout état de cause retenu dans l'arrêté attaqué, que l'intéressé ne présentait pas une autorisation de travail, la préfète pouvait à bon droit lui refuser un titre de séjour portant la mention ''salarié''.

7. En cinquième lieu, la préfète a examiné la demande d'admission qui lui était présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. D'une part, la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comporte des orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de prendre des mesures de régularisation des étrangers en situation irrégulière, mesures de faveur au bénéfice desquelles ceux-ci ne peuvent faire valoir aucun droit. M. B ne peut donc utilement s'en prévaloir.

9. D'autre part, ainsi que la préfète l'a relevé dans l'arrêté attaqué, M. B ne fait valoir aucun motif exceptionnel ou considération humanitaire de nature à justifier son admission au séjour sur le fondement des dispositions précitées. Pour ce seul motif, qui n'est pas contesté, la préfète pouvait légalement opposer un refus à l'intéressé. La circonstance, à la supposer établie, que celui-ci n'a quitté le territoire que pour de courtes périodes en 2021 et en 2022 est à cet égard dépourvue d'incidence.

10. Enfin, aucune des circonstances invoquées par M. B, n'est de nature à établir qu'en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de Vaucluse aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

11. En sixième lieu, à supposer établie la continuité de son séjour depuis 2017 et les emplois dont il se prévaut, M. B, qui est âgé de 41 ans et sans charge de famille, ne justifie d'aucune attache personnelle ou familiale en France, ni n'établit être dépourvu de telles attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garantie par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En septième et dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour, présenté au soutien de la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B, et celles présentées à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTILa greffière,

I. MASSOT

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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