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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302362

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302362

mercredi 2 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302362
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 26 juin 2023, M. B D, représenté par Me Gilbert, demande au tribunal:

- son admission à l'aide juridictionnelle provisoire;

- d'annuler l'arrêté n°ASI/84/2023/53 du 2 juin 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;

- d'enjoindre à la préfecture de Vaucluse de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la décision fixant le pays destination, présente une erreur de droit au regard de l'article L.721-4 du CESEDA et une violation de l'article 3 de la CESDH ;

- la préfète s'est estimée à tort en situation de compétence liée par le refus de reconnaissance du statut de réfugié par l'OFPRA et la CNDA pour considérer que le requérant ne présentait pas de risque en cas de retour ;

- l'arrêté est pris en violation de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l'Homme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

A été entendu au cours de l'audience publique du 2 août 2023 :

- le rapport de M. Abauzit.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". En l'espèce, en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

2. M. B D, ressortissant de Sierra Leone, né le 20 novembre 1997 à Freetown (Sierra Leone), a présenté le 9 novembre 2021 une demande d'asile qui a été rejetée le 30 mai 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Le recours contre cette décision a été rejeté par une décision du 16 mai 2023 de la Cour nationale du droit d'asile. A la suite de ce rejet la préfète de Vaucluse a, par arrêté du 2 juin 2023, qui est l'acte attaqué, ordonné à l'intéressé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination.

3. Par un arrêté du 9 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, la préfète de Vaucluse a accordé à M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture, délégation à l'effet de signer l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

4. L'arrêté attaquée mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droits qui en constituent le fondement. L'obligation de motivation n'impose par ailleurs pas au préfet de mentionner l'ensemble des éléments qu'il a pris en compte mais seulement ceux sur lesquels il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté. Il ne ressort pas par ailleurs de la motivation critiquée que la situation de M. D, qui n'a présenté une demande d'admission au séjour que dans le cadre de l'asile, ait fait l'objet d'un examen incomplet.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de Vaucluse ait, pour prendre la décision attaquée, lié illégalement sa compétence aux décisions de l'OFPRA puis de la CNDA.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. En l'espèce le requérant est entré en France récemment, et en sa qualité de demandeur d'asile débouté, il n'avait pas vocation à rester sur le territoire français. Le requérant soutient qu'il vit en couple avec un compatriote depuis presque deux ans et demi, et que son compagnon a obtenu la qualité de réfugié par décision du 22 septembre 2022. Il ne ressort pas toutefois des pièces du dossier, et notamment de l'examen de la décision de la CNDA, que M. C A M. soit le compagnon du requérant. Si le requérant fait valoir qu'en raison de son orientation sexuelle il ne peut retourner en Sierra Leone, et n'y pourra constituer une vie privée et familiales, ses allégations concernant ces risques ont été écartées par la Cour nationale du droit d'asile, au terme d'une argumentation reprenant chacune de ses allégations. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations ne peut être qu'écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants " et aux termes du dernier alinéa de l'article L .721-4 du même code " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ces textes font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de renvoi ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

8. M. D fait valoir qu'en raison de son orientation sexuelle il sera menacé en cas de retour en Sierra Leone, et que son compagnon a bénéficié du droit d'asile. Toutefois sa situation a été examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et très récemment par la Cour nationale du droit d'asile, alors que le requérant se borne à renouveler des allégations et ne justifie par aucun nouvel élément ou document la réalité de risques auxquels il serait exposé personnellement en cas de retour en Sierra Leone. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 et des dispositions de l'article L. 721-4 précités ne peut être qu'écarté de même que le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation commise quant au risque auquel il est exposé.

9. Il résulte de tout ce qui précède, que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 2 juin 2023. Par voie de conséquence ses conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent elles-aussi être écartées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B D est admis à l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : La requête de M. B D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à la préfète de Vaucluse et à Me Gilbert.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2023.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2302362

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