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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302405

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302405

mercredi 2 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP COURRECH & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juin 2023 sous le n° 2302405, et un mémoire en réplique daté du 27 juillet 2023 et enregistré à plusieurs reprises les 30 juillet, 31 juillet, 31 juillet et 1er août 2023, l'association Les Terres du Plan demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté de la préfète de Vaucluse en date du 26 avril 2023 déclarant d'utilité publique le projet d'aménagement d'une zone d'activité en extension de la zone du Plan sur le territoire de la commune d'Entraigues-sur-la-Sorgue.

L'association Les Terres du Plan soutient que :

*elle présente intérêt et capacité à agir ;

*l'urgence est caractérisée ;

*ses moyens sont propres à créer des doutes sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué, en effet :

1)les études préalables, incluant l'étude d'impact, l'avis de la mission régionale de l'agence de l'environnement et le dossier d'enquête publique, sont incomplètes en ce qui concerne :

-l'artificialisation des sols à hauteur de 27 hectares dans un secteur concentré qui a déjà vu disparaître 160 hectares de terres ; la commune d'Entraigues n'est pas la seule concernée par le programme alimentaire territorial (PAT) ;

-l'impact sur l'agriculture locale par perte de 27 hectares de terres agricoles ;

-la perte de 3 hectares subie par une exploitation agricole qui perdra de 100000 euros par an ;

-le risque d'inondations, dans un contexte d'imperméabilisation reconnu, qui est un risque par remontées de nappe et qui est négligé, alors que que le dimensionnement des ouvrages de protection s'appuie sur une occurrence centennale des pluies qui n'est plus valide face à l'accélération des dérèglements climatiques ;

-les mesures ERC (éviter-réduire-compenser) ; d'abord, le porteur du projet n'a pas tenté d'éviter un projet qu'il qualifie de stratégique du point de vue économique et au regard du schéma de cohérence territoriale (SCOT) du bassin de vie d'Avignon, mais le nombre d'emplois créés, invoqués à hauteur de 640, est approximatif et non sérieux ; ensuite, le porteur du projet n'a pas réduit son projet à 24 hectares pour ne pas impacter une exploitation agricole à hauteur de 3 hectares ; enfin, le porteur du projet prévoit une enveloppe pour la compensation agricole de 345800 euros sans autre précision ;

-les éléments d'informations dont il n'est fait état que dans le cadre d'études futures à réaliser, tels l'évaluation environnementale, le risque de remontées de nappe, le trafic routier, le risque de gaz à effet de serre, la gestion des eaux usées et la compensation collective ;

-le commissaire enquêteur a commis une erreur d'interprétation dans les limites de la zone agricole protégée (ZAP) à proximité du projet ;

2)l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en l'absence de référence aux règles du schéma régional d'aménagement et de développement durable du territoire (SRADDET) et aux principes du schéma de cohérence territoriale (SCOT) du bassin de vie d'Avignon ;

3)l'intérêt public de l'opération n'est pas justifié :

-les inconvénients du projet sont d'ordre économique par la perte d'un fort potentiel agronomique de 27 hectares ; ils sont d'ordre social par la perte de 3 hectares exploités ; ils sont d'ordre environnemental au regard des atteintes à la faune et la flore, de l'émission de gaz à effet de serre dans un secteur déjà très pollué, de l'artificialisation des sols et des risques d'inondations par remontées de nappe ; ils sont d'ordre financier par une appréciation sommaire des dépenses de 7793789 euros minimisée car non exhaustive ; au regard du potentiel agronomique fort de la zone visée par le projet, il y a un impact sur l'agriculture locale, notamment pour une exploitation agricole ;

-face à ces inconvénients, le seul argument présenté par le porteur du projet est la création de 680 emplois, mais sur la base d'une évolution démographique surestimée.

Par un mémoire enregistré le 10 juillet 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête, en soutenant que :

*l'urgence n'est pas caractérisée ;

*aucun moyen soulevé par l'association Les Terres du Plan n'est susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Par un mémoire enregistré le 10 juillet 2023, la communauté d'agglomération du Grand Avignon, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête et réclame la somme de 1500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en soutenant que :

*l'urgence n'est pas caractérisée ;

*aucun moyen soulevé par l'association Les Terres du Plan n'est susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;

-le code de l'environnement ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Brossier, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience du 1er août 2023.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

*le rapport de M. Brossier, juge des référés ;

*les observations de Mme B, représentant l'association Les Terres du Plan, qui a développé oralement son argumentation écrite, en maintenant l'ensemble de ses conclusions et moyens, et en précisant que :

-sur les 26 hectares du projet en litige, 16 hectares ont déjà été acquis en réserves foncières et sont en friche ; l'agricultrice directement concernée par l'expropriation pour 3 hectares, pour laquelle la situation d'urgence est caractérisée, est membre de l'association et n'a pas souhaité intenter une action seule, parallèlement à celle de l'association ;

-s'agissant de l'absence d'utilité publique du projet, il est nécessaire de préserver les terres agricoles et à cet égard, le bâti existant susceptible d'accueillir le projet, incluant des locaux construits et vacants comme par exemple à la ZAC de Bedarrides, a été sous-estimé ; l'intérêt général ne consiste pas à artificialiser les sols dans une zone qui a déjà perdu 160 hectares de foncier, mais consiste au contraire à réduire le risque d'inondations et les émissions de gaz carboniques, et à favoriser la biodiversité et une agriculture locale nourrissant la population locale, notamment par un projet alternatif de ferme municipale en régie ; le projet est en réalité un prélude à une extension ultérieure ; il est surprenant de constater que le bureau d'études BRGM a fait deux études, la seconde révisant ses conclusions à la demande de la communauté d'agglomération du Grand Avignon ;

*les observations de M. A, représentant la préfète de Vaucluse, qui a développé oralement son argumentation écrite, en maintenant l'ensemble de ses conclusions et moyens ;

*les observations de Me Marti, représentant la communauté d'agglomération du Grand Avignon, qui a développé oralement son argumentation écrite, en maintenant l'ensemble de ses conclusions et moyens, et en précisant que :

-l'arrêté attaqué se décompose en trois parties divisibles, ce qui interroge sur le critère d'urgence s'agissant de la déclaration d'utilité publique ;

-lors des choix d'opportunité en amont, s'agissant des mesures d'évitement, aucun autre site ne pouvait répondre aux critères retenus, au regard notamment des accès et réseaux, étant précisé que l'ampleur géographique est passée de 126 hectares à 26 hectares ; les enjeux environnementaux ont été pris en compte dans la balance coûts/avantages ; le bureau d'études BRGM n'a pas fait deux études, mais une étude complétant l'étude d'impact.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.L'association Les Terres du Plan demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté de la préfète de Vaucluse en date du 26 avril 2023 déclarant d'utilité publique le projet d'aménagement d'une zone d'activité en extension de la zone du Plan sur le territoire de la commune d'Entraigues-sur-la-Sorgue.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens visés ci-dessus invoqués par l'association Les Terres du Plan, développés dans ses écritures et maintenus à l'audience, tirés de l'incomplétude des études préalables, de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué et de l'absence d'intérêt public de l'opération en cause, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

4. Par suite, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de cet arrêté doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner si les conditions tenant à l'urgence d'une telle mesure sont réunies.

Sur les conclusions formées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association Les Terres du Plan une somme au titre des frais non compris dans les dépens exposés par la communauté d'agglomération du Grand Avignon.

ORDONNE :

Article 1er : La requête n° 2302405 de l'association Les Terres du Plan est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération du Grand Avignon sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Les Terres du Plan, à la préfète de Vaucluse, à la communauté d'agglomération du Grand Avignon, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Fait à Nîmes le 2 août 2023.

Le juge des référés,

J.B. BROSSIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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