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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302497

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302497

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCHABBERT-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Chabbert-Masson, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 13 juin 2023 par laquelle la préfète du Gard a rejeté sa demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cet acte ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui délivrer une autorisation de séjour avec droit au travail dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est présumée en cas de refus de renouvellement de titre de séjour ; en outre, il vit en France depuis plusieurs années, travaille et est père d'un enfant français ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision, les moyens tirés de ce que :

* la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

* elle méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnait les stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2023, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2302501 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bourjade pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 juillet 2023 à 9 h :

- le rapport de Mme Bourjade, juge des référés ;

- les observations de Me Chabbert-Masson, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens ;

- la préfète du Gard n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, né le 16 octobre 1984, entré en France le 6 mars 2016, s'est marié le 18 mars 2017 avec une ressortissante française. A ce titre, il a bénéficié de titres de séjour en qualité de conjoint de français jusqu'au 19 décembre 2020. De ce mariage, est né un enfant le 5 avril 2019. Le 30 novembre 2020, M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par une décision du 29 janvier 2021, la préfète du Gard a refusé l'enregistrement de sa demande. Cette décision a été suspendue par une ordonnance du juge des référés du 28 avril 2021, enjoignant par ailleurs à la préfète du Gard de procéder au réexamen de la situation de M. B et de lui délivrer, dans un délai de cinq jours et dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Par ailleurs, cette décision a été annulée par jugement du tribunal du 8 juillet 2022, assorti d'une injonction à la préfète du Gard de délivrer à M. B un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler et d'instruire sa demande dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement. Ce jugement a été confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Toulouse du 8 décembre 2022. Le 21 janvier 2023, la préfète du Gard a délivré un récépissé de demande de titre de séjour valable 6 mois à M. B. Par décision du 13 juin 2023, la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. M. B demande la suspension de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Toutefois, cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour.

4. En l'espèce, ainsi qu'indiqué au point 1, M. B, titulaire de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en tant que conjoint de français, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 30 novembre 2020 en sa qualité de parent d'un enfant français. La préfète du Gard était donc saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. La préfète ne conteste pas l'urgence. Il s'ensuit que, dès lors qu'il ne ressort des pièces du dossier aucune circonstance de nature à faire échec à la présomption d'urgence en cas de refus de renouvellement de titre de séjour, la condition d'urgence doit être regardée comme établie.

5. En second lieu, en l'état de l'instruction, dès lors que M. B justifie, d'une part, de la nationalité française de son fils par la production de la carte nationale d'identité de l'enfant qui a d'ailleurs été communiquée aux services préfectoraux, et, d'autre part, participer à son entretien et à son éducation, le moyen tiré de la violation de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté.

6. Par suite, les deux conditions requises par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies en l'espèce, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté de la préfète du Gard du 13 juin 2023, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L 511-1 du code de justice administrative : " le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

8. Pour assurer l'exécution de la suspension décidée au point 6, il y a lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, d'enjoindre à la préfète du Gard de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond, et ce dans le délai de 5 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte de 150 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté de la préfète du Gard du 13 juin 2023 est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Gard de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la requête n° 2302501, dans un délai de 5 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte passé ce délai de 150 euros par jour de retard.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de l'Intérieur et des outre-mer et à Me Chabbert-Masson.

Une copie sera adressée à la préfète du Gard.

Fait à Nîmes, le 21 juillet 2023.

La juge des référés,

A. BOURJADE

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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