mercredi 2 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2302545 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | AGUILAR |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2023, Mme A D épouse E représentée par Me Aguilar, demande au tribunal :
- l'annulation de l'arrêté n° 2023-157-004 du 6 juin 2023, par lequel le préfet de la Lozère l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;
- d'ordonner le réexamen de sa situation dans l'attente d'un récépissé dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;
- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1400 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- la motivation est insuffisante et révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et viole l'article 8 de la CEDH .
- la décision est prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision est prise en violation de l'article 3 de la CEDH ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision viole le principe du contradictoire et l'article 3 de la CEDH.
Par un mémoire enregistré le 27 juillet 2023 le préfet de la Lozère conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée, le 7 juillet 2023, M. B C, représenté par Me Aguilar, demande au tribunal :
- d'annuler l'arrêté n° BSU-2023-157-003 du 6 juin 2023 par lequel le préfet de la Lozère l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;
- d'enjoindre à la préfecture de la Lozère un réexamen de sa situation dans l'attente d'un récépissé dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;
- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et ce en renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- la motivation est insuffisante et révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et viole l'article 8 de la CEDH .
- la décision est prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision est prise en violation de l'article 3 de la CEDH ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision viole le principe du contradictoire et l'article 3 de la CEDH.
Par un mémoire enregistré le 27 juillet 2023 le préfet de la Lozère conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 août 2023 :
- le rapport de M. Abauzit,
- les observations de Me Aguilar, pour Mme E et M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
1. Les recours de Mme A A D, épouse E et de son époux M. B C présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme A D, épouse E, née le 12 février 1991, de nationalité russe, est entrée en France munie d'un visa, accompagnée de son époux, M. B C, de même nationalité, né le 26 janvier 1991 et de leurs deux enfants, nés en 2015 et 2019. Ils ont sollicité l'asile le 21 octobre 2019. Par une décision du 26 août 2021 l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté les demandes d'asile et le recours contre ces décisions a été rejeté le 19 mai 2023 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). A la suite de ce rejet le préfet de la Lozère a, par deux arrêtés du 6 juin 2023, qui sont les acte attaqués, ordonné aux intéressés de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination.
3. Les arrêtés en litige ont été signés par Mme Laure Trotin, secrétaire générale de la préfecture de la Lozère, qui a reçu délégation du préfet de la Lozère, par arrêté du 28 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 6 janvier 2023 à l'effet de signer notamment les arrêtés d'obligation de quitter le territoire national et les décisions fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes manque en fait et doit, par suite, être écarté.
4. Chacun des actes attaqués mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, qu'il s'agisse de l'obligation de quitter le territoire ou de la décision fixant le pays de destination, L'obligation de motivation n'impose par ailleurs pas au préfet de mentionner l'ensemble des éléments qu'il a pris en compte mais seulement ceux sur lesquels il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
5. L'obligation de quitter le territoire est fondée sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; "
6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". L'obligation de quitter le territoire attaqué n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner les époux vers un pays où ils pourraient subir des traitements visés par l'article 3 de la convention européenne. Le moyen est inopérant et ne peut être qu'écarté.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. En l'espèce les requérants sont entrés en France en 2019, et en leur qualité de demandeurs d'asile déboutés, ils n'avaient pas vocation à rester sur le territoire français. Les requérants ne justifient pas en quoi ils ne pourraient pas reconstituer hors de France leur vie privée et familiale, avec leurs deux enfants. Il ne ressort pas par ailleurs des pièces du dossier que la mesure d'éloignement soit entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle des requérants, la circonstance que Mme E est enceinte de sept mois pouvant le cas échéant, justifier une demande de délai supplémentaire de départ.
8. Aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Les décisions d'éloignement n'ont pas pour effet de séparer les deux enfants de leurs parents, et leur intérêt supérieur est de suivre leurs parents. Le moyen tiré de la violation de la convention ne peut être qu'écarté.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
9. En l'espèce, les requérants n'établissent pas qu'à la suite de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, puis de la Cour nationale du droit d'asile, ils auraient sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'ils n'auraient pas été en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
10. Mme E,et M. C dont la situation a été examinée très récemment par la Cour nationale du droit d'asile, ne justifient pas qu'ils seraient exposés en Russie à des traitements inhumains ou dégradants.
11. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme E et M. C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués du 6 juin 2023. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent elles-aussi être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2302545 et 2302586 sont jointes.
Article 2 : Les requêtes de Mme A D épouse E et de M. B C sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse E, à M. B C, au préfet de la Lozère et à Me Aguilar.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2023.
Le magistrat désigné,
F. ABAUZIT
La greffière,
E. PAQUIER
La République mande et ordonne au préfet de la Lozère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2302545-20232586
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026