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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302601

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302601

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302601
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantEKOUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2023, complétée par des mémoires enregistrés les 12 septembre et 11 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Ekoue, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n°2023-162-BSE du 10 juillet 2023 par lequel la préfète du Gard a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " passeport talent salarié " ou " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à réexaminer réellement sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour pour le temps de l'instruction du dossier, et cela dans les mêmes conditions et avec la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- c'est à tort que sa demande de titre de séjour " Passeport talent salarié " a été rejetée au motif qu'elle n'a pas produit d'autorisation de travail, alors que ce document n'est pas nécessaire, et alors qu'elle avait versé son contrat de travail au dossier ;

- dès lors que les exigences de l'article L. 422-8 du CESEDA sont remplies en tous points, elle est éligible au titre de séjour " Recherche d'emploi ou création d'entreprise " ; la préfète du Gard a volontairement omis de statuer sur cette demande ;

- elle réside en France depuis 5 ans sans discontinuer ; la durée de son séjour, les diplômes universitaires de haut niveau qu'elle a validés, sa maîtrise de la langue française, sa volonté d'insertion dans la société française, sont autant d'éléments d'affermissement de sa vie privée et familiale ; par suite, la préfète du Gard a procédé à une mauvaise appréciation des dispositions de l'article L. 423-23 du CESEDA pour lui refuser sa demande de titre de séjour, compte tenu de ses liens familiaux en France et de ses efforts d'intégration ; en ne tenant pas compte de l'intensité de la vie privée et familiale de sa vie en France, elle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français et de la fixation du pays de renvoi :

-elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2023, complété par un mémoire enregistré le 19 septembre 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;

- le code de justice administrative.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2023.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Parisien a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante togolaise, est entrée en France munie d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " valable du 29 août 2018 au 29 août 2019. Le 27 août 2019, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour étudiant. Ledit titre a été renouvelé jusqu'au 8 décembre 2022. Le 23 décembre 2022, Mme B a sollicité son chargement de statut par la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle passeport talent mention " salarié qualifié ". Elle indique avoir sollicité parallèlement la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " auprès de la préfecture de la Gironde. Le 10 juillet 2023, la préfète du Gard a rejeté sa demande et pris un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé, pour la préfète du Gard, par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture qui disposait, en vertu d'un arrêté du 25 mai 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Gard, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.

3. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la préfète du Gard, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière du requérant au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, qu'il s'agisse du refus de séjour, de l'obligation de quitter le territoire français ou de la décision fixant le pays de destination. Les moyens tirés d'un défaut de motivation ne peuvent être qu'écartés.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

En ce qui concerne le refus de carte de séjour pluriannuelle passeport talent mention " salarié qualifié " :

4. L'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, soit avoir été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent-chercheur " délivrée sur le fondement de l'article L. 421-14 et avoir achevé ses travaux de recherche, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur () ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 422-11 du même code : " A l'issue de cette période d'un an, l'intéressé pourvu d'un emploi ou d'une promesse d'embauche satisfaisant aux conditions énoncées au 1° de l'article L. 422-10 se voit délivrer () la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " () prévue aux articles L. 421-9, L. 421-10 () sans que lui soit opposable la situation de l'emploi ". Aux termes de l'article L. 421-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité professionnelle salariée et a obtenu, dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national, un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " d'une durée maximale de quatre ans, sous réserve de justifier du respect d'un seuil de rémunération fixé par décret en Conseil d'Etat. Cette carte permet l'exercice de l'activité professionnelle salariée ayant justifié sa délivrance () ". Aux termes de l'article D. 5221-21-1 du code du travail : " Le seuil de rémunération mentionné () à l'article L. 422-11 () est fixé à une fois et demie le montant de la rémunération minimale mensuelle ".

5. Pour rejeter la demande de Mme B, la préfète du Gard a relevé qu'aucune autorisation de travail, ni contrat de travail ou bulletin de salaire n'étaient communiqués, et que les éléments fournis ne justifiaient pas d'une rémunération annuelle brute au moins égale à 2 fois le salaire minimum de croissance annuel. La requérante se prévaut d'un salaire de 1 679 euros brut mensuel pour un travail à mi-temps. Ce salaire mensuel est inférieur au seuil fixé par les dispositions précitées, lesquelles ne prévoient pas de calcul prorata temporis de la rémunération perçue. Pour ce seul motif, la préfète du Gard était en droit de rejeter la demande présentée par Mme B, alors même que les autres documents cités par l'administration n'étaient pas requis pour l'examen de sa demande et que le seuil de rémunération mentionné à l'article L. 422-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est fixé à une fois et demie le montant de la rémunération minimale mensuelle et non à deux fois ce même montant comme l'indique à tort la préfète du Gard. Par conséquent, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle réunissait les conditions requises pour bénéficier du titre sollicité.

En ce qui concerne la vie privée et familiale :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. Les stipulations et dispositions sont par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'administration des justifications de la demande de carte de séjour pluriannuelle passeport talent mention " salarié qualifié " apportées par la requérante. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces stipulations et dispositions et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation pour ce motif est inopérant. Il appartient à Mme B, si elle s'y estime fondée, de solliciter de l'administration une autorisation de séjour en invoquant lesdites stipulations et dispositions. Conseil d'Etat du 7 décembre 1993 n° 117478

En ce qui concerne le refus de carte de séjour pluriannuelle mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " :

8. Il ressort des pièces du dossier que la préfecture du Gard n'a été rendue destinataire que de la demande de titre présentée par Mme B au titre du passeport talent mention " salarié qualifié ". Par conséquent, la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de rejet que lui aurait opposée la préfecture du Gard sur ce fondement, lequel ne ressort pas de l'examen de l'arrêté attaqué. Si la requérante, fait état d'une demande de carte de séjour pluriannuelle mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " présentée devant la préfecture de la Gironde, il lui appartient, si elle s'y croit fondée, de demander au tribunal territorialement compétent l'annulation de la décision implicite de rejet de ladite demande.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus d'admission au séjour étant rejetées, la requérante ne saurait utilement se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour soutenir que les décisions attaquées seraient privées de base légale.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. Mme B soutient qu'elle réside en France depuis 5 ans sans discontinuer. Elle fait valoir la durée de son séjour, les diplômes universitaires de haut niveau qu'elle a validés, sa maîtrise de la langue française, sa volonté d'insertion dans la société française, qui sont selon elles autant d'éléments d'affermissement de sa vie privée et familiale. Toutefois, entrée en France au cours de l'année 2018 et titulaire d'un titre " étudiant " n'ayant pas vocation à ouvrir droit à une installation définitive sur le territoire national, Mme B n'établit pas être isolée dans son pays d'origine. Dans ces conditions, à la date de la décision attaquée et compte tenu des conditions de son séjour, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en lui refusant le droit au séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, la préfète du Gard aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ou aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à contester les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi dont elle a fait l'objet le 10 juillet 2023.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions prises à son encontre le 10 juillet 2023 par la préfète du Gard. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées, ainsi que celles formées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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