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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302656

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302656

mercredi 6 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302656
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantHAMZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 15 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Bataille, demande au tribunal:

- d'annuler l'arrêté n°23121826M du 14 juillet 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et fixe son pays de renvoi ;

- d'enjoindre à la préfecture des Bouches-du-Rhône de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, avec une astreinte de 150 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L.614-16 du CESEDA et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- l'OQTF est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la CESDH ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il aurait dû être remis à l'Espagne en application des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la motivation est insuffisante ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité de l'OQTF ;

Par un mémoire reçu le 21 août 2023 le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 septembre 2023 :

- le rapport de M. Abauzit,

- les observations de Me Hamza, pour M. B et de M. B lui-même.

Des pièces ont été produites en cours d'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 14 juillet 2023, qui est l'acte attaqué, le préfet des Bouches-du-Rhône a obligé M. A B, ressortissant algérien né le 15 juillet 1995 à Bab El Oued (Algérie) à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. L'arrêté a été pris après que M. B eut été interpellé le 13 juillet 2023 pour des faits de violences conjugales, lesquels n'ont pas donné lieu ensuite à une plainte de l'épouse, laquelle a souhaité poursuivre la vie commune.

2. Par un arrêté du 16 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Bouches-du-Rhône du même jour, et accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet a donné délégation à Mme C D, responsable de la section éloignement au bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, à l'effet de signer tous les actes en matière d'éloignement des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

3. La mesure d'éloignement est fondée sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile aux termes desquelles " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que le fondement légal de la mesure d'éloignement du requérant, qui ne peut justifier de son entrée sur le territoire français et qui est dépourvu de titre de séjour soit erroné. M. B soutient que la décision d'éloignement est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il aurait dû faire l'objet d'une remise aux autorités espagnoles en application des articles L. 621-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non d'une obligation de quitter le territoire. Toutefois, s'il soutient venir d'Espagne, et y être en voie de régularisation, M. B n'en justifie pas. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut être qu'écarté.

4. Le requérant se prévaut de l'erreur figurant dans l'arrêté attaqué et le mémoire en réponse de l'administration concernant la date du mariage, laquelle est du 25 juin 2022, et non du 25 juin 2023 comme mentionné à tort. Il ne résulte pas toutefois de l'instruction que cette mention erronée ait été de nature à avoir influé sur la décision attaquée. Le moyen tiré d'une erreur de fait entachant la légalité de la décision doit dès lors être écartée.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". M. B déclare être entré clandestinement en France en 2021, pour se marier avec une ressortissante française connue sur Internet, avec laquelle il s'est marié à Cuges-les-Pins le 25 juin 2022. Il fait valoir qu'il vit depuis avec son épouse et l'enfant de celle-ci, dont il s'occupe activement. Toutefois d'une manière générale, lorsque les autorités se trouvent mises devant le fait accompli, ce n'est que dans des circonstances exceptionnelles que l'éloignement du membre de la famille qui est ressortissant d'un pays tiers peut être jugé incompatible avec les dispositions de l'article 8 (CEDH, 3 oct. 2014, aff. 12738/10, grande ch., Jeunesse c/ Pays-Bas, § 96). En l'espèce la mise devant le fait accompli est patente, en l'absence de demande de titre de séjour, le mariage est récent, le couple n'a pas d'enfant, et l'épouse de M. B ne justifie pas ne pouvoir vivre qu'en France avec son mari. Ainsi, en l'absence de circonstances exceptionnelles M. B ne justifie pas d'une atteinte disproportionnée, par la décision d'éloignement, à son droit au respect de sa vie privée et familiale, par rapport à l'objet de la décision, qui est la lutte contre l'immigration irrégulière. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut être qu'écarté. Doit également être écarté, pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

Sur la décision privant M. B d'un délai de départ :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code " Par dérogation à l'article L. 612-1 du même code, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;/ 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et aux termes de l'article L. 612-3 : Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ". En l'espèce et alors même que M. B dispose d'une résidence, le préfet pouvait se fonder sur le 1° de l'article L. 612-3 précité pour prendre la décision attaquée.

7. M. B fait valoir qu'en application d'une décision du représentant du parquet en date du 14 juillet 2023 il est convoqué avec son épouse le 28 septembre 2023 devant le délégué du procureur de la République au tribunal judiciaire de Marseille en vue de répondre des faits de violences sur la personne de son épouse, ce que selon lui le préfet ne pouvait ignorer lorsqu'il a pris la décision le privant d'un délai de départ. Si cette convocation est de nature le cas échéant à repousser l'exécution de la mesure administrative d'éloignement, elle n'a pas toutefois pour effet de priver le préfet de ses pouvoirs de police des étrangers, et le préfet pouvait se fonder sur les dispositions du 1° précité pour ordonner l'éloignement sans délai de l'intéressé, lequel, s'il souhaite déférer à cette convocation, peut demander à bénéficier d'un délai pour ce faire.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. L'arrêté attaqué vise le texte applicable, à savoir l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et la circonstance que M. B n'allègue pas être exposé à des risques en cas de retour dans son pays d'origine. La décision est dès lors régulièrement motivée.

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination par exception d'illégalité de la mesure d'éloignement sur laquelle elle se fonde.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 juillet 2023 du préfet des Bouches-du-Rhône. Il y a lieu, dès lors, de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que celles présentées à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Hamza.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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