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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302721

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302721

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302721
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantLAURENT-NEYRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juillet 2023, M. C B, représenté par Me Laurent Neyrat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2023 par lequel la préfète du Gard a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour pour une durée de 2 ans ;

2°) d'enjoindre à l'administration, sous astreinte de 100 euros par jour de lui délivrer un titre de séjour portant mention " travailleur temporaire " ;

3°) de condamner l'administration à lui payer la somme de 2 000euros sur le fondement des dispositions l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant du refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'un débat contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant de délivrer un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant de délivrer un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une violation des dispositions de l'article L.612-8 et de l'article L.612-10 du CESEDA.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juin 2023.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Parisien et les observations de Me Laurent-Neyrat qui reprends son argumentation.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais, né le 13 février 2004, expose être entré en France le 25 mai 2021. Le 4 octobre 2021, il a été confié provisoirement aux services de l'aide sociale à l'enfance de Vaucluse, département qu'il a quitté sans qu'aucun jugement en assistance éducative n'ait été prononcé en sa faveur. M. B a sollicité le 2 septembre 2022 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a complété le 16 janvier 2023 sa demande de titre en sollicitant également le bénéfice des dispositions des articles L 421-3 et L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 26 avril 2023, la préfète du Gard a pris à son encontre un arrêté portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire et interdiction de retour de deux ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens de légalité externe communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté en litige a été signé par Mme A D, sous-préfète, secrétaire générale adjointe de la préfecture du Gard, nommée par décret du 24 novembre 2021, qui a reçu délégation de la préfète du Gard par arrêté du 11 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n°30-22-2060 le même jour, à l'effet de signer notamment les arrêtés de refus de séjour, d'obligation de quitter le territoire national et les décisions fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations utiles de fait et de droit qui en constituent le fondement, la préfète du Gard ayant notamment visé les textes dont elle a fait application. Il mentionne notamment les motifs pour lesquels la préfète du Gard estime que sa demande doit être rejetée, au vu notamment du défaut de circonstances humanitaires particulières. L'obligation de motivation n'impose par ailleurs pas le préfet de mentionner l'ensemble des éléments qu'il a pris en compte mais seulement ceux sur lesquels il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation, doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre :

4. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance de Vaucluse le 4 octobre 2021 mais qu'il a quitté le Vaucluse le 6 février 2022, sans qu'aucun jugement en assistance éducative n'ait été prononcé en sa faveur. S'il ressort des précisions apportées par le préfet du Gard qu'il aurait effectué des périodes de stage en entreprise, il ne produit, à l'appui de la promesse d'embauche en qualité d'apprenti boucher établie par la SASU Ethenic market halal, aucun contrat d'apprentissage ni attestation d'entrée en formation. Dans ces conditions, faute, à la date de la décision attaquée, de justifier d'une part de l'existence d'un jugement en assistance éducative et d'autre part suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sa situation n'entre pas dans les prévisions des dispositions précitées. La circonstance qu'il serait titulaire d'un contrat d'apprentissage auprès de l'établissement Barjoe du 1er juillet 2023 au 30 juin 2024, dès lors qu'elle est postérieure à la décision attaquée, est sans influence sur sa légalité. Le moyen correspondant doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 421-3 : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. / Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement. ".

7. Dès lors qu'à la date de la décision attaquée, M. B, qui ne dispose d'aucune autorisation de travail, ne peut justifier de la signature d'un contrat de travail à durée déterminée et que la signature d'un contrat de travail à durée déterminée du 2 mai au 30 juin 2023 et le 27 juin 2023 d'un contrat d'apprentissage auprès de l'établissement Barjoe du 1er juillet 2023 au 30 juin 2024 sont postérieures à l'arrêté litigieux, elles sont sans influence sur sa légalité. Le moyen doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B est au plus tôt présent sur le territoire national depuis le mois de mai 2021. Il ne justifie pas avoir transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. Célibataire et sans enfant, il n'est pas isolé dans son pays d'origine où résident ses parents et sa sœur. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France de l'intéressé, le préfet du Gard n'a pas, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, les moyens tirés de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de M. B.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. L'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas où elle fait notamment suite à un refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour. Par suite, la décision de refus de titre de séjour étant elle-même en l'espèce suffisamment motivée, le moyen tiré du défaut ou de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 10, la mesure d'éloignement de M. B n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. La préfète n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressé. Les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. M. B n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire, le moyen tiré de ces illégalités et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour de 2 ans :

15. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " Aux termes de l'article L. 612-10 du CESEDA : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

16. Il résulte des termes de l'arrêté contesté que pour fixer à deux ans la durée de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, la préfète du Gard a notamment relevé que M. B était entré au plus tôt sur le territoire national depuis le mois de mai 2021, qu'il ne justifiait pas avoir transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France et enfin que célibataire et sans enfant, il n'était pas isolé dans son pays d'origine où résident ses parents et sa sœur. Dans ces conditions, le préfet du Gard n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fixant à une année la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.

17. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 10, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressé. Les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.

18. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

19. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au conseil de M. B.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Laurent-Neyrat et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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