vendredi 1 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2302788 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP BURAVAN DESMETTRE GUIGET FAUPIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juillet 2023, complétée par un mémoire enregistré le 16 octobre 2023, Mme B A C, représentée par Me Faupin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel la préfète du Gard a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer dans le délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des articles L.911-1 et L.911-3 du code de justice administrative, une carte de séjour portant la mention membre de famille d'un citoyen de l'union, d'enjoindre à la Préfète du Gard de lui délivrer dans le délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des articles L.911-1 et L.911-3 du code de justice administrative, une carte de séjour portant la mention vie privée et familiale ;
3°) de condamner le préfet du Gard sur le fondement de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative à lui verser la somme de 1.500 euros.
Elle soutient que l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation et que :
S'agissant de la décision de refus de séjour :
- la préfète du Gard a commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation de sa cliente en violation des dispositions des articles L.200-1 et suivants et L.233-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que sa mère, a déclaré un revenu annuel de 15 866 euros pour l'année 2021, de sorte qu'elle satisfait aux conditions énoncées aux 1° et 2° de l'article L.231-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- en outre, la préfète du Gard a omis d'envisager sa situation au regard des dispositions de l'article L.200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle atteste de liens privés et familiaux durables avec sa mère, ressortissante espagnole demeurant sur le territoire français depuis de nombreuses années ;
- la décision attaquée a été édictée en violation des dispositions des articles L 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en ne tenant pas compte de l'intensité de la vie privée et familiale en France, elle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- l'arrêté préfectoral attaqué porte atteinte aux dispositions de l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant.
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français et de la fixation du pays de renvoi :
-elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2023, complété par un mémoire enregistré le 19 septembre 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Mme A C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2023.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Parisien a été entendu, au cours de l'audience publique ainsi que les observations de Me Hamel substituant Me Faupin.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante équatorienne, est entrée en Espagne le 8 février 2020, munie d'un visa de court séjour Etats Schengen valable 15 jours du 3 février 2020 au 4 mars 2020, accompagnée de ses deux fils, nés en 2007 et 2013. Elle expose être arrivée en France le 12 février 2020. Le 20 avril 2022, elle a sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour en qualité de membre de famille d'un ressortissant de l'Union Européenne en faisant valoir la présence en France de sa mère, ressortissante espagnole, chez qui elle déclarait résider avec ses enfants. Le 26 juin 2023, après examen de la situation de l'intéressée, la préfète du Gard a pris à son encontre un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire. Mme A C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. L'arrêté attaqué a été signé, pour la préfète du Gard, par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture qui disposait, en vertu d'un arrêté du 25 mai 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Gard, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.
3. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la préfète du Gard, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière du requérant au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, qu'il s'agisse du refus de séjour, de l'obligation de quitter le territoire français ou de la décision fixant le pays de destination. Les moyens tirés d'un défaut de motivation ne peuvent être qu'écartés.
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
4. Aux termes de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : ()3° Descendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ; () ". Aux termes de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par étranger entretenant des liens privés et familiaux avec un citoyen de l'Union européenne on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, ne relevant pas de l'article L. 200-4 et qui, sous réserve de l'examen de sa situation personnelle, relève d'une des situations suivantes : 1° Étranger qui est, dans le pays de provenance, membre de famille à charge ou faisant partie du ménage d'un citoyen de l'Union européenne ; 2° Étranger dont le citoyen de l'Union européenne, avec lequel il a un lien de parenté, doit nécessairement et personnellement s'occuper pour des raisons de santé graves ; 3° Étranger qui atteste de liens privés et familiaux durables, autres que matrimoniaux, avec un citoyen de l'Union européenne ".
5. Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". Aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. () Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; () ". Aux termes de l'article L. 233-3 du même code : " Les ressortissants étrangers mentionnés à l'article L. 200-5 peuvent se voir reconnaître le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 233-2 ". Enfin, aux termes de l'article R. 233-1 de ce code : " Les ressortissants qui remplissent les conditions mentionnées à l'article L. 233-1 doivent être munis de leur carte d'identité ou de leur passeport en cours de validité. / L'assurance maladie mentionnée à l'article L. 233-1 doit couvrir les prestations prévues aux articles L. 160-8, L. 160-9 et L. 321-1 du code de la sécurité sociale. / Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262 2 du code de l'action sociale et des familles. / La charge pour le système d'assistance sociale que peut constituer le ressortissant mentionné à l'article L. 233-1 est évaluée en prenant notamment en compte le montant des prestations sociales non contributives qui lui ont été accordées, la durée de ses difficultés et de son séjour ". Aux termes de l'article R. 262 1 du code de l'action sociale et des familles : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262 2 applicable à un foyer composé d'une seule personne est majoré de 50 % lorsque le foyer comporte deux personnes. Ce montant est ensuite majoré de 30 % pour chaque personne supplémentaire présente au foyer et à la charge de l'intéressé. Toutefois, lorsque le foyer comporte plus de deux enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge, à l'exception du conjoint, du partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou du concubin de l'intéressé, la majoration à laquelle ouvre droit chacun de ces enfants ou personnes est portée à 40 % à partir de la troisième personne. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en tant que " parent d'un membre de l'Union européenne ". Ce faisant, elle doit être regardée comme ayant entendu se prévaloir des dispositions des articles L. 200-4 et L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme A C, la préfète du Gard, se plaçant sous l'empire des dispositions des articles L 233-1, L 233-2 et L 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a considéré d'une part que la requérante, bien que descendante d'une ressortissante de l'union européenne, n'était pas à la charge de cette dernière et d'autre part que sa mère ne justifiait pas de ressources suffisantes permettant de subvenir aux besoins de l'ensemble des membres de sa famille. Ce faisant, alors qu'il ressort de ses propres écritures que Mme A C est ouvrière agricole sous couvert de contrats de travail à durée déterminée, il ressort des termes de l'arrêté litigieux que la préfète du Gard a omis d'examiner sa demande d'une part au regard de l'exercice d'une activité professionnelle en France au sens de l'article L 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'autre part sur le fondement de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A C est par conséquent fondée à soutenir que la préfète du Gard a entaché son arrêté d'un défaut d'examen particulier de sa demande. Par conséquent, l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel la préfète du Gard a rejeté la demande de délivrance présentée par Mme A C d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. Le présent jugement, qui annule la décision de la préfète du Gard, eu égard au motif de cette annulation, n'implique pas nécessairement la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressée, mais seulement le réexamen de sa demande. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet du Gard d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer à Mme A C une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Mme A C est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son conseil peut dès lors se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au bénéfice de Me Faupin, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
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D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 26 juin 2023 par lequel la préfète du Gard a rejeté la demande de délivrance présentée par Mme A C d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Gard de réexaminer la demande d'admission au séjour de Mme A C, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer à Mme A C une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation.
Article 3 : L'Etat versera à Me Faupin, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 000 euros, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme Mme A C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C, à Me Daniel Faupin et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Baccati, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.
Le rapporteur,
P. PARISIEN
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026