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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302836

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302836

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302836
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL MAILLOT AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 juillet et 1er décembre 2023, M. E C, M. I J, M. H F, M. B G, représentés par la SCP CGCB et Associés, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2023 par lequel le maire de Nîmes à délivré à la société civile de construction vente (SCCV) Nîmes Télégraphe un permis de construire en vue de l'édification de trente-six logements sur quatre bâtiments en R+1 sur un terrain situé au 2 chemin du Télégraphe, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nîmes et de la société SCCV Nîmes Télégraphe la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ont été méconnues ;

- la prescription relative à l'implantation des constructions au regard de la présence d'une ligne électrique dont est assorti le permis de construire en litige est illégale et est de nature à entraîner l'annulation totale du permis de construire en litige ;

- le maire de Nîmes a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme compte tenu des différents risques identifiés dans le secteur en cause et de leur effet cumulé ;

- le projet litigieux méconnait les articles UD 4 du règlement du plan local d'urbanisme de Nîmes ;

- l'implantation des bâtiments C et D ne respecte pas les prescriptions de l'article UD 7 du règlement du plan local d'urbanisme de Nîmes ;

- la hauteur du bâtiment B ne respecte pas les prescriptions de l'article UD 10 du même règlement,

- le projet litigieux méconnaît le 2 de l'article UD 11 du même règlement relatif aux prescriptions applicables aux toitures ;

- le projet litigieux ne respecte pas l'article UD 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nîmes.

Par des mémoires en défense enregistrés le 2 octobre 2023 et le 6 février 2024, la SCCV Nîmes Télégraphe, représentée par la SCP VPNG, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de chaque requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants n'ont pas intérêt à agir ;

- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 31 janvier et 27 février 2024, la commune de Nîmes, représentée par SELARL Maillot Avocats et associés, conclut au rejet de la requête, ou, subsidiairement, à ce qu'il soit fait application des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction à effet immédiat a été prononcée le 14 mars 2024.

Par lettres du 2 mai 2024, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de mettre en œuvre la procédure prévue par l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et invitées à présenter leurs observations sur ce point.

Les observations présentées en réponse à cette invitation par la société SCCV Nîmes Télégraphe, ont été enregistrées et communiquées le 6 mai 2024, les observations présentées par la commune de Nîmes ont été enregistrées le 6 mai 2024 et communiquées le 7 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hoenen,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Péchon, représentant les requérants, celles de Me Coelo représentant la commune de Nîmes et de Me Bezard, représentant la société Nîmes Télégraphe.

Considérant ce qui suit :

1. La société SCCV Nîmes Télégraphe a déposé, le 22 juillet 2022, une demande de permis de construire, ultérieurement complétée, en vue de l'édification d'un ensemble immobilier comportant trente-six logements ainsi que soixante-quatorze places de stationnement sur un terrain situé 2 chemin du Télégraphe, sur le territoire de la commune de Nîmes, et classé en zone UD du plan local d'urbanisme communal. Par un arrêté du 3 février 2023, le maire de Nîmes a délivré le permis de construire . M. C et autres demandent au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 3 février 2023, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le code de l'urbanisme de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial ou après avoir épuisé les voies de recours contre le permis initial, ainsi devenu définitif, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction ou, lorsque le contentieux porte sur un permis de construire modificatif, des modifications apportées au projet.

4. La présente requête est une requête collective, de sorte que même si l'un des requérants n'a pas intérêt à agir, la demande est recevable si un autre demandeur justifie d'un tel intérêt. Le projet en litige consiste en la construction de quatre bâtiments destinés à accueillir 36 logements. Il ressort des pièces du dossier que M. F résidant au 72, chemin Puech du Teil, M. G, résidant au 62 chemin Puech du Teil et M. J, résidant au 28b chemin Puech du Teil ont des résidences mitoyennes du projet à l'est de ce dernier. Ils sont voisins immédiats du projet et font valoir, qu'eu égard à son importance, ce dernier va générer une augmentation de la circulation à proximité de leurs habitations créant ainsi des nuisances et des risques pour la sécurité et une perte de vue depuis leur propriété. Ainsi, le projet en lige, compte tenu de son importance et de sa localisation, est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leurs biens. Il s'ensuit que la présente requête collective est recevable. Par suite, les fins de non-recevoir opposées par la société pétitionnaire et la commune de Nîmes doivent être écartées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Le premier alinéa de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales dispose que : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". Selon l'article L. 2131-1 de ce dernier code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département (). / Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes () ". L'article L. 2131-2 du même code prévoit que : " Sont soumis aux dispositions de l'article L. 2131-1 les actes suivants : () / 3° Les actes à caractère réglementaire pris par les autorités communales dans tous les autres domaines qui relèvent de leur compétence en application de la loi () ".

6. L'arrêté contesté a été signé, pour le maire de Nîmes, par M. D K, premier adjoint au maire délégué à l'urbanisme. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 8 juillet 2020, lequel a été affiché en mairie, publié au recueil des actes administratifs de la commune du troisième trimestre de l'année 2020 et transmis au représentant de l'Etat le jour de son édiction, le maire de Nîmes a consenti à M. K une délégation de fonctions et de signature en matière d'urbanisme. Cette délégation, qui vise notamment les " actes de construction ", était suffisamment précise et autorisait son bénéficiaire à signer le permis de construire en litige. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire () ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés () ".

8. Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un permis de construire ne peut être délivré lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

9. Par ailleurs, si les dispositions citées ci-dessus de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme n'imposent pas que l'autorité délivrant le permis de construire soit en mesure de fixer la date précise d'achèvement des travaux, l'intention de les réaliser doit pouvoir être établie. Tel peut être le cas si les procédures nécessaires à leur réalisation ont été engagées à la date de délivrance du permis de construire en litige.

10. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'avis émis le 28 septembre 2022 par la société Enedis, que le projet litigieux, qui exige une puissance électrique de 325 kilovoltampères triphasé, rend nécessaire une extension du réseau public de distribution d'électricité, d'une longueur de " 2 x 250 m sur le domaine public ", ainsi que la création d'un poste de distribution sur son terrain d'assiette, la contribution financière à la charge de la collectivité étant évaluée à la somme de 48 126,41 euros hors taxes. Il n'est pas contesté que les travaux ainsi requis entrent, au moins en tant qu'ils portent sur l'extension de ce réseau public, dans le champ d'application de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme. Alors que les requérants soutiennent que l'intention de réaliser ces travaux d'extension n'est pas établie, la commune de Nîmes ne produit aucun élément probant sur ce point. A cet égard, la délivrance du permis de construire en litige, ne saurait suffire, à elle seule, à établir l'intention de réaliser les travaux d'extension en cause. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui a été dit au point précédent, les requérants sont fondés à soutenir qu'en délivrant le permis de construire en litige, le maire de Nîmes a méconnu les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire () ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique () ". L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

12. L'arrêté contesté indique notamment, au titre des prescriptions relatives à ENEDIS, " cette parcelle est surplombée par une ligne électrique aérienne ou traversée par un câble électrique souterrain, les constructions érigées sur ce terrain devront donc respecter les distances règlementaires de sécurité décrites dans l'arrêté technique du 17 mai 2001. Si ces constructions ne pouvaient se trouver à distance règlementaire des ouvrages, alors ceux-ci devront être mis en conformité. "

13. La prescription mentionnée au point précédent pose le principe du respect de distances règlementaires de sécurité en raison de la présence de câbles électriques aériens ou souterrains. Cette prescription ajoute que si ces distances ne peuvent pas être respectées, le constructeur doit prendre contact avec la société ENEDIS pour mettre les ouvrages électriques de cette dernière en conformité. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, en édictant cette prescription, au vu de l'avis d'ENEDIS, le maire de Nîmes ne s'est nullement abstenu de se prononcer sur la conformité du projet aux règles de sécurité. En outre, il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan d'ensemble des réseaux, que le terrain d'assiette du projet n'est pas traversé par le réseau électrique tant aérien que souterrain. La ligne de basse tension est présente sur et sous la voie publique qui longe le terrain d'assiette du projet au nord, à l'est et au sud de celui-ci. Il suit de là que, le moyen tiré de ce que la prescription en cause présenterait un caractère illégal ne saurait être accueilli.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

15. En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

16. Eu égard à l'objet et à la portée des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, pour apprécier si les atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique sont de nature à justifier un refus de permis de construire, l'autorité compétente doit tenir compte, le cas échéant, de l'effet cumulé des différents risques et nuisances auxquels serait exposée la construction projetée, même s'ils ne sont pas directement liés entre eux. Cette exigence s'impose particulièrement dans le cas où la construction est destinée à l'habitation. L'autorité compétente est, sous réserve de ce qui a été dit aux point précédent, fondée à refuser le permis sollicité dès lors que l'addition de ces risques ou nuisances serait de nature à compromettre gravement les conditions et le cadre de vie des futurs occupants quand bien même aucun d'entre eux ne serait de nature, à lui seul, à justifier ce refus.

17. Les requérants soutiennent que le terrain d'assiette du projet en litige serait exposé à un risque de retrait-gonflement des argiles. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que le projet s'implante dans une zone dans laquelle il existe un aléa relatif au retrait-gonflement des argiles, celui-ci est qualifié de faible. Les requérants soutiennent également qu'il existe un risque d'incendie d'autant que le terrain est surplombé par une ligne électrique ou traversée par un câble électrique souterrain. Il ressort des pièces du dossier que la zone dans laquelle se trouve le terrain d'assiette du projet est classée en aléa faible quant au risque d'incendie et il n'est pas établi que ce terrain serait exposé à un risque particulier d'incendie. Comme il a été vu au point 13 la parcelle n'est pas traversée par une ligne électrique qu'elle soit aérienne ou souterraine. En outre, le SDIS a émis un avis favorable au projet. Enfin, si les requérants soutiennent que le terrain d'assiette du projet, qui est desservi par le chemin du télégraphe, est situé à proximité d'un croisement d'ores et déjà saturé et fortement accidentogène, les conditions générales de la circulation dans le secteur concerné ne peuvent, par elles-mêmes, être utilement invoquées pour établir la dangerosité des conditions d'accès et de desserte de l'ensemble immobilier projeté. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le trafic supplémentaire engendré par le projet litigieux sur le chemin du télégraphe ne pourrait être absorbé dans des conditions de sécurité suffisantes, ni que l'accès projeté présenterait une dangerosité particulière en raison de sa localisation sur cette voie fréquentée et à double sens. En effet, l'accès des véhicules au projet s'effectuera en retrait de la voie et présente une largeur permettant aux véhicules, entrant et sortant, de se croiser aisément. Le chemin présente en outre une bonne visibilité. Il convient également de préciser que le chemin du télégraphe qui dessert le projet et le chemin du Puech du Teil sur lequel il débouche présentent des largeurs oscillant entre 8,52 et 10,41 mètres permettant le croisement sans difficulté de véhicules légers et le passage des engins de lutte contre l'incendie et de ramassage des ordures ménagères.

18. Eu égard à ce qui a été dit au point précédent, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'addition des risques et nuisances dont se prévalent les requérants serait de nature à compromettre gravement les conditions et le cadre de vie des futurs occupants de l'ensemble immobilier projeté ou des riverains de celui-ci, il n'apparaît pas que le maire de Nîmes aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en délivrant le permis de construire en litige.

19. En cinquième lieu, aux termes de l'article UD 4 du règlement du plan local d'urbanisme de Nîmes, : " 1. Eau potable () en cas de pression insuffisante dans le réseau public, de consommations importantes ou de débits instantanés élevée ou d'autres contraintes techniques, les constructeurs devront réaliser et entretenir à leur charge sur leur réseau privé, et conformément aux prescriptions imposées par le Service Public d'Eau Potable : / - des installations mécaniques de surpression / - et/ou des réserves particulières d'eau et installations évitant de compromettre le bon fonctionnement des réseaux publics ()".

20. Les requérants produisent, à l'appui de ce moyen, trois attestations de riverains faisant état d'un manque de pression en 2007, trop anciennes pour établir la méconnaissance des dispositions citées au point précédent à la date où l'arrêté attaqué a été pris d'autant que celui-ci est assorti d'une prescription reprenant les dispositions de l'article UD 4 dont les requérants n'invoquent pas l'insuffisance. Ce moyen manque donc en fait et doit être écarté.

21. En sixième lieu, aux termes de l'article UD 7 du règlement du plan local d'urbanisme de Nîmes : " A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite séparative qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à 3 m (trois mètres) () ". Le lexique de ce règlement définit les limites séparatives comme les " limites mitoyennes avec une autre propriété et qui ne sont pas riveraines d'une voie ou d'une emprise publique ".

22. Il ressort des pièces du dossier que le bâtiment C d'une hauteur de 4,02 mètres (91,27 m A au bas de l'acrotère moins 87,25 m A au niveau du terrain) sera implanté, au regard du plan de masse à une distance de 3,07 mètres par rapport à la limite séparative Est. Le bâtiment D d'une hauteur de 4,72 mètres (88,97 m A au bas de l'acrotère moins 84,25 m A au niveau du terrain) sera implanté à une distance minimale de 3,44 mètres par rapport à la limite séparative Est. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 21 ne saurait être accueilli.

23. En septième lieu, aux termes de l'article UD 10 du règlement du plan local d'urbanisme de Nîmes : " Les hauteurs maximales définies correspondent aux distances comprises entre le terrain naturel et l'égout de la toiture ou le bas de l'acrotère à l'aplomb du bâtiment. Le toit, les ouvrages techniques, les cheminées et autres superstructures en sont exclus. Pour l'ensemble de la zone, à l'exception du secteur UDa : la hauteur maximale d'une construction est fixée à 7 m (sept mètres) à l'égout de couverture ".

24. Il ressort des pièces du dossier et notamment des plans de coupe que le bâtiment B, en prenant la hauteur la plus défavorable de 92,57 mètres A au niveau de la toiture terrasse, sera d'une hauteur de 6,79 mètres (92,57 m A moins 87,78 m A) soit une hauteur inférieure à 7 mètres. De sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UD 10 du règlement du PLU ne peut être accueilli.

25. En huitième lieu, aux termes de l'article UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Nîmes : " () 2. Toitures / couvertures. / Afin de s'intégrer dans le site et de respecter les valeurs moyennes généralement rencontrées, les pentes de toitures devront se situer entre 0 (toitures-terrasses) et un maximum de 30 %. () "

26. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux prévoit l'édification de quatre bâtiments en R+1 avec des toitures terrasses ; toitures qui sont autorisées dans le secteur par le règlement du plan local d'urbanisme. Si les requérants soutiennent que ce type de toiture ne s'intègre pas dans le secteur qui comprend essentiellement des toitures en pente, il ressort de la photographie aérienne, présente dans le dossier, que le secteur ne comporte pas exclusivement des villas individuelles avec des toitures à pans recouvertes de tuiles mais également des immeubles collectifs ayant des toitures terrasses. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UD 11 doit être écarté.

27. En neuvième et dernier lieu, aux termes de l'article UD 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nîmes : " () Tout arbres de haute tige abattu doit être remplacé par la plantation d'arbres d'essence et de force équivalentes. () ". Le point 11.4 du préambule du règlement du plan local d'urbanisme définit la " Notion de remplacement d'arbres par des essences équivalentes / La notion d'essence équivalente dans le P.L.U. de la commune est la suivante : () / - les " essences nobles " ne peuvent être remplacées que par des " essences nobles " et autres essences de parc. / Sont considérées comme essences " nobles " : Tilleul, Cèdre, Marronnier, Catalpa, Magnolia, Hêtre, Platane, Tulipier, Chêne, Orme, Charme, Séquoia, Pin. "

28. La notice descriptive jointe au dossier de demande de permis de construire indique que dix-huit arbres de haute tige seront plantés pour remplacer les dix-huit arbres supprimés. Les requérants soutiennent que certains des pins abattus pour la réalisation du projet ne seront pas remplacés par des essences nobles. Il ressort des pièces du dossier et notamment du plan paysager, que quatorze pins seront supprimés et onze ormes, considérés comme des essences nobles au sens des dispositions précitées, seront plantées. La société pétitionnaire prévoit également la plantation de huit micocouliers, or si le micocoulier n'est pas une essence noble, il s'apparente à une essence de parc qui peut remplacer les essences nobles abattus au sens du PLU de la ville de Nîmes. Par suite, les quatorze pins abattus seront remplacés par des essences nobles ou des essences de parc. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UD 13 doit être écarté.

29. Il résulte de tout ce qui précède que M. C et autres sont seulement fondés à soutenir que les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ont été méconnues.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

30. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux () ".

31. Il résulte de ces dispositions que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

32. Le vice relevé ci-dessus, tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, est susceptible d'être régularisé par une mesure de régularisation dont la délivrance n'implique pas d'apporter au projet d'ensemble immobilier en litige un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dans ces conditions, il y a lieu de surseoir à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et d'impartir à la société SCCV Nîmes Télégraphe un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement afin de produire la mesure de régularisation nécessaire.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de M. C et autres, jusqu'à l'expiration d'un délai de deux mois, afin de permettre la régularisation du vice mentionné au point 10 du présent jugement.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, premier dénommé pour l'ensemble des requérants, à la commune de Nîmes, à la société civile de construction vente Nîmes Télégraphe.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

La rapporteure,

A-S. HOENEN

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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