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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2302849

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2302849

mercredi 20 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2302849
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBAZIN CLAUZADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 29 juillet 2023, M. B D, représenté par Me Bazin Clauzade, demande au tribunal :

- son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

- d'annuler l'arrêté n° 23/84/470 du 27 juillet 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et fixe son pays de renvoi ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- la motivation est insuffisante ;

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- il a été porté atteinte aux droits de la défense ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et viole l'article L. 423-3 du CESEDA ; il a rejoint sa sœur en France ; des membres proches de sa famille vivent également en France ; il dispose d'un passeport et de garanties de représentation ; il est pacsé depuis le 21 décembre 2021 avec une ressortissante sénégalaise titulaire d'une carte de résident ;

Sur l'absence de délai de départ volontaire :

- le préfet n'a pas envisagé de circonstances exceptionnelles

- il ne s'est jamais soustrait à une précédente mesure d'éloignement, il n'a jamais eu de réponse à sa demande de titre et n'a jamais été mis comme cela est prévu par le CESEDA d'un récépissé de demande de titre de séjour si bien qu'il pensait légitimement sa demande toujours en cours d'instruction ; il travaille de manière déclarée et sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public, il n'a jamais été condamné pénalement. Il dispose en outre de garanties de représentation en l'occurrence un hébergement stable et pérenne, d'un emploi déclaré ainsi qu'un passeport valide étant ainsi reconnu par les autorités congolaises ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est contraire à l'article 3 de la CEDH et aux dispositions de l'article L. 513-2 du CESEDA ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 septembre 2023 :

- le rapport de M. Abauzit,

- les observations de Me Chafi, substituant Me Bazin Clauzade, pour M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, de prononcer l'admission du requérant à l'aide juridictionnelle provisoire.

2. M. B D né le 3 janvier 1987 à Brazzaville (Congo), de nationalité congolaise, serait entré en France en 2019, selon ses déclarations, en provenance d'Espagne, et il a été interpellé dans le cadre d'une réquisition judiciaire le 27 juillet 2023. Par la présente requête M. D demande l'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français sans délai et fixe le pays de renvoi.

3. L'arrêté en litige a été signé par Mme A C, sous-préfète chargée de mission, en vertu d'une délégation de signature du 9 décembre 2022 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du 14 décembre 2022. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque dès lors en fait et doit être écarté. Doit également être écarté le moyen tiré de ce que la préfète de Vaucluse n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation du requérant.

4. L'arrêté attaqué mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il mentionne notamment les conditions d'entrée et de maintien irréguliers en France, l'absence de résidence effective ou permanente sur le territoire français et le fait qu'il déclare ne pas vouloir regagner son pays d'origine, et s'agissant de la décision fixant le pays de destination que M. D est de nationalité congolaise et qu'il ne justifie pas être exposé à des traitements contraires à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation révélant un défaut d'examen particulier doit donc être écarté.

5. M. D ne présente pas devant le tribunal de céans d'éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration et qui auraient pu influer sur le sens des décisions attaquées. Le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu ne peut dès lors être qu'écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; ". M. D est entré irrégulièrement en France et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour. La préfète de Vaucluse était dès lors fondée, sans commettre d'erreur de droit, à faire application du 1° précité.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. Le requérant soutient que la mesure d'éloignement est contraire aux stipulations et dispositions précitée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il est pacsé depuis 2021 avec une ressortissante sénégalaise titulaire d'une carte de résident, qu'il a rejoint sa sœur en France, que des membres proches de sa famille y vivent également, et qu'il dispose d'un passeport et de garanties de représentation, ainsi que d'un emploi. Il ajoute, s'agissant du refus de délai, qu'il ne s'est jamais soustrait à une précédente mesure d'éloignement, qu'il n'a jamais eu de réponse à sa demande de titre et n'a jamais été muni comme cela est prévu par le CESEDA d'un récépissé de demande de titre de séjour, si bien qu'il pensait légitimement sa demande toujours en cours d'instruction, qu'il travaille de manière déclarée et que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il n'a jamais été condamné pénalement. Toutefois l'intéressé est entré irrégulièrement en France, y est présent de manière irrégulière, y travaille sans autorisation, ne justifie pas ne pas pouvoir poursuivre sa vie privée et familiale avec sa compagne qu'en France, et ne peut se prévaloir d'une demande de régularisation faite en 2021 et de la présence d'une sœur, en l'absence de droit à régularisation, d'autant que les circonstances qu'il invoque ne sont pas exceptionnelles. Le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation ne peut être qu'écarté, de même que le moyen tiré d'une violation de son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne et de l'article L. 423-3 précité.

Sur la décision de refus de délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;/8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ". Le préfet pouvait fonder légalement sa décision de priver l'intéressé d'un délai de départ sur les dispositions précitées, l'intéressé ayant déclaré explicitement son intention de ne pas quitter le territoire français, s'étant soustrait à une obligation de quitter le territoire en date du 19 avril 2021 et ne pouvant justifier d'un domicile au sens du 8°. La décision n'est dès lors pas entachée d'une erreur de droit.

Sur la décision désignant le pays de retour :

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants " et aux termes du dernier alinéa de l'article L .721-4 du même code " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ces textes font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de renvoi ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. En l'espèce M. D ne justifie par aucun élément ou document la réalité de risques auxquels il serait exposé en cas de retour au Congo. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne et des dispositions de l'article L. 721-4 précités ne peut être qu'écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2023 de la préfète de Vaucluse. Il y a lieu, dès lors, de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1erer : M. B D est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à la préfète de Vaucluse et à Me Bazin Clauzade.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2302849

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