jeudi 7 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2303076 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | GATHELIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 août 2023, la préfète de Vaucluse demande au juge des référés :
1°) d'ordonner à Mme C B, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de libérer sans délai le logement qu' elle occupe irrégulièrement au centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile géré par l'association "l'Entraide Pierre Valdo" ;
2°) de l'autoriser, en tant que besoin, à procéder à l'expulsion de Mme B avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme B à défaut de les avoir emportés.
La préfète de Vaucluse soutient que :
- le juge administratif est compétent pour prononcer la mesure demandée, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa requête est recevable ;
- l'urgence et l'utilité de la mesure sollicitée sont caractérisées par l'atteinte au bon fonctionnement du service public d'accueil des demandeurs d'asiles, le dispositif en place étant saturé et n'autorisant plus l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile ;
- le maintien illégal dans les lieux ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que Mme B s'est vue refuser le bénéfice du droit d'asile par décision de la cour nationale du droit d'asile du 7 juillet 2022, et qu'une mise en demeure de quitter les lieux lui a été adressée le 6 juillet 2023 ; le dispositif d'accueil est saturé.
Par un mémoire enregistré le 4 septembre 2023, Mme C B, représentée par Me Gathelier, avocat :
1°) demande son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) à titre principal, conclut au rejet de la requête ;
3°) à titre subsidiaire, demande au juge des référés d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui proposer, dans un délai de deux mois, un logement adapté à sa situation et de surseoir à l'évacuation forcée des lieux jusqu'à ce qu'elle soit prise en charge au sein d'un hébergement stable et adapté à ses besoins.
Mme B soutient que :
- la requête de la préfète doit être rejetée dès lors qu'aucune solution de relogement ne lui a été proposée malgré ses contacts quotidiens avec le SIAO 115 ;
- l'expulsion et l'absence de relogement sont contraires aux articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;
- l'expulsion et l'absence de relogement sont contraires à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant compte tenu du droit de visite à son fils reconnu par un jugement en assistance éducative, et exercé trois fois par semaine ;
- sa situation de précarité et de vulnérabilité justifie que soit trouvée une solution avant sa sortie d'HUDA ; un sursis à expulsion doit être prononcé en vertu de l'article L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme ;
- la convention internationale de sauvegarde des droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Chamot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique du 5 septembre 2023.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
*le rapport de Mme Chamot, juge des référés ;
* la préfète de Vaucluse n'étant ni présente ni représentée ;
* les observations de Me Gathelier, représentant Mme B, présente, qui reprend l'ensemble de ses conclusions et moyens, en insistant sur l'absence de solution de relogement à la sortie du centre d'hébergement d'urgence et précise que Mme B a contacté le 17 juillet 2023 le secrétariat de la commission DALO dans le but d'obtenir un hébergement et reste dans l'attente d'une réponse ; elle ajoute qu'elle exerce de façon reconnue comme satisfaisante son droit de visite en recevant son enfant A tous les week-end au centre d'hébergement d'urgence et qu'elle y est même autorisée sur des journées supplémentaires en cas d'absence de l'assistante familiale ; en tant que femme isolée nigériane, l'absence de solution de relogement l'expose particulièrement à un risque d'exploitation par des réseaux.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête susvisée, il y a lieu d'admettre Mme B à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions de la préfète de Vaucluse formées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
3. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. Par ailleurs, en vertu de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles il est mis en place dans chaque département, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Et selon l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".
5. Il résulte des dispositions citées au point 3 que, saisi par la préfète d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité. Cette procédure d'évacuation d'un hébergement dédié aux demandeurs d'asile est indépendante de la procédure d'hébergement d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 345-2 et suivants du code de l'action sociale et des familles citées au point 4.
6. Mme B, de nationalité nigériane, a sollicité en France le statut de réfugié et a bénéficié à ce titre d'un hébergement au centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile géré par l'association "l'Entraide Pierre Valdo" (33 avenue Eisenhower en D), à compter du 8 juillet 202 . Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 18 février 2022. Par une décision du 7 juillet 2022, la cour nationale des demandeurs d'asile a rejeté le recours introduit par Mme B contre ce refus. Mme B n'a pas obtempéré à la mise en demeure du 3 avril 2023, notifiée le 6 juillet 2023, l'informant de l'obligation de quitter les lieux dans un délai de quinze jours. Par suite, Mme B se maintient dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. A cet égard, Mme B n'invoque pas utilement un droit au maintien dans les lieux sur le fondement de l'article L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles qui ferait obstacle à l'expulsion ou justifierait de surseoir à son exécution forcée. La mesure d'expulsion sollicitée ne se heurte donc à aucune contestation sérieuse.
7. Le maintien indu en centre d'accueil d'une personne dont la demande d'asile a été définitivement rejetée participe à la saturation des dispositifs d'accueil dans le département, compromettant ainsi le fonctionnement normal de ces dispositifs et par suite la prise en charge des demandeurs d'asile en droit d'en bénéficier. La libération des lieux par Mme B présente ainsi, eu égard aux besoins d'accueil de ces demandeurs et au nombre, non contesté, de places disponibles pour cet accueil dans le département de Vaucluse, un caractère d'urgence et d'utilité.
8. Ce caractère d'urgence et d'utilité n'est remis en cause ni par le fait que Mme B est mère d'un enfant né en 2020 faisant l'objet d'une mesure de placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance avec droit de visite et hébergement de la mère, ni par la circonstance, pour digne de considération qu'elle soit, que sa situation de jeune ressortissante nigériane isolée l'expose au risque d'être confrontée aux réseaux de prostitution et à la précarité. En l'état de l'instruction, la requérante ne fait par suite valoir aucune circonstance exceptionnelle faisant obstacle à la reconnaissance d'une urgence et d'une utilité à libérer les lieux.
9. Toutefois, compte tenu de l'exercice effectif par Mme B de son droit de visite et d'hébergement de son enfant âgé de trois ans, renouvelé par le jugement en assistance éducative du tribunal pour enfants D du 22 juin 2023, et en l'absence de solution de relogement immédiate, il y a lieu de différer la mesure d'expulsion, qui n'est par elle-même contraire ni aux articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme ni à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Il y a ainsi lieu d'enjoindre à Mme B de quitter le logement qu'elle occupe au sein du dispositif d'hébergement d'urgence en D dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En l'absence de départ volontaire à l'expiration de ce délai, la préfète de Vaucluse est autorisée à procéder à l'évacuation forcée des lieux, si nécessaire avec le concours de la force publique. La préfète de Vaucluse pourra également donner les instructions utiles au gestionnaire de l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile afin de libérer les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de l'intéressée, à défaut pour elle de les avoir emportés.
Sur les conclusions reconventionnelles présentées en défense :
10. Si Mme B estime être susceptible de relever de l'hébergement d'urgence de droit commun tel qu'il est organisé par les dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, il lui appartient de mettre en œuvre ces dispositions, sans que son relogement effectif ne puisse conditionner l'exécution de la mesure d'expulsion sollicitée par l'Etat sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les conclusions de Mme B tendant à ce qu'il soit enjoint à l'Etat de lui proposer un logement adapté à sa situation dans le délai qui lui est laissé pour procéder à l'évacuation des lieux ne peuvent, dès lors, et en tout état de cause, qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à Mme B de libérer le logement qu'elle occupe au centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile géré par l'association "l'Entraide Pierre Valdo", dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : En l'absence de départ volontaire à l'expiration du délai fixé à l'article 2, la préfète de Vaucluse pourra procéder à l'évacuation forcée des lieux, avec le concours de la force publique, et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux aux frais et risques de l'intéressée.
Article 4 : Les conclusions reconventionnelles de Mme B sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et à Mme C B.
Copie en sera adressée à la préfète de Vaucluse et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Nîmes le 7 septembre 2023.
La juge des référés,
C. CHAMOT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2303076
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026