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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2303204

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2303204

mardi 12 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2303204
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCAGNON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2023, M. C D et Mme E A, représentés par Me Cagnon, demandent au juge des référés :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension des arrêtés de la préfète du Gard du 7 août 2023 refusant de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour mention " bénéficiaire de la protection temporaire " et retirant implicitement les autorisations du 3 août 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, à payer à Me Grégory Cagnon la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à la part contributive de l'Etat.

Ils soutiennent que :

-la condition tenant à l'urgence à suspendre les décisions est remplie dès lors que les requérants sont en situation de renouvellement de titre et bénéficient de la présomption d'urgence et que les décisions les privent de séjours réguliers et de la possibilité pour M. D de poursuivre son activité libérale d'architecture.

-la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions est remplie dès lors que :

* les décisions contestées ont procédé au retrait des autorisations délivrées le 3 août 2023 sans qu'une procédure contradictoire ait été suivie en méconnaissance des articles L.242-1, L.121-1 et L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

* elles sont entachées d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;

*elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la protection temporaire est toujours effective et qu'ils ne disposent pas d'un droit au séjour au Canada mais d'un simple visa pour s'y rendre.

Le préfet du Gard a produit le 11 septembre 2023 les fiches AGDREF des requérants dont il résulte que des autorisations provisoires de séjour ont été délivrées aux requérants pour la période du 18 avril 2023 pour ce qui concerne M. D au 17 octobre 2023 et du 3 août 2023 au 2 novembre 2023 pour ce qui concerne Mme A.

Vu :

- la requête, enregistrée le 30 août 2023 sous le n° 2303211, par laquelle M. D et Mme A demandent l'annulation des décisions contestées.

- La décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B comme juge des référés ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 12 septembre 2023 à 10h00 tenue en présence de Mme Paquier, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu les observations de Me Cagnon pour M. D et Mme A qui renvoie aux conclusions et moyens de sa requête et ajoute que les refus de titre dont il demande la suspension constituent des retraits des autorisations provisoires de séjour que le préfet ne conteste pas avoir délivrés malgré les erreurs de date portées sur le document émis par la préfecture, les autorisations étant valables du 3 août 2023 au 2 novembre 2023 ; il rappelle que les précédents refus de titre opposés aux requérants ont été suspendus par le juge des référés, que la condition d'urgence est toujours remplie ; qu'outre le moyen tiré du vice de procédure qu'il soulève à l'encontre des décisions en litige dès lors qu'elles procèdent au retrait des autorisations provisoire de séjour sans que la procédure contradictoire n'ait été mise en œuvre, la préfecture a fait fit de l'erreur de droit déjà retenue par le juge des référés.

Le préfet du Gard n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D et Mme A demandent sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l'exécution des arrêtés de la préfète du Gard du 7 août 2023 refusant de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour mention " bénéficiaire de la protection temporaire " et retirant implicitement les autorisations du 3 août 2023.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande de M. D et Mme A, de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

5. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. M. D et Mme A, ressortissants ukrainiens sont titulaires d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler délivrée le 3 août 2023, valable jusqu'au 2 novembre 2023 et produites à l'instance. Par deux arrêtés du 7 août 2023, la préfète du Gard a refusé à M. D et à Mme A de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour mention " bénéficiaire de la protection temporaire ", elle doit être regardé comme ayant retiré les autorisations provisoires délivrées le 3 août 2023. Par suite et en l'absence de tout motif d'intérêt général qui s'y opposerait, la condition d'urgence qui est présumée, doit être regardée comme étant remplie pour statuer sur les conclusions tendant à la suspension de ces arrêtés.

7. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que les décisions contestées ont procédé au retrait des autorisations délivrées le 3 août 2023 sans qu'une procédure contradictoire ait été suivie en méconnaissance des articles L.242-1, L.121-1 et L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration, de ce qu'elles sont entachées d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile et de ce qu'elles entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation des requérants sont propres à faire naître un doute sérieux sur la légalité des arrêtés contestés.

8. Par suite, les deux conditions requises par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies en l'espèce, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution des arrêtés du 7 août 2023 par lesquelles la préfète du Gard a refusé d'accorder à M. D et à Mme A le bénéfice de la protection temporaire et de leur délivrer l'autorisation provisoire de séjour correspondante, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Cagnon, avocat de M. D et Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de ses clients à l'aide juridictionnelle, de faire application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cagnon de la somme de 1 000 euros. Dans le cas d'un refus définitif d'admission à l'aide juridictionnelle de l'intéressé, l'Etat versera cette somme à M. D et à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D et Mme A sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution des arrêtés du 7 août 2023 par lesquels la préfète du Gard a refusé de leur accorder le bénéfice de la protection temporaire et de leur délivrer l'autorisation provisoire de séjour correspondante est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur les conclusions de la requête au fond présentées par les intéressés.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. D et de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Cagnon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive, l'Etat versera à Me Cagnon la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Cette somme sera versée à M. D et à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cas d'un refus définitif d'admission à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, à Mme E A, au ministre de l'intérieur et à Me Cagnon.

Une copie sera adressée au préfet du Gard.

Fait à Nîmes, le 12 septembre 2023.

La juge des référés,

C. B

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

2303204

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