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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2303252

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2303252

jeudi 7 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2303252
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCHABBERT-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er septembre 2023, M. C B, représenté par Me Chabbert-Masson, demande au Tribunal :

- son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

- l'annulation des arrêtés n°2023-242-001 et n° 2023-242-002 du 30 août 2023 par lequel le préfet de la Lozère lui refuse le droit au séjour, l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et l'assigne à résidence ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour

- la décision est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est également insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 3 de la convention de New-York sur les droits de l'enfant et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; en effet, il est père d'un enfant français et vit en concubinage avec la mère de son enfant ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la Convention de New York ; en effet, il est père d'un enfant français et vit en concubinage avec la mère de son enfant ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle est entachée de détournement de pouvoir eu égard à l'erreur d'adresse de notification de la décision ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit compte tenu de sa situation familiale ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2023, le préfet de la Lozère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de New-York sur les droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Parisien en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Parisien,

- les observations de Me Chabbert-Masson pour M. B.

Me Chabbert-Masson demande en outre que M. B soit muni d'une autorisation provisoire de séjour en conséquence de l'annulation de la décision attaquée.

Elle soutient que M. B est impliqué dans l'éducation et l'entretien de son enfant, ce que confirme Mme D, la mère de A, ressortissante française, présente à l'audience. M. B et Mme D soulignent l'intensité de leurs liens et la reprise de leur vie commune, interrompue par la période d'incarcération de M. B, afin de reconstituer leur cellule familiale. Mme D affirme avoir très souvent rendu visite à son compagnon en prison, accompagnée de son fils, et exprime la nécessité que M. B demeure en France afin de l'assister dans l'éducation de l'enfant A, notamment grâce aux revenus de l'emploi qui lui a été promis.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 1er octobre 1991, a fait l'objet de décisions datées du 30 août 2023, par lesquelles le préfet de la Lozère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Il demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.

Sur l'étendue du litige :

4. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-3 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, qu'en cas d'assignation à résidence du requérant, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, et assignant à résidence, dont il pourrait être saisi. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au séjour.

5. Dès lors, la formation collégiale du tribunal reste cependant saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et des conclusions accessoires à celle-ci, ainsi que des conclusions relatives aux frais de l'instance. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions présentées en ce sens par M. B.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. M. B soutient qu'il est impliqué dans l'éducation de son fils A, né le 7 octobre 2022, de nationalité française et qu'il a la volonté de contribuer à son entretien, ses propos ayant été confirmés par Mme D, présente à l'audience. Il produit deux attestations des parents de sa compagne qui témoignent de son implication familiale et de son attachement à son fils, cette implication ayant perduré malgré son incarcération du 19 août 2022 au 2 septembre 2023. Sa compagne, présente à l'audience, confirme l'intensité des liens unissant A à son père, et affirme avoir rendu visite avec son enfant aussi souvent que possible à son compagnon lorsqu'il était incarcéré, ce qui est confirmé par le relevé des parloirs produit à l'instance, afin de consolider leurs liens personnels et familiaux. M. B se prévaut également d'une promesse d'embauche en qualité de couvreur datée du 5 septembre 2023 et de la nécessité de son maintien sur le territoire pour participer à l'éducation de l'enfant A et soutenir sa compagne. Dans ces circonstances, alors même que M. B a été condamné les 23 mars 2021 et 19 août 2022 pour des faits qu'il regrette, au regard de la réalité et de l'importance de sa présence aux côtés de son enfant, le préfet de la Lozère, en l'obligeant à quitter le territoire français, a méconnu les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée pour ce motif.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant assignation à résidence :

8. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision portant assignation à résidence doit être annulée.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

9. Ainsi qu'il a été dit au point 4, il n'appartient pas au magistrat désigné de se prononcer sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour. En revanche, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, lorsqu'une obligation de quitter le territoire est annulée, l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas et il est mis fin aux mesures de surveillance prévues notamment à l'article L. 731-1 du même code. Ainsi, le présent jugement implique que le préfet de la Lozère délivre une autorisation provisoire de séjour à M. B jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur sa situation. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Lozère de délivrer cette autorisation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

D É C I D E :

Article 1er: M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 30 août 2023 par laquelle le préfet de la Lozère a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B ainsi que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 y afférentes, sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal administratif de Nîmes.

Article 3 : L'arrêté du 30 août 2023 est annulé en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai.

Article 4 : L'arrêté du 30 août 2023 portant assignation à résidence dans le département de la Lozère pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.

Article 5 : Il est enjoint au préfet de la Lozère d'accorder une autorisation provisoire de séjour à M. B dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Lozère.

Le magistrat désigné,

P. PARISIEN

Le greffier,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet de la Lozère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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