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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2303412

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2303412

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2303412
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPôle contentieux sociaux
Avocat requérantTONIAZZO

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 septembre 2023 et le 28 juillet 2024 sous le n° 2303412, Mme C E B, représentée par Me Toniazzo Elodie, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 13 juin 2023 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Nîmes 7 collines a mis à sa charge un indu d'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 5 570,12 euros, au titre de la période de décembre 2021 à mars 2023 ;

2°) d'enjoindre à France travail de l'inscrire rétroactivement sur la liste des demandeurs d'emploi à compter du 1er septembre 2023, sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à cette même autorité de la rétablir dans ses droits à compter du 1er septembre 2023, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

4°) de condamner France travail à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subis ;

5°) de mettre à la charge de France travail la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son activité non salariée n'a pas généré des revenus suffisants pour qu'elle puisse en vivre ;

- elle avait le droit de cumuler l'allocation d'aide au retour à l'emploi et l'allocation de solidarité spécifique pendant un an ainsi que l'allocation de solidarité spécifique avec ses revenus ;

- la décision attaquée ne comporte pas le nom, le prénom et la signature de son auteur en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- France travail a méconnu les dispositions de l'article R. 5312-47 du code du travail et de l'article L. 213-11 du code de justice administrative ;

- France travail disposait de tous les éléments nécessaires pour étudier sa situation et ses droits à l'allocation de solidarité spécifique ;

- France travail ne lui a pas indiqué que la transmission du justificatif de l'immatriculation de sa société était impérative et ne l'a pas informée des conséquences qui découleraient de cette absence de transmission ;

- France travail lui a causé un préjudice dès lors qu'elle ne l'a pas conseillée correctement dans le cadre de la création de son entreprise.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 14 décembre 2023 et le 2 août 2024, France travail conclut au rejet de la requête de Mme E B.

Il soutient que :

- la requête de Mme B est tardive ;

- les conclusions indemnitaires de la requête de Mme E B sont irrecevables en l'absence de liaison du contentieux ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 octobre 2023 et le 28 juillet 2024 sous le n° 2303974, Mme C E B, représentée par la Me Toniazzo Elodie, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 13 juin 2023 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Nîmes 7 collines a mis à sa charge un indu d'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 5 570,12 euros, au titre de la période de décembre 2021 à mars 2023 ;

2°) d'enjoindre à France travail de l'inscrire rétroactivement sur la liste des demandeurs d'emploi à compter du 1er septembre 2023, sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de la rétablir dans ses droits à compter du 1er septembre 2023, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

4°) de condamner France travail à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi ;

5°) de mettre à la charge de France travail la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a pas eu d'employeur du mois de mars 2022 au mois de mars 2023 ;

- on ne saurait lui reprocher de ne pas avoir déclaré la création de son entreprise dès lors qu'elle a été créée avec l'aide de pôle emploi ;

- elle est dans une situation financière précaire qui ne lui permet pas de rembourser sa dette ;

- elle est de bonne foi ;

- la décision attaquée ne comporte pas le nom, le prénom et la signature de son auteur en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- France travail a méconnu les dispositions de l'article R. 5312-47 du code du travail et de l'article L. 213-11 du code de justice administrative ;

- France travail disposait de tous les éléments nécessaires pour étudier sa situation et ses droits à l'allocation de solidarité spécifique ;

- elle avait le droit de cumuler l'allocation de solidarité spécifique avec ses revenus ;

- France travail ne lui a pas indiqué que la transmission du justificatif de l'immatriculation de sa société était impérative et ne l'a pas informée des conséquences qui découleraient de cette absence de transmission ;

- France travail lui a causé un préjudice dès lors qu'elle n'a pas été correctement conseillée dans le cadre de la création de son entreprise.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 14 décembre 2023 et le 2 août 2024, France travail conclut au rejet de la requête de Mme E B.

Il soutient que :

- la requête de Mme B est tardive ;

- les conclusions indemnitaires de la requête de Mme E B sont irrecevables en l'absence de liaison du contentieux ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, le 3 septembre 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tenant à l'irrecevabilité des moyens tirés de ce que la décision attaquée ne comporterait pas le nom, le prénom et la signature de son auteur en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et serait insuffisamment motivée, lesquels, en tant qu'ils sont relatifs à la régularité de la décision attaquée, relèvent d'une cause juridique distincte de ceux soulevés avant l'expiration du délai de recours, ayant trait uniquement au bien-fondé de la décision litigieuse.

Par une décision du 26 mars 2024, Mme E B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, et le rapport de M. D a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. La requête enregistrée sous le n° 2303412 constitue en réalité le double de la requête enregistrée sous le n° 2303974 sur laquelle il est statué par le présent jugement. Cette requête doit donc être rayée du registre du greffe du tribunal.

2. Mme E B est régulièrement inscrite sur la liste des demandeurs d'emploi depuis le 8 mai 2021 et a bénéficié de l'allocation de solidarité spécifique à compter du 11 décembre 2021. Par une décision du 13 juin 2023, dont Mme E B sollicite l'annulation, Pôle emploi a mis à la charge de la requérante un indu d'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 5 570,12 euros pour la période de décembre 2021 à mars 2023. Mme E B demande également au tribunal de condamner France Travail à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la requête présentée par Mme E B ne contenait que des moyens relatifs à la légalité interne de la décision attaquée. Si, dans son mémoire en réplique enregistré le 28 juillet 2024, Mme E B a soulevé des moyens tirés de ce que la décision attaquée ne comporterait pas le nom, le prénom et la signature de son auteur en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et serait insuffisamment motivée en droit et en fait, ces moyens, relatifs à la légalité externe de la décision attaquée et énoncés dans un mémoire enregistré après l'expiration du délai du recours contentieux sont irrecevables.

4. En deuxième lieu, Mme E B ne peut utilement se prévaloir, dans le cadre d'une contestation du bien-fondé de l'indu, de sa bonne foi et de sa situation de précarité financière. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

5. En troisième lieu, Mme B ne saurait utilement soutenir que France Travail a méconnu les articles R. 5312-47 du code du travail et L. 213-11 du code de justice administrative, relatifs au dispositif de médiation préalable obligatoire, dès lors que cette violation, à la supposer même établie, est en tout état de cause sans incidence sur la régularité et le bien-fondé de la décision attaquée. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, Aux termes de l'article L. 5141-1 du code du travail : " Peuvent bénéficier d'aides à la création ou à la reprise d'entreprise, dans les conditions prévues au présent chapitre, lorsqu'elles créent ou reprennent une activité économique, industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale, soit à titre individuel, soit sous la forme d'une société, à condition d'en exercer effectivement le contrôle, ou entreprennent l'exercice d'une autre profession non salariée : () 3° Les bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique ou du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L. 5141-3 de ce code : " Les personnes () qui perçoivent l'allocation de solidarité spécifique () reçoivent une aide de l'Etat, attribuée pour une durée courant à compter de la date de création ou de reprise d'une entreprise ". Aux termes de l'article R. 5141-1 du même code : " Les aides destinées aux personnes qui créent ou reprennent une entreprise, ou qui entreprennent l'exercice d'une autre profession non salariée, prévues au présent chapitre, comprennent : / 1° L'exonération de cotisations sociales prévue à l'article L. 161-1-1 du code de la sécurité sociale. Cette exonération peut être cumulée avec les allocations mentionnées à l'article 9 de la loi n° 98-657 du 29 juillet 1998 d'orientation relative à la lutte contre les exclusions ; () / 3° Le versement par l'Etat, aux bénéficiaires des exonérations prévues au 1°, effectué conformément aux dispositions de l'article L. 5141-3. Pour les personnes admises au bénéfice de ces exonérations au cours de leur période d'indemnisation au titre de l'allocation d'assurance, le bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique prévue à l'article L. 5423-1 est maintenu jusqu'au terme du bénéfice de ces exonérations ; () ". Aux termes de l'article R. 5141-28 du code du travail : " L'aide de l'Etat prévue à l'article L. 5141-3 est attribuée pour une durée d'un an à compter de la date de création ou de reprise d'une entreprise. ". Il résulte de ces dispositions que le bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique, qui est perçue sans considération du montant des revenus générés par la création d'une entreprise, est ouvert uniquement dans un délai d'un an à compter de la création de cette entreprise.

7. Il résulte de l'instruction que Mme E B a créé sa société à compter du 1er juin 2021 et qu'elle a bénéficié de l'aide aux chômeurs créateurs et repreneurs d'entreprise (ACCRE). Or, le bénéfice d'une telle aide ne lui permettait de conserver ses droits au versement de l'allocation de solidarité spécifique que pendant une période d'un an à compter de la date de création de son entreprise, déduction faite de la période durant laquelle elle a pu bénéficier du cumul de l'allocation d'aide au retour à l'emploi et de l'aide aux chômeurs créateurs et repreneurs d'entreprise. A cet égard, la circonstance que l'intéressée ait ou non perçu des revenus de l'activité qu'elle a créée est sans influence sur le versement de l'aide qui est prévue pour une durée de douze mois sans être conditionnée à une activité effective et aux revenus qu'elle est susceptible de produire, ainsi qu'en disposent les textes cités au point précédent. En outre, si Mme E B soutient qu'elle aurait informé Pôle emploi de la création de son activité dès lors qu'elle a bénéficié de son aide, cette circonstance est sans incidence sur l'existence du trop-perçu d'allocation de solidarité spécifique et, partant, sur le bien-fondé de l'indu mis à sa charge. Par suite, Mme E B ne pouvait plus prétendre au bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique à compter du 1er juin 2022. France travail était par conséquent fondé à demander à l'intéressée la répétition de l'indu correspondant au trop-perçu de cette allocation.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

10. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme E B, qui demande la condamnation de l'administration à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi, aurait formé une demande indemnitaire préalable auprès de France travail, alors même qu'elle a été invitée par le tribunal à régulariser ses conclusions indemnitaires. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par France travail et tirée de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de la requête de Mme E B, doit être accueillie.

11. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la seconde fin de non-recevoir opposée par France travail, la requête n° 2303974 de Mme E B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête enregistrée sous le n° 2303412 est rayée du registre du greffe du tribunal.

Article 2 : La requête n° 2303974 de Mme E B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E B et à France travail.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024

Le président,

C. D

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2303412, 2303974

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