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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2303553

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2303553

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2303553
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantROUAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2023, le préfet du Gard demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de constater l'illégalité et de suspendre l'exécution du permis de construire tacitement accordé par le maire de la commune de Tresques, le 9 avril 2023, à la SCI Thimandum pour la réalisation d'un hangar de stockage d'une surface de plancher de 985 mètres-carrés ;

Il soutient que :

- son déféré n'est pas soumis à la condition d'urgence ;

- la construction de ce hangar n'est pas au nombre de celles autorisées dans le secteur Uer de la zone UE où est classé le terrain d'assiette ;

- l'article 10 du règlement de la zone concernée est méconnu ;

- le projet, bien qu'exposé au bruit de la route départementale 6086, ne prévoit pas l'isolation acoustique qu'exige l'article 11 des dispositions générales du plan local d'urbanisme ;

- l'autorisation de défrichement exigée par l'article 6 des dispositions générales du plan local d'urbanisme n'a pas été jointe au dossier de demande de permis ;

- le projet était soumis à une obligation de débroussaillement par ce même article 6 mais n'a pas prévu d'y satisfaire ;

- le permis méconnait le porter-à-connaissance du risque de feux de forêt du 11 octobre 2021 qui interdit toute construction nouvelle dans les zones non urbanisées exposées à un très fort aléa ;

- la desserte du projet par les réseaux publics méconnait l'article UE4 du plan local d'urbanisme ;

- le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme au regard du risque de feux de forêt important ;

- le service départemental d'incendie et de secours n'a pas été consulté et les consignes de prévention des risques d'incendie n'ont pas été prises en compte.

Vu le mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, présenté pour la commune de Tresques, par Me Blanc, qui conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle fait valoir que les conclusions tendant au constat d'illégalité de l'acte en litige ne relèvent pas de la compétence du juge des référés et qu'aucun des moyens invoqués au soutien de la demande de suspension n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné M. Roux, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 9 octobre 2023 à 14 heures en présence de Mme Paquier, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. Roux, juge des référés ;

- les observations de M. A, représentant le préfet du Gard, qui a abandonné les conclusions tendant au constat d'illégalité du permis de construire attaqué et a repris et développé les moyens invoqués dans la requête introductive d'instance ; de Me Rouault, pour la SCI Thimandum, qui a soutenu que le projet vise à étendre l'activité voisine, qu'il se situe dans le prolongement d'une vaste zone d'activité, dans un secteur où des déboisements ont déjà été effectués sur autorisation préfectorale pour l'implantation de parcs photovoltaïques et sur une partie de parcelle qui, ne comportant pas d'arbres, ne nécessitait pas d'être défrichée ou déboisée, de sorte qu'aucune autorisation n'était requise à cet égard ; de Me Blanc, pour la commune de Tresques, qui a repris et développé ses écritures en insistant notamment sur l'interprétation du plan local d'urbanisme qui autoriserait en secteur Uer l'ensemble des constructions permises dans la zone concernée et, s'agissant du risque pour la sécurité publique en cas d'incendie, sur la présence d'importants moyens de défense à proximité tels que la caserne de pompier voisine et deux hydrants.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 554-1 du code de justice administrative : " Les demandes de suspension assortissant les requêtes du représentant de l'Etat dirigées contre les actes des collectivités locales sont régies par le 3e alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales ci-après reproduit : Article L. 2131-6 alinéa 3- Le représentant de l'Etat dans le département peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué () ".

2. La SCI Thimandum a déposé en mairie de Tresques, le 9 janvier 2023, une demande de permis de construire pour la réalisation d'un hangar de stockage d'une surface de plancher de 985 mètres-carrés, sur une parcelle cadastrée AI 0370 de 21 669 mètres-carrés. Après expiration du délai règlementaire d'instruction de cette demande, cette pétitionnaire a sollicité la délivrance du certificat du permis tacite né, le 9 avril 2023, du silence gardé par le maire qui a fait droit à cette demande le 31 mai 2023. Le préfet du Gard, dont le recours gracieux déposé le 22 juin 2023 a été rejeté, demande la suspension de l'exécution de l'autorisation de construire tacitement accordée.

3. En l'état de l'instruction, les moyens invoqués par le préfet du Gard, tirés de la méconnaissance de la combinaison des articles UE1 et UE2 ainsi que des articles UE4 et UE10 du règlement de la zone UE du plan local d'urbanisme, des articles 6 et 11 des dispositions générales de ce document d'urbanisme, du porter-à-connaissance du risque de feux de forêt du 11 octobre 2021, établi par les services de l'Etat et transmis aux communes par la préfecture du Gard, et de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commis le maire de Tresques dans l'application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité du permis de construire en litige. Les conclusions tendant à la suspension de son exécution ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : La requête du préfet du Gard est rejetée.

Article 2 : L'Etat versera à la commune de Tresques une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet du Gard, à la commune de Tresques et à la SCI Thimandum.

Fait à Nîmes, le 10 octobre 2023.

Le juge des référés,

G. ROUX

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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