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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2303896

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2303896

vendredi 3 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2303896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantAUDOUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 octobre 2023 et un mémoire enregistré le 2 novembre 2023, M. D B, représenté par Me Callens de la SCP BCEP Avocats Associés, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel une sanction d'exclusion temporaire de fonction de six mois lui a été infligée à compter du 1er octobre 2023 et de la décision du 12 octobre 2023 le confirmant ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Arpaillargues-et-Aureilhac de reconstituer sa carrière et de le placer dans une situation conforme à sa situation administrative et médicale ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Arpaillargues-et-Aureilhac, une somme 1 200 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est privé de traitement et qu'ainsi la sanction emporte une atteinte grave et immédiate à sa situation financière, la sanction a également une incidence sur sa situation sociale ; les éléments opposés par la commune sont inopérants ou non établis ;

-la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie dès lors que :

*la décision est insuffisamment motivée en l'absence d'indication de la date des faits et des éléments permettant de connaître la nature du grief retenu ;

*la matérialité des faits n'est pas établie par les documents produits à savoir des photographies non datées et une attestation de M. C rédigée deux mois après les faits et imprécise ; les griefs retenus sont incohérents, l'état de santé de M. B est incompatible avec les faits reprochés ;

* la sanction est disproportionnée en raison de l'incertitude qui pèse sur les faits reprochés, leur survenance ponctuelle, sans effet sur l'image de la commune et au regard des fonctions exercées qui n'implique pas des missions d'encadrement ou régaliennes ; son passé disciplinaire constitué de deux sanctions pour des faits différents et datant de 2010 dont la première a reçu une décision favorable d'effacement lors de l'avis du conseil de discipline du 14 septembre 2023 et la seconde a été annulée sur recours de l'agent, ne peut permettre de justifier la gravité de la sanction, de même que les trois avertissements dont il a fait l'objet en 2023 pour sa manière de servir qui peut justifier éventuellement un licenciement pour insuffisance professionnelle et non une faute disciplinaire ; des sanctions d'exclusion de trois mois ont été admises par la jurisprudence, pour des faits similaires ;

* la décision est entachée de détournement de pouvoir en raison de la volonté de la commune de se séparer d'un agent auquel elle reproche ses arrêts de travail ;

Par un mémoire enregistré le 30 octobre 2023, la commune d'Arpaillargues-et-Aureilhac représentée par Me Audouin conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les conditions de mise en œuvre d'une suspension de sa décision ne sont pas réunies.

La condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que M. B est à l'origine de la situation d'urgence, qu'il ne justifie pas de ses difficultés financières et qu'un intérêt public s'attache à l'exécution immédiate de l'arrêté dès lors que ses actes méconnaissent les obligations de probité, d'indépendance et d'intégrité requises dans l'exercice d'une fonction publique ;

-aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la requête, enregistrée le 19 octobre 2023 sous le n° 2303901, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision contestée.

- La décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme A comme juge des référés ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 3 novembre 2023 à 10h00, Mme A a lu son rapport et entendu :

-les observations de Me Callens pour M. B qui reprend les conclusions et moyens de sa requête et de son mémoire complémentaire et insiste sur l'urgence qui doit être présumée compte tenu des effets de la sanction et sur la matérialité des faits qui n'est pas établie par les pièces produites et qui se heurte à l'état de santé du requérant ainsi que la proportionnalité de la sanction qui n'est pas davantage respectée eu égard à l'absence d'établissement des faits, au caractère ponctuel du fait reproché et la lourdeur de la sanction retenue au regard de la gravité des faits ;

- et les observations de Me Audouin pour la commune d'Arpaillargues-et-Aureilhac qui reprend la teneur de ses écritures et insiste sur la nécessité pour un fonctionnaire même privé de traitement de justifier de l'urgence, sur la valeur probante de l'attestation sur laquelle la sanction est fondée et sur la proportionnalité de la sanction au fait de vol reproché au requérant, au demeurant validé par le conseil de discipline dont l'avis a été suivi par le maire de la commune.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, adjoint technique territorial de première classe, est employé depuis 1995 par la commune d'Arpaillargues-et-Aureilhac. Sur avis du conseil de discipline une sanction d'exclusion temporaire de fonction lui a été infligée pour vol de bois coupé sur pied pendant son service avec du matériel de la commune. M. B demande sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l'exécution de l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel une sanction d'exclusion temporaire de fonction de six mois lui a été infligée à compter du 1er octobre 2023 et de la décision du 12 octobre 2023 le confirmant.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. La commune d'Arpaillargues-et-Aureilhac fait valoir que M. B ne justifie pas de ses difficultés financières. Toutefois il est constant que la décision litigieuse a pour effet de priver M. B de sa rémunération pendant six mois, préjudiciant ainsi de manière grave et immédiate à sa situation financière. En outre si la commune fait valoir que la suspension de la sanction prise à l'égard de M. B s'oppose à un intérêt public, elle n'en justifie pas en énonçant de manière générale que ses actes méconnaissent les obligations de probité, d'indépendance et d'intégrité requises dans l'exercice d'une fonction publique sans établir ni même alléguer que la réaffectation de M. B dans ses fonctions serait susceptible de créer des troubles au sein du service ou porterait atteinte à l'image de la commune eu égard aux faits qui lui sont reprochés. Par suite, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

5. En l'état de l'instruction les moyens tirés de ce que les faits reprochés à M. B ne sont pas établis et de ce que la sanction serait disproportionnée sont de nature à faire maître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel une sanction d'exclusion temporaire de fonction de six mois lui a été infligée à compter du 1er octobre 2023 et de la décision du 12 octobre 2023 le confirmant.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel une sanction d'exclusion temporaire de fonction de six mois lui a été infligée à compter du 1er octobre 2023 et de la décision du 12 octobre 2023 le confirmant jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Il ressort des dispositions législatives de l'article L. 521-1 du code de justice administrative précitées que la suspension de l'exécution d'une décision administrative présente le caractère d'une mesure provisoire. Ainsi, elle n'emporte pas les mêmes conséquences qu'une annulation prononcée par le juge administratif, laquelle a une portée rétroactive. En particulier, elle ne prend effet qu'à la date à laquelle la décision juridictionnelle ordonnant la suspension est notifiée à l'auteur de la décision administrative contestée. Dans le cas où cette dernière a pour objet l'éviction d'un agent public, il appartient à l'autorité administrative, pour assurer l'exécution de la décision juridictionnelle, de prononcer la réintégration de l'agent à la date de ladite notification et de tirer toutes les conséquences de cette réintégration, sans préjudice des conséquences qui devront être tirées de la décision par laquelle il sera statué sur la requête en annulation ou en réformation.

8. Par suite, les conclusions présentées aux fins d'enjoindre à la commune d'Arpaillargues-et-Aureilhac de reconstituer la carrière de M. B et de le placer dans une situation conforme à sa situation administrative et médicale doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que la commune d'Arpaillargues-et-Aureilhac demande à leur titre soit mise à la charge de M. B. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Arpaillargues-et-Aureilhac la somme que M. B demande sur le même fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : L'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel une sanction d'exclusion temporaire de fonction de six mois a été infligée à M. B à compter du 1er octobre 2023 et la décision du 12 octobre 2023 le confirmant sont suspendus jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Arpaillargues-et-Aureilhac au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B et à la commune d'Arpaillargues-et-Aureilhac.

Fait à Nîmes, le 3 novembre 2023.

La juge des référés,

C. A

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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