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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304088

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304088

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304088
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFERAY-LAURENT AXELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2023 à 11h52, M. C A, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions en date du 1er novembre 2023 par lesquelles le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir en application des dispositions des article L.911-2 et L.911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ;

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des libertés et des droits fondamentaux ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

Le préfet de l'Hérault n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Boyer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après présentation du rapport de Mme Boyer, ont été entendues :

- les observations de Me Feray-Laurent, représentant M. A et M. A lui-même, qui maintient ses conclusions et moyens et ajoute les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation dont sont entachées les décisions d'obligation de quitter le territoire et d'interdiction de retour, du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation de M. A qui doivent être regardés comme dirigés contre l'obligation de quitter le territoire et de la violation de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle précise que M. A est père de deux petites filles et que la mesure contestée aura pour effet de le séparer de ses enfants, qu'il dispose d'une promesse d'embauche, qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il dispose de documents d'identité italiens, pays dans lequel il est soutenu qu'il est réadmissible ; M. A qui déclare vouloir vivre en France avec sa famille et ne pas comprendre les causes de son interpellation, déclare travailler en Espagne.

- le préfet de l'Hérault n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant sénégalais, né le 17 janvier 1996 à Kaolack, ne peut justifier de la régularité de son entrée sur le territoire français. Il a été interpellé le 31 octobre 2023 en flagrant délit de violence sur conjoint ou concubin. Par un arrêté du 1er novembre 2023, notifié le jour même à 17h20, le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er novembre 2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B D, sous-préfet de Béziers, qui a reçu, par arrêté n°2023-10-DRCL-0480 du 9 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Hérault du même jour, délégation de signature, dans les limites de son arrondissement, à l'effet de signer les obligations de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, La décision contestée qui comporte tous les éléments de droit et de fait sur lesquels le préfet s'est fondé pour prononcer à son égard une obligation de quitter le territoire et notamment sa situation familiale, sa situation administrative et personnelle, est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu il ressort des termes mêmes de la décision contestée que le préfet de l'Hérault a procédé à un examen particulier de la situation de M. A. Le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. M. A, âgé de 27 ans, déclare être marié religieusement avec Mme F, de nationalité cubaine en situation irrégulière sur le territoire et avoir deux filles jumelles nées le 15 mars 2021. Toutefois la vie maritale de M. A n'est justifiée que par les causes de son interpellation effectuée pour violence en présence d'un mineur par concubin ayant entrainé une ITT de huit jours. Au demeurant, le préfet mentionne dans la décision contestée que Mme E et ses deux filles ont fait l'objet de décisions leur refusant l'asile et qu'elles se maintiennent en France en situation irrégulière. M. A ne présente aucun élément qui ferait obstacle à ce que sa vie familiale puisse se reconstituer au Sénégal ou à Cuba ou dans tout état où il serait admissible. Le requérant, qui allègue être entré en France en 2021, n'apporte aucun élément de nature à justifier d'une insertion sociale sur le territoire français. Il produit à l'audience une promesse d'embauche mais ne justifie pas travailler en France et déclare travailler en Espagne. Ainsi il ne justifie pas davantage d'une insertion professionnelle en France. Dans ces conditions, l'arrêté par lequel le préfet de l'Hérault a obligé M. A à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

7. M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour contester la décision l'obligeant à quitter le territoire.

8. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne le pays de destination :

9. Si M. A fait valoir à l'audience qu'il dispose d'un document d'identité italien à l'aide de son téléphone portable, il ne démontre pas être légalement ré-admissible dans cet Etat. Par suite, le moyen à le supposer soulevé doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "

11. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

12. La décision attaquée vise les considérations utiles de droit sur lesquelles elle se fonde et mentionne l'ensemble des critères prévus par la loi. Elle indique qu'aucune circonstance humanitaire ne justifie qu'une interdiction de retour ne soit pas édictée à l'encontre de M. A. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. Si M. A soutient que l'unique garde à vue dont il vient de faire l'objet ne permet pas de considérer qu'il représente une menace pour l'ordre public, il ressort des termes de la décision contestée que le préfet de l'Hérault pour prononcer à l'égard de M. A une interdiction de retour de deux ans a relevé, outre cette circonstance, que M. A déclare être entré en France en 2021 sans en justifier, qu'il ne justifie pas avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France eu égard à la situation administrative de sa compagne et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il ne justifie pas avoir exécutée. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points 2 et 7 que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à contester la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

16. Les conclusions à fin d'annulation de M. A étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction et d'astreinte doivent l'être également.

Sur les frais d'instance :

17. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 qui renvoie à ses dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La magistrate désignée,

C. BOYER

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2304088

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