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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304158

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304158

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304158
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMAZZARELLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2023 sous le n° 2309410 au tribunal administratif de Marseille, transmise par ordonnance du 2 novembre 2023 au tribunal administratif de Nîmes, où elle a été transcrite sous le n° 2304158, M. C A, représenté par M. B, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n° 2313731M du 30 septembre 2023, par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui interdit d'y retourner pour une durée d'un an et fixe son pays de renvoi ;

- d'enjoindre à la préfecture de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en vue d'un réexamen de sa situation ;

- de mettre à la charge de l'Etat d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté procède d'une inexacte appréciation de sa situation ; il est entré en France en 2009, et exerce une activité professionnelle depuis 2010 ; il occupe un emploi de commis de cuisine chef de partie ; il a déclaré ses revenus, sous l'identité de Ousseini Issimaila ; il est père de trois enfants français dont il assure l'entretien et l'éducation ;

- l'arrêté est pris en violation de l'article 8 de la CEDH ;

- l'arrêté est pris en violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 20 Novembre 1989 et de l'article 9 de cette même convention qui précise aussi le droit de l'enfant de pouvoir vivre auprès de ses parents.

Par un mémoire enregistré le 29 novembre 2023 le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 décembre 2023 :

- le rapport de M. Abauzit,

- les observations de Me B, pour M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant comorien, né le 4 juillet 1987 à Dzahadjou Badjini Est (Comores), demande l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2023, par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui interdit d'y retourner pour une durée d'un an et fixe son pays de renvoi.

2. Aux termes de l'article L. 611-3 du même code " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; ". M. A ne justifie pas, par les pièces produites, contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation des enfants français dont il revendique la paternité. Il ne peut dès lors se prévaloir des dispositions précitées comme faisant obstacle à l'obligation de quitter le territoire. Pour le même motif M. A ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L.423-7 du même code selon lesquelles " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

3. La mesure d'éloignement est fondée sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile aux termes desquelles " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que le fondement légal de la mesure d'éloignement du requérant, qui ne peut justifier de son entrée sur le territoire français et qui est dépourvu de titre de séjour, soit erroné.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En l'espèce M. A, qui n'a jamais bénéficié d'un titre de séjour régulier, et qui indique avoir résidé et travaillé en France sous l'identité usurpée de Ousseini Issimaila, nom sous lequel a été déclarée la naissance de deux enfants, ne justifie pas de liens effectifs et participer à l'entretien et l'éducation des enfants, qui résident avec leur mère. Eu égard à sa situation de clandestinité et d'usurpation d'identité, il ne justifie d'aucune vie privée et familiale en France qui puisse être opposée à l'administration. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut être qu'écarté.

5. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Pour les mêmes motifs qu'exposés au point précédent s'agissant de l'absence de liens effectifs et d'entretien et d'éducation des enfants, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait intervenue en méconnaissance de l'intérêt supérieur des enfants français concernés ne peut être qu'écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2023 qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me B.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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