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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304184

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304184

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304184
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGENTILHOMME

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête en annulation d'un arrêté municipal n'opposant pas de refus à une déclaration préalable pour l'installation d'une antenne-relais. Les requérants, des riverains, contestaient notamment la régularité du dossier au regard du code de l'urbanisme. Le tribunal a jugé que le dossier, contenant un document graphique d'insertion paysagère, était complet et a écarté les moyens soulevés, y compris ceux fondés sur les articles L. 111-11 et L. 332-8 du code de l'urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2023, Mme D... B... et M. A... C..., représentés par Me Barnier, demandent au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 8 septembre 2023 par lequel la maire de la commune de Junas ne s’est pas opposée à la déclaration préalable déposée pour la société Totem France portant sur la réalisation d’une antenne-relais sur un terrain situé au lieu-dit « Le Pin », chemin de Cristin à Junas ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Junas et de la société Totem France une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- l’arrêté méconnait les dispositions des articles L. 111-11 et L. 312-15 du code de l’urbanisme ;
- le dossier de déclaration préalable est incomplet ;
- l’arrêté méconnait les dispositions de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme ;
- il méconnait les dispositions de l’article 7 du règlement du plan local d‘urbanisme.


Par des mémoires en défense enregistrés les 11 avril 2025, 13 novembre 2025 et 16 février 2026, ce dernier mémoire enregistré postérieurement à la clôture de l’instruction n’ayant pas été communiqué, la société Totem France, représentée par Me Gentilhomme, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 5 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable à défaut pour les requérants de justifier de leur intérêt à agir ;
- les moyens de la requête sont infondés.


Par un mémoire en défense enregistré le 29 octobre 2025, la commune de Junas, représentée par Mouakil, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable à défaut pour les requérants de justifier de leur intérêt à agir ;
- les moyens de la requête sont infondés.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Pumo,
- les conclusions de Mme Poullain, rapporteure publique,
- les observations de Me Péchon, avocate des requérants,
- et les observations de Me Mouakil, avocat de la commune de Junas.


Considérant ce qui suit :

1. Le 10 juillet 2023, la société Totem France a déposé une déclaration préalable de travaux, complétée le 4 septembre 2023, en vue d’installer une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain situé chemin de Cristin lieu-dit « Le Pin » à Junas. Ce terrain, qui correspond à la parcelle cadastrée section A n°594, est classé en zone N du plan local d’urbanisme. Par un arrêté du 8 septembre 2023, la maire de la commune de Junas ne s’est pas opposé à la déclaration préalable de travaux de la société Totem France. Par la présente requête, Mme B... et M. C..., voisins du projet, demandent l’annulation de l’arrêté du 8 septembre 2023.



Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l’article R. 431-36 du code de l’urbanisme : « Le dossier joint à la déclaration comprend : (…) c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; (…) ». Aux termes de l’article R. 431-10 de ce code : « Le projet architectural comprend également : (…) c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain (…) ».
3. Les requérants soutiennent que le dossier de déclaration préalable ne comprend aucune pièce qui aurait permis d’apprécier l’insertion de l’antenne-relais envisagée par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages ainsi que son impact visuel. Le dossier de déclaration préalable contient cependant une pièce DP6 qui constitue un document d’insertion graphique sur lequel apparaissent les constructions avoisinantes. Contrairement à ce qui est allégué, ce document, sur lequel apparaissent des oliviers ainsi qu’un terrain en friche au premier plan, des maisons d’habitation au deuxième plan et un massif boisé composé d’arbres de haute tige en arrière-plan, a pu permettre au service instructeur d’apprécier l’impact visuel du projet sur le paysage. Dès lors, le moyen tiré de l’incomplétude du dossier manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu et d’une part, aux termes de l’article L. 111-11 du code de l'urbanisme : « Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés ».
5. D’autre part, aux termes de l’article L. 332-8 du code de l’urbanisme : « Une participation spécifique peut être exigée des bénéficiaires des autorisations de construire qui ont pour objet la réalisation de toute installation à caractère industriel, notamment relative aux communications électroniques, agricole, commercial ou artisanal qui, par sa nature, sa situation ou son importance, nécessite la réalisation d’équipements publics exceptionnels. (…) ». Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique, qui y a ajouté la mention des installations relatives aux communications électroniques, que, pour leur application, l’extension ou le renforcement du réseau de distribution d’électricité pour l’implantation d’une infrastructure de téléphonie mobile est susceptible d’être regardé comme ayant le caractère d’un équipement public exceptionnel eu égard à la nature de l’opération, qui répond à l’intérêt public qui s’attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile, et à sa situation d’éloignement des zones desservies en électricité.
6. Lorsqu’un pétitionnaire s’est engagé à prendre en charge le coût de travaux d’extension ou de renforcement du réseau de distribution d’électricité rendus nécessaires par l’implantation d’une infrastructure de téléphonie mobile et que ces travaux peuvent être légalement mis à sa charge en application des dispositions de l’article L. 332-8 du code de l’urbanisme, l’autorisation de construire l’infrastructure ne peut pas être refusée sur le fondement de l’article L. 111-11 du même code, sauf à ce qu’un motif autre que financier ne le permette.
7. En l’espèce, l’arrêté litigieux prescrit, en son article 2, que conformément aux dispositions de l’article L. 332-8 du code de l'urbanisme et à l’avis d’Enedis rendu le 31 juillet 2023, le raccordement aux différents réseaux sera réalisé à la charge de la société pétitionnaire. Ainsi, et dans la mesure où il n’est pas contesté que les travaux d’extension du réseau d’électricité sur une longueur de 120 mètres pouvaient être légalement mis à la charge de la société Totem France en application de ces dispositions, l’autorisation sollicitée ne pouvait être refusée par la maire de Junas sur le fondement de l’article L. 111-11 du code de l’urbanisme. Par suite, le moyen tiré de ce que l’arrêté méconnait les dispositions des articles L. 111-11 et L. 312-15 du code de l’urbanisme doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme : « Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ».
9. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle d’assiette du projet se situe en zone d’aléa très élevé du porter-à-connaissance sur le risque de feu de forêt dans le Gard. Toutefois, ce document, qui préconise l’interdiction de toute construction dans cette zone, prévoit à titre d’exception à ce principe de non-constructibilité la possibilité d’y admettre, à condition de ne pas aggraver le risque d’incendie et qu’elles soient défendables, des installations et constructions techniques, sans présence humaine, de service public ou d’intérêt collectif, au nombre desquelles sont expressément citées les antennes-relais. Or, il n’est pas établi que la réalisation d’une antenne-relais sur le terrain d’assiette du projet serait de nature à aggraver le risque de feu de forêt existant et il ressort des termes de la décision attaquée que la voie d’accès identifiée est conforme aux prescriptions du SDIS, un hydrant se trouvant par ailleurs à 600 mètres du projet. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l’arrêté qu’ils contestent méconnait les dispositions de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme.
10. En dernier lieu, aux termes de l’article 7 du règlement applicable à la zone N du plan local d’urbanisme : « Sauf indications contraires mentionnées aux documents graphiques, les constructions doivent être implantées de telle manière que la distance comptée horizontalement de tout point de la construction à la limite parcellaire qui en est le plus rapprochée, soit au moins égale à la différence d’altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à 4 mètres (H– minimum 4 mètres) ».
11. Les requérants estiment qu’en application de ces dispositions, les constructions doivent être implantées à au moins 4 mètres de la limite séparative et que d’après le plan de masse versé au dossier de déclaration, la zone technique est implantée en limite séparative ouest, en méconnaissance de ces dispositions. Il ressort néanmoins des pièces du dossier que l’antenne-relais projetée par la société Totem France ne peut être assimilée à une « construction », c’est-à-dire à un « ouvrage fixe et pérenne (…) générant un espace utilisable par l’homme en sous-sol ou en surface », telle que définie, en l’absence de disposition à cette fin dans le plan local d’urbanisme, par le lexique national d’urbanisme. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.
12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme B... et M. C... doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Junas et de la société Totem France, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, une quelconque somme à ce titre. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge des requérants le versement de la somme de 800 euros à la commune de Junas et le versement d’une même somme de 800 euros à la société Totem France sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme B... et de M. C... est rejetée.

Article 2 : Mme B... et M. C... verseront à la société Totem France la somme de 800 euros et à la commune de Junas la somme de 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Mme D... B..., à la commune de Junas et à la société Totem France.


Délibéré après l’audience du 17 mars 2026 où siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- Mme Vosgien, première conseillère,
- M. Pumo, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.



Le rapporteur,





J. PUMO





La présidente,





C. BOYERLa greffière,





L. GALAUP

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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